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La Bible amusante

Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:

Donnant les citations textuelles de l’écriture sainte et reproduisant toutes les réfutations opposées par Voltaire, Fréret, lord Bolingbroke, Toland & autres critiques.
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Puis, sans dire à quelle langue ils appartiennent, il les traduit ainsi, à la grande stupéfaction de l’assemblée: «Le mot Mané signifie: Dieu a calculé ton règne, et il y a mis fin. Le mot Thécel signifie: Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé trop léger. Le mot Pharès signifie: Ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses.» Balthazar, en homme qui n’a qu’une parole, fit aussitôt revêtir Daniel d’une robe d’écarlate, lui passa au cou un collier d’or, et, par un héraut, fit proclamer séance tenante que la troisième partie du royaume serait désormais sous la domination du prophète. Le chapitre se termine immédiatement par ces deux versets (30-31): «Cette même nuit-là, Balthazar, roi de Chaldée, fut tué. Et Darius de Médie prit possession du royaume, étant âgé de soixante-deux ans.»

Cette historiette du festin de Balthazar n’est pas mal imaginée; on sait quel succès elle a eu; le sujet est d’ailleurs plein d’attrait pour les peintres, qui n’ont pas manqué d’en tirer parti; aussi, que de braves gens croient que c’est arrivé! Par malheur, l’histoire est là, qui contredit formellement la Bible.

D’abord, aucun Balthazar n’est mentionné nulle part comme ayant régné à Babylone. Nébukadnezzar (Nabuchodonosor) mourut en 561 (av. J.-C), laissant un fils Évilmérodak, qui lui succéda, de 561 à 556, et une fille, mariée à Nergalsarassar (Nériglissor), lequel assassina son beau-frère, usurpa le trône, et périt un an après (555) dans un combat contre Cyrus, alors roi de Perse. La couronne ne sortit pas encore de la famille de Nabuchodonosor: elle fut dévolue, en premier lieu, à son petit-fils Laborosoarchod, fils d’Évilmérodak, qui ne régna que quelques mois, et en second lieu à Nabonid, fils du frère cadet de Nabuchodonosor, que quelques auteurs donnent comme un descendant de Sémiramis, en confondant cette reine avec Nitocris, l’illustre mère de Nabuchodonosor. Mais Nabonid, qui régna de 555 à 538 et fut le dernier roi de Babylone de la dynastie de Nabopolassar, n’est évidemment pas le prince que la Bible appelle Balthazar, puisque le livre de Daniel donne expressément ce Balthazar comme fils de Nabuchodonosor, et puisqu’il le fait mourir dans la nuit de la prise de Babylone par Darius. Or, Cyrus, qui comme roi de Perse avait succédé en 560 à son père Cambyse I, et dont la mère, Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes, était la petite-fille de ce Cyaxare I qui eut pour gendre Nabuchodonosor, Cyrus, disons-nous, réunit la couronne de Médie à celle de Perse en 536, c’est-à-dire à la mort de Cyaxare II, frère de sa mère et son beau-père, dont il avait épousé la fille unique, Bardane. Et c’est bien Cyrus, et non Darius, qui prit Babylone en 538, mettant fin au règne de Nabonid, lequel n’est évidemment pas Balthazar.

