Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
En attendant ce jour « magique », Louis et Jeanne continuent de se protéger des bombardements, devenus de plus en plus fréquents en ce début de printemps. Le 4 avril, les forces alliées ont copieusement arrosé les usines Renault de Boulogne-Billancourt, faisant plus de six cents morts et des milliers de blessés. Dans la capitale, tout le monde chuchote à raison que ce n’est pas fini, que d’autres attaques aériennes sont prévues dans les jours à venir. Louis espère que le 20 avril sera plus calme, n’ayant nullement à l’esprit qu’à cette même date les Anglais ne manqueront certainement pas de célébrer à leur façon le cinquante-quatrième anniversaire du Führer ! D’ici là, Louis, conscient des responsabilités qui l’attendent, aimerait bien obtenir une augmentation à L’Horizon. Un après-midi, bien décidé à négocier une rallonge, il entre dans le bureau du patron mais, avant même qu’il ait pu ouvrir la bouche, celui-ci lui reproche ses nombreux retards. Soudain, le téléphone l’interrompt et un incroyable dialogue s’établit. Le taulier veut vendre plusieurs de ses propriétés. Il marchande ferme au bout du fil. Abasourdi, Louis entend son employeur parler de sommes astronomiques. Des millions, des dizaines de millions… tandis que lui quémande des miettes ! Au bout d’un quart d’heure, la communication cesse et Louis l’entend dire : « Vous voyez mon vieux ! Je suis débordé… Je ne sais plus où donner de la tête… alors, vous comprenez vos petites histoires… Ah ! Oui ! Vous augmenter ?… Vous n’y songez pas ! Vous allez me ruiner ! » Que répondre à cela ? Rien. Louis tourne les talons sans émettre le moindre son, de peur de s’attirer les foudres de ce patron qui aurait bien pu avoir la fâcheuse idée de se passer de ses talents. Le moment serait plutôt mal choisi. Après que Jeanne et Louis ont signé leur contrat de mariage le 16 avril auprès de maître Bernard Robineau en son étude 8, rue de Maubeuge, ils s’accordent quelques jours de liberté afin d’aménager leur futur logis. Le 19 avril, Louis, son ami Robert Deiss et d’autres copains passent un bon moment à enterrer la vie de garçon de Louis et de Robert qui ont décidé de se marier le même jour et chacun avec une jeune femme se prénommant Jeanne. Au menu de leurs agapes : du boudin à la purée de topinambours arrosé d’un vin rouge à onze degrés.
Au matin du 20 avril, Louis et Jeanne se présentent à la mairie du 9e arrondissement, accompagnés de leurs témoins, François Barthélemy, le fils de l’oncle Henri, pour Jeanne, Mimi pour Louis, où à dix heures et cinquante-cinq minutes ils sont déclarés mari et femme devant l’adjoint au maire Louis Aurousseau qui signe le registre de l’état civil où il est écrit que : « Le vingt avril mil neuf cent quarante-trois, dix heures cinquante-cinq devant Nous ont comparu publiquement en la maison commune : Louis Germain David de Funès de Galarza, pianiste, né à Courbevoie (Seine) le trente et un juillet mil neuf cent quatorze, vingt-huit ans, domicilié à Paris, 13, rue Condorcet, fils de Carlos Louis de Funès de Galarza, décédé, et de Leonor Soto Reguera, sa veuve, sans profession, domiciliée à Paris, 5, rue Raffet ; divorcé de Germaine Louise Élodie Carroyer, d’une part, et Jeanne Augustine Barthélemy, sans profession, née à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le premier février mil neuf cent quatorze, vingt-neuf ans, domiciliée à Paris, 14, rue de Maubeuge, fille de Louis Jules Xavier Barthélemy, et de Marguerite Bremier, époux décédés, d’autre part. […] Louis Germain David de Funès de Galarza et Jeanne Augustine Barthélemy ont déclaré l’un après l’autre vouloir se prendre pour époux, et Nous avons prononcé au nom de la Loi qu’ils sont unis par le mariage. […]. »
Au terme de cette courte cérémonie, M. et Mme Louis de Funès ne tardent pas, en compagnie de leurs témoins et des rares invités, parmi lesquels Leonor, à rejoindre l’hôtel de l’oncle Henri. Par souci d’économies, ils n’ont pas sollicité les services d’un photographe pour immortaliser l’événement. Alors qu’ils s’apprêtent à regagner la rue Condorcet, les sirènes retentissent. Un nouveau bombardement des Alliés vise les usines Renault mais, cette fois, c’est l’hippodrome de Longchamp qui est touché. À peu près au même moment, à Compiègne un millier d’hommes sont acheminés vers le camp de Mauthausen dans le cadre de l’opération Meerschaum. Les autorités allemandes ont besoin de main-d’œuvre pour l’économie du Reich. La plupart de ces hommes ont été arrêtés lors de rafles visant essentiellement des personnes en situation irrégulière comme les réfractaires au S.T.O. et les prisonniers de guerre évadés.
