Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 135 136 137 138 139 140 141 142 143 ... 188
Перейти на страницу:

— Tu vas bien ? », demanda Isacco.

Giuditta regardait les flammes dévorer sa lettre. Et sa vie.

« C’est à cause de ce… Mercurio ? »

Giuditta se retourna comme une furie, le visage bouleversé par la souffrance et la colère. « Je ne veux plus jamais entendre parler de lui ! Tu entends ? Plus jamais ! »

Troisième partie

Été 1516

VENISE — MESTRE

69

« C’est fini, je ne veux plus te voir. Ne cherche plus à me rencontrer », dit Giuditta.

Mercurio la regardait avec une sorte de sourire idiot. Il savait qu’elle ne plaisantait pas et, pourtant, il n’arrivait pas à croire que cela puisse être vrai. La nervosité contractait ses lèvres en un spasme qui ressemblait à un sourire. Il eut un gargouillement proche du rire, ou du sanglot. Il regarda autour de lui, cherchant à reprendre son souffle.

Le ciel commençait à s’assombrir. Les rares personnes qui circulaient encore dans la ville franchissaient au pas de course le pont de bois sur le canal de Cannaregio, sans leur prêter aucune attention.

Le matin, Isacco, sombre, presque gêné, lui avait donné un billet lui demandant d’être là, au pont sur le canal, le soir, un peu avant la fermeture des portes. Bizarre, avait pensé Mercurio, qu’Isacco en personne, si obstinément opposé à leur amour, lui remette ce billet. Il se l’était répété en se précipitant au rendez-vous : c’était bizarre. Mais jamais il n’aurait imaginé qu’une telle chose puisse arriver.

Il regarda de nouveau Giuditta. Il discernait à peine ses traits dans cette obscurité sans étoiles et sans lune. Il secoua la tête. « Non…, dit-il.

— Je suis désolée, mais ne cherche plus à me voir », répéta Giuditta. Sa voix semblait venir de loin. Ses yeux étaient froids.

« Pourquoi ? réussit enfin à dire Mercurio.

— Parce que j’ai découvert que je ne t’aime pas », répondit-elle. Son ton était rude. Avec quelque chose de presque compatissant.

Mercurio se sentit mourir. Il lui tourna un instant le dos, essoufflé comme après une course. « Je n’y crois pas, murmura-t-il.

— Je ne veux plus te voir », dit encore Giuditta.

Mercurio eut l’impression d’entendre une fêlure dans sa voix. Il se retourna d’un coup.

Giuditta serra les poings. Elle sentit ses ongles s’enfoncer douloureusement dans sa paume. « Je ne t’aime pas. » Et elle souriait presque, comme si c’était une chose insignifiante.

Mercurio continuait de secouer la tête. « Non. Je n’y crois pas. Je n’y crois pas… je n’y…

— Regarde-moi dans les yeux », l’interrompit Giuditta. Elle avait peur de se mettre à crier d’un instant à l’autre. Mais elle devait rester calme. « Je-ne-t’ai-me-pas », scanda-t-elle.

Mercurio la fixait. Il avait l’impression de ne pas la reconnaître. Il porta les mains à son cœur, tout en continuant de haleter.

« Regarde-moi. » Giuditta attendit que les yeux de Mercurio se fixent sur les siens. Elle espéra que l’obscurité l’aiderait à cacher son angoisse. « Regarde bien. Tu vois de la douleur ? Du désespoir ? Tu vois de la peur ? Du mensonge ? » Son ton maintenant était posé, comme si elle parlait à un enfant pour qui on a de la peine mais pas d’affection. Sauf qu’intérieurement, elle se sentait mourir. « Non, n’est-ce pas ? continua-t-elle en baissant la voix. Tu me regardes dans les yeux et tu vois… ce que tu vois. Rien. Et tu sais pourquoi ? Simplement parce que je ne t’aime pas. »

Mercurio fit un pas vers elle.

Giuditta se raidit.

Il tendit la main pour la toucher.

« Non ! », fit-elle. Elle ne voulait pas d’un contact physique. Elle n’aurait pas pu le supporter. « Non », répéta-t-elle d’un ton plus posé.