Il est vrai que Babylone fut prise de nouveau, vingt-deux ans plus tard, et cette fois par Darius I. Aussi, quelques théologiens roublards insinuent que le roi de Babylone de cette autre époque est le Balthazar de la Bible. Mais cette thèse ne tient pas debout, dès qu’on l’examine de près. En effet, il est connu, archi-connu, que Cyrus, ayant réuni sur sa tête les couronnes de Perse, de Lydie (544, en détrônant Crésus), de Médie et d’Assyrie, fonda la grande monarchie persane par la réunion de tous ces états et établit la domination aryenne sur toute l’Asie occidentale. Son fils Cambyse II lui succéda, ajouta à l’empire l’Egypte, dont il fit la conquête en 525 et mourut en 522. On sait que, Cambyse n’ayant pas d’enfant et la couronne revenant à son frère Smerdis, celui-ci avait été secrètement assassiné par les mages de Médie qui lui avaient substitué un des leurs, lequel régna sept mois; mais, la supercherie ayant été découverte, des seigneurs persans formèrent un complot, massacrèrent les mages et le faux Smerdis (521) et donnèrent la couronne à Darius, deux fois gendre de Cyrus (il avait épousé ses filles Atossa et Aristhone), connu sous le nom de Darius I, fils d’Hystape. C’est l’histoire, cela! Et Darius, qui régna de 521 à 486, divisa son empire en vingt satrapies. Il est vrai qu’un moment les satrapes de Babylone, Nabou-Imtouk et son fils Belsaroussour, se rendirent indépendants; Darius eut à reprendre Babylone (516). Mais comment soutenir que Belsaroussour puisse être Balthazar, puisque ce roi n’était qu’un satrape révolté, et non le propre fils de Nabuchodonosor, qualification formellement donnée par la Bible à son Balthazar et répétée plusieurs fois? Entre Nabuchodonosor et Belsaroussour, neuf rois avaient régné sur Babylone. En outre, les chapitres suivants du livre de Daniel nous représentent ce prophète maintenu dans les plus hautes fonctions par Darius et par Cyrus, en donnant ces deux rois comme régnant simultanément, l’un sur les Mèdes, l’autre sur les Perses. Or, ils furent, l’un après l’autre, à la fois rois des Mèdes et des Perses, et entre le règne de Cyrus et celui de son gendre Darius, il y eut Cambyse le conquérant et le faux Smerdis.

Enfin, comme il est indiscutable que la prise de Babylone qui a mis fin à l’empire chaldéo-babylonien (dynastie de Nabopolassar, famille de Nabuchodonosor) est celle de 538, c’est-à-dire la prise de Babylone par Cyrus, d’autres théologiens supposent que Darius, commandant les armées de Cyrus, dont il était le gendre, prit possession du royaume au nom de son beau-père, et disent que cela est sous-entendu dans le verset 31 du chapitre 5 cité plus haut. Ils ajoutent, toujours par hypothèse, qu’évidemment Cyrus demeura le haut souverain de tout le nouvel empire persan, mais qu’il dut déléguer des pouvoirs spéciaux à son gendre Darius, en l’établissant particulièrement roi sur la Chaldée, c’est-à-dire sur les états de Balthazar, dont Babylone était la capitale. Ils prétendent justifier cette supposition, en la basant sur le verset 28 du chapitre 6 et sur le verset 1 du chapitre 9. Ces versets sont ainsi conçus: «Daniel prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus, roi de Perse (6:28). Darius, fils d’Assuérus, de la race des Mèdes, avait été établi roi sur le royaume des Chaldéens (9:1) Ainsi, disent-ils, le récit de Daniel se concilierait avec l’histoire.

On comprend que les prêtres, qui proclament Daniel un des plus grands prophètes à qui Dieu se soit révélé, tiennent tant à le justifier de toute vantardise menteuse; il est évident que, si cet écrivain juif a menti en racontant des événements passés dont il aurait été le témoin et l’un des principaux acteurs, il n’y a aucune confiance à avoir, à plus forte raison, dans les annonces qu’il fait d’événements futurs: or, comme ces prophéties, visant le Messie et son Eglise, sont de la plus grande importance pour le christianisme qui se déclare la religion ainsi annoncée, il ne faut, à aucun prix, que Daniel soit pris en flagrant délit d’imposture. Voilà pourquoi les prêtres se donnent un mal de tous les diables à vouloir prouver que, le dernier jour du règne d’un Balthazar quelconque, fils de Nabuchodonosor, Babylone fut prise par Darius de Médie, agissant pour le compte de Cyrus et investi tout aussitôt de la royauté chaldéenne.

Mais c’est une fatalité: Daniel, hâbleur et bavard irréfléchi, croyait n’écrire que pour la basse classe du peuple juif, pour ses compatriotes ignorants, incapables de discuter avec les lévites un point d’histoire; ainsi ont été inventées ces légendes d’Holopherne, de Balthazar, et autres épisodes du même genre, très flatteurs pour l’amour-propre de ces pauvres Hébreux qui, en réalité, avaient été traités fort durement par leurs divers vainqueurs: avec ces blagues de l’héroïsme des Judith et de l’élévation des Daniel et des Esther, on chatouillait agréablement la fibre nationale, on donnait une fiche de consolation, après la captivité, aux vaincus enfin délivrés de la servitude, et l’on écrivait ces livres d’une fantaisie insensée, sans se douter qu’un jour tout cet échafaudage de mensonges s’écroulerait et montrerait la cynique mauvaise foi des prêtres de tout temps.

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