Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 132 133 134 135 136 137 138 139 140 ... 188
Перейти на страницу:

Dans l’air, l’odeur du sang et de la peur.

Shimon se laissa exalter par cette grandeur terrible.

“À nous deux, Mercurio”, se dit-il, tandis que les pigeons s’élevaient dans le ciel, effrayés par l’arrivée d’un énorme vol de corbeaux qui se préparaient à banqueter avec les restes du condamné.

Shimon regarda les oiseaux noirs. Ils lui parurent de bon augure. Il huma l’air. Comme un chien de chasse. Comme s’il pouvait sentir l’odeur de sa proie.

68

« Qu’est-ce que tu as combiné avec mon père ? demanda Giuditta dans le pigeonnier, en se serrant contre le corps chaud de Mercurio. Depuis hier, il n’arrête pas de marmonner contre toi et de dire qu’il s’est fait avoir. »

Mercurio se mit à rire. « C’est vrai qu’il s’est fait avoir. Il n’a rien vu venir, je me suis vraiment bien amusé.

— Mais qu’est-ce que tu lui as fait ?

— Je lui ai offert un hôpital.

— Un hôpital ?

— Eh oui. Au fond, c’est quand même le père de ma bien-aimée, non ? »

Giuditta se mit à rire doucement : « Toi, tu es complètement fou, tu le sais ça, hein ?

— Et toi, tu le sais que cet hôpital est à Mestre ? dit Mercurio en s’écartant d’elle pour la regarder dans les yeux. Tu le sais, ce que ça veut dire ?

— Non…

— Que tôt ou tard ton père se laissera convaincre d’accepter une chambre pour dormir là-bas.

— Mais nous n’avons pas le droit de dormir ailleurs que dans le…

— Tu es vraiment aussi bouchée que ton père, tu sais ? », dit Mercurio en riant.

Giuditta fit une moue mécontente.

Mercurio rit encore plus fort. « J’ai dit Mestre. Tu ne comprends toujours pas ?

— Non.

— Tu es obligée de dormir enfermée dans le Ghetto seulement si tu habites à Venise. Mais à Mestre, il n’y a pas de ghetto. Tu es libre de dormir où tu veux. Il suffit que tu cesses de vivre à Venise et que tu déménages à Mestre.

— Vraiment ? Et où ?

— Ô Seigneur du ciel ! Mais comment tu fais pour être aussi bouchée ?

— Allez, arrête ! Dis-moi !

— Chez moi ! dit Mercurio avec un sourire. Anna a déjà offert une chambre à ton père, pour qu’il puisse être jour et nuit dans son hôpital. Et il y en a une qui est prête pour toi. » Il la serra contre lui et caressa son corps. « Quoi ? Ça ne te va pas de dormir sous le même toit que moi ? »

Giuditta le regarda bouche bée. « Mon père n’acceptera jamais, dit-elle, toute chagrinée.

— On verra », répondit Mercurio. Il se leva de la couche de paille du pigeonnier. S’étira. « Si nous ne commençons pas à faire l’amour dans un vrai lit, nous allons vieillir avant l’heure. »

Giuditta éclata de rire.

« J’ai encore gagné dix-neuf lires d’or, reprit Mercurio. J’aurai bientôt assez pour commencer à réparer le navire du vieux Zuan. Et alors je t’emmènerai avec moi. »

Giuditta le regarda avec sérieux, sans lui répondre. Elle sentait qu’elle lui appartenait chaque jour davantage. Elle lui appartenait, se disait-elle, au point de n’être plus que sienne. Aussi avait-elle écrit une lettre, qu’elle ne cessait de relire. Parce qu’elle savait que le jour viendrait bientôt où elle la ferait lire à son père. C’était une lettre douloureuse. Et en même temps pleine de joie.

« Et ta boutique, comment ça va ? J’y vois toujours un grand va-et-vient de clients. »

Giuditta s’illumina. « Oui, dit-elle fièrement. Les robes plaisent beaucoup. Nous en vendons plus que nous ne pouvons en coudre. Et nous avons aussi des dames de la noblesse. C’est… c’est…

— Un succès, conclut Mercurio.