Mercurio retira sa main. « Je n’y crois pas… », dit-il encore. Mais faiblement.

« Tu dois te faire une raison.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il est arrivé quelque chose que je n’avais pas prévu, répondit Giuditta avec calme.

— Quoi ?

— Ça n’a pas d’importance. Ça n’a plus d’importance.

— Comment peux-tu être aussi cruelle ? » Mercurio hochait la tête, incrédule, assommé. « Je… je… »

À ce moment-là, le dernier coup de la Marangona résonna dans le ciel de Venise.

« Je suis désolée. Je dois y aller », dit Giuditta, et elle pria pour ne pas tomber à terre, brisée, le temps du moins de ces quelques pas qui la séparaient de la grande porte du Ghetto. Elle se tourna et marcha lentement. Raide.

« Giuditta… », l’appela Mercurio.

Elle ferma les yeux et se mordit les lèvres. Mais ne s’arrêta pas.

Plus loin, un musicien des rues pinçait les cordes d’un luth, jouant une mélodie mélancolique.

« Giuditta… », répéta Mercurio.

Elle poursuivit son chemin, pénétrant lentement sous le sotoportego qui donnait sur le campo.

Le musicien pinçait toujours son luth. La mélodie creusait des abîmes de tristesse. Les notes, dans la caisse de résonance du sotoportego, prirent une tonalité spectrale, intensifiée par l’espace restreint. Dans l’air flottait une odeur d’urine mêlée à celle de ces moisissures qui poussent au bas des murs.

Giuditta savait que Mercurio allait la suivre. Elle n’entendait pas ses pas, mais elle percevait toute sa douleur. Cependant, ce n’était pas assez. Pas encore. Elle avait prévu de le faire souffrir beaucoup plus.

Avant d’arriver à la grande porte du Ghetto, elle sourit à un garçon qui l’attendait, ce Joseph que Mercurio avait déjà rencontré quand son père l’avait chargé de la protéger. Giuditta lui caressa tendrement la joue. Puis elle approcha ses lèvres des siennes. Et l’embrassa. Longuement. Langoureusement.

Elle perçut un sursaut derrière elle. Elle se dit que c’était le cœur de Mercurio qui se brisait. Maintenant, il la haïrait. Il penserait qu’elle n’était qu’une putain.

Giuditta prit Joseph par la main et posa sa tête contre son épaule solide puis, retenant son souffle, passa devant les gardes.

Elle entendit dans son dos le bruit sourd des portes qui se fermaient, suivi du grincement des cadenas. Sa bouche s’ouvrit. Ses jambes cédèrent. Joseph se précipita pour la soutenir. Elle le repoussa avec fureur. Elle s’appuya à un mur. S’efforça de respirer et reprit son chemin vers chez elle. Mais elle courait, à présent.

Joseph était resté au milieu du campo. Il savait qu’il ne devait rien faire de plus.

Giuditta franchit la porte de l’immeuble. Elle avait dans la bouche le goût de Joseph, si différent de celui de Mercurio. Elle se plia en deux. Vomit au pied de l’escalier. Enfin, chancelante, elle atteignit le palier du quatrième étage. Elle regarda le plancher sur lequel elle s’était couchée, nue, la première fois qu’elle avait fait l’amour avec Mercurio. Elle pensa au pigeonnier sur le toit. Se dit que plus jamais elle n’irait voir les pigeons, qui avaient été les témoins de son plaisir et de sa joie. Elle entra dans l’appartement et se laissa tomber au sol. Épuisée.

Isacco sortit sur le seuil de sa chambre, déjà en tenue de nuit. « Que se passe-t-il ? Tu te sens mal ? », demanda-t-il, inquiet.

Giuditta ne répondit pas.

À cet instant, on entendit la voix de Mercurio qui hurlait quelque chose, dans la nuit.

Le docteur alla à la fenêtre et ferma en hâte les volets. Il regarda Giuditta, incapable d’aller vers elle. Il resta immobile, debout.

1 ... 135 136 137 138 139 140 141 142 143 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)