L’alerte passée, Louis, Jeanne et les autres passent à table et se régalent des volailles venues de Bretagne[38]. On chante, on danse, Louis esquisse deux ou trois notes au piano. L’espace de quelques heures, tout le monde en oublie presque la guerre, les privations, les tickets d’alimentation… et cette « trouille de l’Allemand » qui peut surgir de nulle part et vous arrêter sous n’importe quel prétexte. Mais, bien vite, il faut retrouver ce quotidien délétère où, pour se nourrir, il convient de travailler sans relâche. Un bref moment, Jeanne songe à ouvrir une école de danse pour améliorer l’ordinaire. On en discute longuement chez les de Funès. Louis, jaloux, ne supporte pas d’imaginer sa jeune épouse échanger des pas de deux avec d’autres hommes. Il faudra, comme il en a désormais l’habitude, se contenter de peu en continuant à pianoter. Quand Louis est trop fatigué, quand Jeanne, au mois de juin, se sait enceinte, ils n’hésitent pas à passer quelques jours au Cellier. La tante Marie accueille volontiers sa nièce et son « neveu » dans son château de Clermont. La comtesse se montre pleine d’égards. Parfois, elle propose de l’argent pour les aider. Louis, trop fier, trop soucieux de se débrouiller seul, rejette l’offre, n’acceptant d’elle que son hospitalité[39].
En cette fin d’année 1943, le maréchal Pétain et son régime ne savent plus à quel saint se vouer. Depuis l’armistice signé par les Italiens le 8 septembre, les jours de Pierre Laval à la tête du gouvernement sont comptés. À Alger le général de Gaulle prépare la riposte, et dans la famille de Funès on se prépare à accueillir un nouveau membre, avec joie mais aussi angoisse. Bientôt une bouche de plus à nourrir alors que le travail est si peu rémunérateur. Mais Louis, fortifié par Jeanne, tient le choc. Aussi se décide-t-il à taper les noires et les blanches quelque quinze heures par jour.
Le 27 janvier 1944, à deux heures quarante-cinq du matin, Louis et Jeanne admirent le sourire de Patrick, leur premier-né qui vient de voir le jour 3, rue de la Vistule dans le 13e arrondissement de Paris. Louis, le père, a trente et un ans et un avenir particulièrement incertain. Mais le hasard et la chance ne tardent pas à pointer le bout du nez sur le quai de la station de métro Villiers. Alors que Louis descend d’une voiture de première classe, un ticket de seconde en poche, il est interpellé par Daniel Gélin : « Dis donc, toi, t’étais pas chez Simon, il y a quelques années ? » Interloqué, Louis met quelques instants à reconnaître Gélin avant de répondre par l’affirmative et de lui expliquer qu’il est parti parce que c’était trop dur et qu’il ne croit pas avoir un vrai talent. « Tu as tort. Moi, je te trouvais formidable. Je me souviens même des scènes que tu jouais. Écoute, je monte une pièce pour une seule représentation. Le gars qui joue le rôle que Blier a créé n’est pas bien du tout. Tu veux pas essayer de le remplacer[40] ? » lui lance un Daniel Gélin bien décidé à convaincre un Louis de Funès plutôt sceptique. « Mais je ne peux pas, je ne peux pas. J’ai jamais joué ou si peu, et puis je ne suis pas libre… » se défend Louis en ajoutant que le soir il joue du jazz dans un piano-bar. Daniel Gélin finit par le convaincre au motif que les répétitions et l’unique représentation auront lieu l’après-midi. Banco. Louis accepte, n’osant pas lui raconter sa première et désastreuse expérience quelque temps auparavant sur la scène d’un théâtre parisien où, racontera-t-il bien des années plus tard : « Je jouais le rôle d’un curé tout de noir vêtu, qui traversait le plateau… Et autant dire que le rôle a été immédiatement supprimé, parce que, dès la première représentation, j’avais réussi à coincer ma soutane quelque part dans les coulisses. Les boutons ont sauté et j’ai traversé la scène en chemise blanche et pantalons retroussés[41] ! »
38
Dans de nombreux ouvrages, il a été écrit qu’au cours de ce repas de noce, les convives ne mangèrent que du boudin. Il s’agit là d’une légende tenace ; en février 1979, répondant aux questions de Paul Giannoli dans Jours de France, Louis de Funès s’esclaffa : « Quelle bêtise ! Nous avons fait un formidable déjeuner, rien qu’avec des produits qui venaient de la propriété de la famille de ma femme à la campagne. » Il semble, selon nos recherches, que cette « bêtise » trouve son origine dans un entretien que Louis de Funès a accordé à Michel Derain pour le quotidien Paris Jour (octobre 1970) où le journaliste, reproduisant les propos de Louis de Funès, écrivait : « Pour mon repas de noce je n’ai pas pu payer de poulet. Alors, ma femme et moi, nous avons décidé de servir du boudin à nos invités. C’était moins cher. Du coup, quand j’en mange aujourd’hui j’en pleure d’émotion. Sans rire ! »
39
Pendant près de dix ans, les de Funès passeront leurs vacances à Clermont.
40
Bernard Blier créa L’Amant de paille de Marc-Gilbert Sauvajon le 17 février 1939 au Théâtre Michel dans le rôle de Bruno. La tête d’affiche en était Jean-Pierre Aumont.
41
Louis de Funès à Henri Guiffredi, Ciné Revue, 17 juillet 1980. Il s’agit d’une courte apparition dans le rôle d’un client dans Image anglaise de Jacques Armand, dans une mise en scène de Pierre Henry, avec Maurice Jacquemont, Madeleine Barbulée, Jacques Grandjon, Ginette Curtey et Françoise Hannequin donnée au Studio des Champs-Élysées en décembre 1945.