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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Puis un jour s'�chappait dans le sable le renard appel� par l'amour, qui vidait d'un coup le c�ur de l'homme. Et il en est un que j'ai vu mourir pour ne s'�tre d�fendu qu'avec mollesse au cours d'une embuscade. Et me revint � la m�moire, quand nous appr�mes sa mort, la phrase myst�rieuse qu'il avait prononc�e apr�s la fuite de son renard, lorsque ses compagnons le devinant m�lancolique lui avaient sugg�r� d'en capturer un autre: �Il faut trop de patience, avait-il r�pondu, non pour le prendre mais pour l'aimer.�

Voil� pourtant qu'ils �taient las des renards et des gazelles, ayant compris la vanit� de leurs �changes, car � tan renard �chapp� pour l'amour n'enrichit point d'eux le d�sert.

�J'ai des fils, me disait l'autre, et ils grandissent et je ne les aurai pas enseign�s. Je ne d�pose donc rien en eux. Et o� irai-je une fois mort?�

Et moi, les enfermant dans le silence de mon amour, je consid�rais mon arm�e qui commen�ait de fondre dans le sable et de s'y perdre comme ces fleuves n�s des orages que ne sauve point le sous-sol d'argile et qui meurent st�riles, ne s'�tant point, le long des rives, chang�s en arbres, chang�s en herbe, chang�s en nourriture pour les hommes.

Mon arm�e avait souhait� de se changer en oasis pour le bien de l'empire, afin d'embellir mon palais de ses r�sidences lointaines, afin que parlant de lui on p�t en dire: �Quelle saveur lui donnent vers le sud ces palmiers, ces palmeraies nouvelles, ces villages o� l'on sculpte l'ivoire��

Mais nous combattions sans nous en saisir et chacun songeait au retour. Et l'image de l'empire se d�truisait en eux comme un visage que l'on ne sait plus regarder et qui se perd dans le disparate du monde.

�Que nous importe, disaient-ils, d'�tre plus ou moins riches de cette oasis inconnue? En quoi nous augmentera-t-elle? En quoi nous enrichira-t-elle? quand, revenus chez nous, nous nous enfermerons dans le village? Elle servira celui-l� seul qui l'habitera ou qui r�coltera les dattes de ses palmes ou lavera son linge dans l'eau vivante de ses rivi�res��

XI

Ils se trompaient mais qu'y pouvais-je? Quand la foi s'�teint c'est Dieu qui meurt et qui se montre d�sormais inutile. Quand leur ferveur s'�puise c'est l'empire lui-m�me qui se d�compose car il est fait de leur ferveur. Non qu'il soit duperie en lui-m�me. Mais si je nomme domaine telle procession d'oliviers et la cabane o� l'on s'abrite, et que celui-l� qui les contemple �prouve l'amour et les rassemble dans son c�ur, s'il vient � ne plus voir que des oliviers parmi d'autres et parmi eux une cabane perdue et qui n'a plus de signification sinon d'abriter de la pluie, qui donc sauverait le domaine d'�tre vendu et dispers�? Puisque cette vente ne changerait rien ni � la cabane ni aux oliviers!

Voyez le ma�tre des domaines quand il marche le long des chemins dans la ros�e de l'aube, tout seul et n'emportant rien de sa fortune. N'usant point de ses avantages. Comme d�poss�d� de ses biens puisqu'ils ne le servent pas dans l'instant et que son pas force dans la boue, s'il a plu, comme le pas d'un homme de peine et que, de son b�ton, il �carte les ronces mouill�es comme le vagabond le plus vagabond. Et que, du fond de son chemin creux, il n'embrasse m�me pas du regard son domaine, mais simplement conna�t qu'il en est prince.

Cependant si tu le rencontres et qu'il te regarde, il est celui-l� et non un autre. Calme et s�r de soi il s'appuie sur la caution fondamentale qui ne lui sert de rien pour l'instant. Il n'use de rien mais rien ne lui manque. Il est bien appuy� sur l'assise des p�turages, des champs d'orge et des palmeraies qui sont siennes. Les champs sont en repos. Les granges dorment encore. Les batteurs de bl� ne font point voler leur lumi�re. Mais il les contient tous dans son c�ur. Ne marche point ici n'importe qui, c'est le ma�tre qui lentement dans ses luzernes se prom�ne�

