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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Mais je le soignerai � cause de Dieu. Car il est aussi demeure de Dieu. Mais non point selon son d�sir qui n'est que d�sir exprim� par l'ulc�re.

�Quand je l'aurai nettoy� et lav� et enseign�, alors son d�sir sera autre et il se reniera lui-m�me tel qu'il �tait. Et pourquoi, aurais-je, moi, servi d'alli� � celui-l� qu'il aura lui-m�me reni�? Pourquoi l'aurais-je, selon le d�sir du l�preux vulgaire, emp�ch� de na�tre et d'embellir?

�Pourquoi prendrais-je le parti de ce qui est contre ce qui sera. De ce qui v�g�te contre ce qui demeure en puissance?�

�La justice selon moi, me dit mon p�re, est d'honorer le d�positaire � cause du d�p�t. Autant que je m'honore moi-m�me. Car il refl�te la m�me lumi�re. Aussi peu visible qu'elle soit en lui. La justice est de le consid�rer comme v�hicule et comme chemin. Ma charit� c'est de l'accoucher de lui-m�me.

�Mais dans cet �gout qui plonge vers la mer je m'attriste devant cette pourriture. Dieu s'y trouve d�j� tellement g�t� J'attends d'eux le signe qui me montrera l'homme et ne le re�ois point.

��Cependant, j'ai vu tel ou tel, dis-je � mon p�re, partager son pain et aider plus pourri que lui � d�charger son sac, ou prendre en piti� tel enfant malade�

��Ils mettent tout en commun, r�pondit mon p�re, et de cette bouillie font leur charit�. Ce qu'ils appellent charit�. Ils partagent. Mais dans ce pacte, que savent faire aussi les chacals autour d'une charogne, ils veulent c�l�brer un grand sentiment. Ils veulent nous faire croire qu'il est l� un don! Mais la valeur du don d�pend de celui � qui on l'adresse. Et ici au plus bas. Comme l'alcool � l'ivrogne qui boit. Ainsi le don est maladie. Mais si moi c'est la sant� que je donne, je taille alors dans cette chair� et elle me hait.

�Ils en arrivent, me dit encore mon p�re, dans leur charit�, � pr�f�rer la pourriture� Mais si moi je pr�f�re la sant�?

�Quand on te sauvera la vie, me dit encore mon p�re, ne remercie jamais. N'exag�re point ta reconnaissance. Car celui-l� qui t'a sauv�, s'il attend ta reconnaissance, c'est qu'il est bas, car que croit-il? T'avoir servi? Alors que c'est Dieu qu'il a servi en te gardant si tu vaux quelque chose. Et toi, si tu exprimes trop fort ta reconnaissance, c'est que tu manques � la fois et de modestie et d'orgueil. Car l'important qu'il a sauv�, ce n'est point ton petit hasard personnel, mais l'�uvre � laquelle tu collabores et qui s'appuie aussi sur toi. Et comme il est soumis � la m�me �uvre, tu n'as point � le remercier. Il est remerci� par son propre travail de t'avoir sauv�. C'est l� sa collaboration � l'�uvre.

�Tu manques aussi d'orgueil de te soumettre � ses �motions les plus vulgaires. Et � le flatter dans sa petitesse en faisant de toi son esclave. Car s'il �tait noble, il refuserait ta reconnaissance.

�Je ne vois rien qui m'int�resse, disait mon p�re, qu'admirable collaboration de l'un � travers l'autre. Je me sers de toi ou de la pierre. Mais qui est reconnaissant � la pierre d'avoir servi d'assise au temple?

�Mais eux ne collaborent point vers autre chose qu'eux-m�mes. Et cet �gout qui plonge vers la mer n'est point nourricier de cantiques ni source de statues de marbre, ni caserne pour les conqu�tes. Il ne s'agit pour eux que de pactiser le mieux possible pour l'usage des provisions. Mais ne t'y trompe point. Les provisions sont n�cessaires mais plus dangereuses que la famine -

�Ils ont tout divis� en deux temps, lesquels n'ont point de signification: la conqu�te et la jouissance. As-tu vu l'arbre grandir, puis, une fois grandi, se pr�valoir d'�tre arbre? L'arbre grandit tout simplement. Je te le dis: ceux-l� qui ayant conquis se font s�dentaires sont d�j� morts��

La charit� selon le sens de mon empire c'est la collaboration.