— Oui, un succès.

— Quel que soit l’endroit où nous irons, tu auras ta boutique », jura Mercurio, la main sur le cœur. Puis il commença à s’habiller. « Je ne laisserai pas nos douze enfants t’empêcher de gagner tout cet argent.

— Et toi, que feras-tu ? plaisanta Giuditta.

— Eh bien… je resterai à la maison en pantoufles et je surveillerai que la gouvernante, jeune et jolie, payée avec tes énormes bénéfices, nettoie bien le cul de nos marmots. Puis je m’assurerai que la cuisinière, tout aussi jeune et jolie, prépare les meilleures viandes casher. Et je passerai un doigt sur le sol pour être sûr que la petite servante, encore plus jeune et jolie que les autres, a bien balayé. »

Giuditta se mit à rire, se leva et se jeta dans ses bras. « Je ne te donnerai pas la moitié d’un enfant, et surtout, nous n’aurons pas de domestiques. Je ne veux te partager avec personne. »

Mercurio l’embrassa. Il caressa son dos lisse puis laissa glisser sa main sur ses seins.

Elle recula. « Arrête, il est tard. » Et tandis qu’elle enfilait sa jupe, elle regarda machinalement les coutures intérieures du vêtement. « Sais-tu qu’une cliente a trouvé une plume de corbeau dans une de mes robes ?

— Et qu’est-ce qu’elle faisait là ? demanda distraitement Mercurio, qui boutonnait sa veste.

— Bizarre, non ? répondit Giuditta, pensive. Et une autre une dent de bébé.

— Tu devrais peut-être dire à tes couturières de faire un peu plus attention.

— Je n’arrive pas à me l’expliquer…

— Qu’est-ce que tu voudrais expliquer ?

— Je ne sais pas… c’est bizarre.

— N’y pense plus et presse-toi. La Marangona va sonner et le “docteur des putains” va se réveiller.

— Ne l’appelle pas comme ça, s’assombrit Giuditta.

— Je plaisante.

— Ne plaisante pas là-dessus. »

Mercurio acquiesça, lui sourit, l’embrassa puis descendit l’escalier, prêt à se mêler à la foule qui sortait du Ghetto. Mais un instant après il reparut dans le pigeonnier. « T’ai-je dit que je t’aime ? »

Giuditta se mit à rire, heureuse.

« Pour toujours », lui dit Mercurio. Et il s’en alla.

« Pour toujours », répéta Giuditta. Elle revint dans l’appartement, prépara le déjeuner pour Isacco, lui dit bonjour, lui souhaita une bonne journée de travail, et enfin, restée seule, elle s’assit devant la table et prit dans la fente du mur où elle la cachait tous les soirs la lettre qu’elle avait écrite. Elle la relut.

Cher père,

C’est avec la plus grande douleur que je t’écris la grande joie que je ressens. Je ne sais pas comment je survivrai à cette grande douleur, pas plus que je ne sais comment je pourrais me priver de cette joie. Si j’étais capable de me couper en deux, je te jure que je le ferais. Si j’étais capable d’être à la fois une bonne fille et une bonne épouse, je te jure que je le serais. Si je pouvais éviter de te briser le cœur, je te jure que je l’éviterais. Comme je voudrais ne pas briser le cœur de l’homme auquel j’ai promis le mien. Je prie de toute mon âme qu’advienne un miracle qui nous permette de vivre une existence différente de celle qui s’annonce. Je prie pour pouvoir passer ma vie avec toi, comme je prie pour pouvoir passer ma vie avec l’homme que j’aime. Mais quelle vie sera la mienne, dorénavant, je ne saurais le dire. Sera-t-il possible de l’appeler vie, si pour une moitié, elle est la mort ? Quelle vie peut être celle d’un cœur coupé en deux ?

Je ne sais pas si tu réussiras à me pardonner parce que je ne sais pas si je réussirai à me pardonner moi-même. Mais ma décision est prise.

1 ... 132 133 134 135 136 137 138 139 140 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)