Bien aveugle celui qui n'aper�oit l'homme que dans ses actes, qui croit que l'acte le montre seul, ou l'exp�rience tangible ou l'usage de tel avantage. Ce qui compte pour l'homme n'est point ce dont il dispose dans l'instant, car mon promeneur dispose � peine de la poign�e d'�pis qu'il pourrait froisser dans les mains ou du fruit qu'il pourrait cueillir. Celui-l� qui me suit dans la guerre est plein du souvenir de sa bien-aim�e: qu'il ne peut ni voir ni toucher ni serrer dans ses bras et qui ne songe m�me pas � lui, puisqu'en cette heure du petit jour o� il respire l'�tendue et sent la pes�e qui le tire, sur sa couche tellement lointaine elle n'est m�me pas vivante au monde. Mais comme absente et morte. Mais endormie. Et cependant l'homme est charg� de ce qu'elle existe, charg� d'une tendresse dont il n'use point et qui dort, oubli�e d'elle-m�me, comme les grains dans la r�serve, charg� de parfums qu'il ne respire pas, charg� d'un murmure de jet d'eau qui fait le c�ur de sa maison et qu'il n'entend point, charg� lui aussi du poids d'un empire qui le fait diff�rent des autres.

Ou cet ami que tu rencontres et qui porte en lui son enfant malade. Malade au loin. Dont il ne sent pas de la main la fi�vre, et dont il n'entend pas les plaintes. Et qui ne change rien de sa vie dans l'instant m�me. Et cependant il t'appara�tra comme �cras� par le poids d'un enfant dans son c�ur.

Ainsi celui-l� qui vient de l'empire et ne saurait ni l'embrasser d'un seul coup d'�il ni user de ses provisions ni en recevoir le moindre avantage, mais qui en est agrandi dans son c�ur comme le ma�tre du domaine ou le p�re de l'enfant malade ou celui qu'enrichit l'amour lorsque la bien-aim�e non seulement est lointaine mais endormie. Seul compte pour l'homme le sens des choses.

Certes, je le connais, le forgeron de mon village qui me vient et me dit:

�Peu m'importe ce qui ne me concerne point. Si j'ai mon th�, mon sucre, mon �ne bien nourri et ma femme � c�t� de moi, si mes enfants progressent en �ge et en vertu, alors je suis pleinement heureux et je ne demande plus rien d'autre. Pourquoi ces souffrances?�

Et comment serait-il heureux s'il est seul au monde dans sa maison? S'il habite avec sa famille une tente perdue dans le d�sert? Je l'oblige donc � se corriger:

�Si tu retrouves le soir d'autres amis sous d'autres tentes, si ceux-l� ont quelque chose � te dire et t'enseignent les nouvelles du d�sert��

Car je vous ai vus, ne l'oubliez pas! Je vous ai vus autour des feux nocturnes occup�s de r�tir le mouton ou la ch�vre et j'ai entendu vos �clats de voix. Je me suis donc � pas lents et dans le silence de mon amour approch� de vous. Vous parliez certes de vos fils, et de celui-l� qui grandit et de celui-l� qui est malade, vous parliez certes de la maison, mais sans trop insister. Et vous ne commenciez de vous animer que lorsque s'asseyait le voyageur qui d�barquait de sa caravane lointaine et vous d�veloppait les merveilles de l�-bas et les �l�phants blancs d'un prince et le mariage � mille kilom�tres de celle-l� dont vous saviez � peine le nom. Ou encore ce remue-m�nage des ennemis. Ou qui racontait cette com�te ou cet affront ou cet amour ou ce courage devant la mort ou cette haine contre vous ou cette grande sollicitude. Alors vous �tiez pleins d'espace et li�s � tant de choses, alors elle prenait sa signification votre tente aim�e et ha�e, menac�e et prot�g�e. Alors vous �tiez pris dans un r�seau miraculeux qui vous changeait vous-m�me en plus vaste que vous�

Car vous avez besoin d'une �tendue que le langage seul en vous d�livre.

Je me souviens de ce qu'il advint d'eux quand mon p�re parqua les trois mille r�fugi�s berb�res dans un Camp au nord de la ville. Il ne voulait point qu'ils se m�langeassent avec les n�tres. Comme il �tait bon, il les nourrit et les alimenta en �toffes, en sucre et en th�. Mais sans exiger leur travail contre les dons de sa magnificence. Ainsi n'eurent-ils plus � s'inqui�ter pour leur subsistance et chacun e�t pu dire: �Peu m'importe ce qui ne me concerne point. Si j'ai mon th�, mon sucre et mon �ne bien nourri et ma femme � c�t� de moi, si mes enfants progressent en �ge et en vertu alors je suis pleinement heureux et je ne demande rien d'autre�� Mais qui e�t pu les croire heureux? Nous allions parfois les visiter quand mon p�re d�sirait m'enseigner.

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