Le chirurgien, j'ordonne qu'il s'�puise dans la travers�e d'un d�sert s'il peut � celui-l� au loin refaire son instrument. Et cela m�me s'il s'agit de quelque vulgaire casseur de pierres mais qui a besoin de ses muscles pour casser ces pierres. Et cela m�me si le chirurgien est de haute valeur. Car il ne s'agit point d'honorer la m�diocrit� mais de r�parer le v�hicule. Et ils ont tous deux le m�me conducteur. Ainsi de ceux-l� qui prot�gent et aident les femmes enceintes. C'�tait d'abord � cause du fils qu'elles servaient de leurs vomissements et de leurs douleurs. Et la femme n'avait point � remercier, sinon au nom de son fils. Mais voici qu'aujourd'hui elle r�clame l'aide au nom de ses vomissements et de ses douleurs. Alors s'il n'�tait qu'elles, je les supprimerais, car leurs vomissements sont laids. Car il n'est d'important en elles que ce qui se sert d'elles et elles n'ont point qualit� pour remercier. Car qui les aide et elles-m�mes ne sont que serviteurs de la naissance et les remerciements n'ont point de signification.

Ainsi du g�n�ral qui vint trouver mon p�re: �Je me moque bien de toi-m�me! Tu n'es grand qu'� cause de l'empire que tu sers. Je te fais respecter pour, � travers toi, faire respecter l'empire.�

Mais je sentais aussi la bont� de mon p�re. �Quiconque, disait-il, a eu un grand r�le, quiconque a �t� honor� ne peut �tre avili. Quiconque a r�gn� ne peut �tre d�poss�d� de son r�gne, tu ne peux transformer en mendiant celui-l� qui donnait aux mendiants, car ce que tu ab�mes ici c'est quelque chose comme l'armature et la forme de ton navire. C'est pourquoi j'use de ch�timents � la mesure des coupables. Ceux-l� que j'ai cru devoir ennoblir, je les ex�cute mais ne les r�duis point � l'�tat d'esclaves, s'ils ont failli. J'ai rencontr� un jour une princesse qui �tait laveuse de linge. Et ses compagnes riaient d'elle: �O� est ta royaut�, laveuse de linge? Tu pouvais faire tomber les t�tes et voil� enfin qu'impun�ment nous pouvons te salir de nos injures� Ce n'est que justice!� Car la justice selon elles �tait compensation.

�Et la laveuse de linge se taisait. Peut-�tre humili�e pour elle-m�me mais surtout pour plus grand qu'elle-m�me. Et la princesse s'inclinait toute raide et blanche sur son lavoir. Et ses compagnes impun�ment la poussaient du coude. Rien d'elle n'invitant la verve car elle �tait belle de visage, r�serv�e de geste et silencieuse, je compris que ses compagnes raillaient non la femme mais sa d�ch�ance. Car celui-l� que tu as envi�, s'il tombe sous tes griffes, tu le d�vores. Je la fis donc compara�tre:

�Je ne sais rien de toi sinon que tu as r�gn�. A dater de ce jour tu auras droit de vie et de mort sur tes compagnes de lavoir. Je te r�installe dans ton r�gne. Va.�

�Et quand elle eut repris sa place au-dessus de la tourbe vulgaire elle d�daigna justement de se souvenir des outrages. Et celles-l� m�me du lavoir, n'ayant plus � nourrir leurs mouvements int�rieurs de sa d�ch�ance, les nourrirent de sa noblesse et la v�n�r�rent. Elles organis�rent de grandes f�tes pour c�l�brer son retour � la royaut� et se prosternaient � son passage, ennoblies elles-m�mes de l'avoir autrefois touch�e du doigt.�

�C'est pourquoi, me disait mon p�re, je ne soumettrai point les princes aux injures de la populace ni � la grossi�ret� des ge�liers. Mais je leur ferai trancher la t�te dans un grand cirque de clairons d'or.�

�Quiconque abaisse, disait mon p�re, c'est qu'il est bas.�

�Jamais un chef, disait mon p�re, ne sera jug� par ses subalternes.�

IX

Ainsi me parlait mon p�re:

�Force-les de b�tir ensemble une tour et tu les changeras en fr�res. Mais si tu veux qu'ils se ha�ssent, jette-leur du grain.�

Il me disait encore:

�Qu'ils m'apportent d'abord le fruit de leur travail. Qu'ils versent dans mes granges la rivi�re de leurs moissons. Qu'ils se b�tissent en moi leurs greniers. Je veux qu'ils servent ma gloire quand ils flagellent les bl�s et qu'�clat� autour l'�corce d'or. Car alors le travail qui n'�tait que fonction pour la nourriture devient cantique. Car voil� qu'ils sont moins � plaindre, ceux dont les reins plient sous les sacs lourds, quand ils les portent vers la meule. Ou les remportent, blancs de farine. Le poids du sac les augmente comme une pri�re. Et voil� qu'ils rient, joyeux, quand ils portent la gerbe comme un cand�labre de graines avec ses pointes et son rutilement. Car une civilisation repose sur ce qui est exig� des hommes, non sur ce qui leur est fourni. Et certes ce bl�, ensuite ils reviennent y puiser et s'en nourrissent. Mais l� n'est point pour l'homme la face importante des choses. Ce qui les nourrit dans leur c�ur ce n'est point ce qu'ils re�oivent du bl�. C'est ce qu'ils lui donnent.

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