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La Bible amusante

Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:

Donnant les citations textuelles de l’écriture sainte et reproduisant toutes les réfutations opposées par Voltaire, Fréret, lord Bolingbroke, Toland & autres critiques.
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Mais le plus curieux de tous les faits étranges qui signalent cette époque, c’est le trépas d’Isaïe: cet homme, qui était le miracle incarné, ne put faire aucun miracle le jour où sa vie fut en danger. Manassès, fils et successeur d’Ézéchias, que le coup du cadran solaire avait laissé fort sceptique, fut aussi impie que son père avait été bigot. Voulant voir si Isaïe avait, pour sa préservation personnelle, quelque marmelade de figues, il fit saisir le prophète et ordonna de le scier en deux. L’infortuné Isaïe fut scié comme s’il avait été une simple planche; ni Raphaël ni aucun autre ange ne vinrent à son secours. Peut-être Jéhovah, pendant le supplice de son fidèle serviteur, était occupé aux affaires de quelque autre planète.

Pendant que nous en sommes à cette période si embrouillée de la fin du royaume de Juda, il convient de parler de Judith, dont l’unique exploit est à jamais célèbre et se trouve narré dans un livre spécial. L’épisode est tellement connu, qu’il suffira de le rappeler en quelques lignes.

A une époque que la Bible ne précise pas, mais qui précède de peu la destruction du royaume de Juda, la ville de Béthulie, tout à fait inconnue des historiens et des géographes, fut mise en état de blocus par une armée de Nabuchodonosor, que commandait le général Holopherne, personnage dont il n’est question nulle part dans les documents assyriens. Holopherne coupa les canaux qui alimentaient Béthulie, de sorte que les assiégés, privés d’eau, tiraient la langue comme des caniches en été.

La situation devenait intolérable. C’est alors qu’une jolie veuve béthulienne, Judith, dont le mari était mort d’un coup de soleil, au temps de la moisson des orges, résolut de sauver sa patrie. Pour cela, elle revêtit sa plus belle robe, se parfuma des odeurs les plus excitantes, et, suivie d’une vieille négresse, se rendit au camp des assiégeants. Holopherne, galant au possible, suivant l’habitude des pioupious, invita Judith à dîner en tête à tête dans sa tente.

On fit bombance, on vida de nombreuses coupes, on se dit même des choses aimables au dessert. Mais, après le festin, tandis qu’Holopherne, très content de sa soirée, se prélassait sur son lit de repos, Judith saisit prestement un instrument tranchant, et, d’un coup sec, décapita le général. Que l’on dise après cela que l’amour ne fait pas quelquefois perdre la tête!

Puis, Judith, sans être vue de personne, rentra en ville; la négresse, sa suivante, avait mis la tête d’Holopherne dans un sac. On accrocha aux murs de Béthulie la binette du généralissime des armées de Nabuchodonosor. Aussi, quand les assiégeants l’aperçurent, ils s’enfuirent à toutes jambes, sans même songer à se mettre sous les ordres d’un autre chef.

Nous nous bornerons à reproduire le commentaire de Voltaire sur cet épisode biblique:

«Un géographe serait bien empêché à placer Béthulie: tantôt on la met à quarante lieues au nord de Jérusalem, tantôt à quelques milles au midi; mais une honnête femme serait encore plus embarrassée à justifier la conduite de la belle Judith. Aller coucher avec un général d’armée pour lui couper la tête, cela n’est pas modeste. Mettre cette tête toute sanglante, de ses mains sanglantes, dans un petit sac, et s’en retourner paisiblement avec sa servante à travers une armée de cinquante mille hommes, sans être arrêtée par aucune sentinelle, cela n’est pas commun.

Une chose encore plus rare, c’est d’avoir demeuré cent cinq ans après ce bel exploit dans la maison de feu son marri comme il est dit au chapitre 16, v. 28. Si nous supposons qu’elle était âgée de trente ans quand elle fit ce coup vigoureux, elle aurait donc vécu cent trente-cinq années. Dom Calmet nous tire d’embarras en nous disant qu’elle avait soixante-cinq ans lorsque Holopherne fut épris de son extrême beauté: c’est le bel âge pour tourner et couper des têtes. Mais le texte nous replonge dans une autre difficulté: il dit que personne ne troubla Israël tant qu’elle vécut; et malheureusement, ce fut le temps de ses plus grands désastres.»

Voici, d’ailleurs, le texte, traduit mot à mot:

«Et durant tout le temps que Judith vécut, il n’y eut personne qui épouvantât Israël, jusque longtemps après sa mort.» (Judith 16:30, terminant le livre)

Ce texte va nous servir à montrer, une fois de plus, avec quel aplomb le divin inspirateur de la Bible se moque des fidèles. Si l’on admet l’interprétation du bénédictin Calmet et des théologiens catholiques, c’est-à-dire que Judith avait soixante-cinq ans (ce qui n’est dit nulle part) lorsqu’elle tua Holopherne, et que le verset 28 signifie qu’elle vécut cent cinq ans en tout, et non cent cinq ans encore après son exploit, il n’en reste pas moins quarante années entre le dit exploit et la mort de l’héroïne. Or, en rapprochant le livre biblique des Rois (chapitres consacrés aux derniers rois de Juda) de ce que l’on sait de l’histoire des empires d’Assyrie, on y trouve la preuve éclatante du mensonge de l’histoire de Judith.

Assar-Haddon, dont il a été question tout à l’heure, deuxième fils de Sennachérib, régna à la fois sur Ninive et sur Babylone, son grand-père Salmanazar, chef de la dynastie des Sargonides, ayant chassé de Babylone le roi Mérodak-Baladan, dernier descendant de Nabonassar. Assar-Haddon garda Ninive pour capitale, mais établit à Babylone un satrape, Saosducheus; celui-ci, à la mort d’Assar-Haddon (668 av. J.-C), se proclama indépendant et régna à Babylone, malgré Téglath-Phalazar V, troisième fils de Sennachérib et successeur d’Assar-Haddon, et malgré Sardanapale VI, roi de Ninive (de 660 à 647). Enfin, Assourdanil II (le Kiniladan des Grecs), succédant à son père Sardanapale VI, s’empara de Babylone, dès la première année de son règne, c’est-à-dire en 647, et y établit de nouveau des satrapes. Pendant le règne d’Assourdanil II, se place l’invasion du pharaon Néchao, qui, traversant la Judée pour aller combattre les Assyriens, blessa mortellement, à la bataille de Mageddo, le pieux Josias, petit-fils de Manassé et arrière-petit-fils d’Ézéchias, roi de Juda. D’autre part, à cette même époque, Cyaxare I, dont l’histoire est dans Hérodote, régnait en Médie (635-595) et exterminait ce qui restait de Scythes en Asie. Sous le règne de Sardanapale VII, dernier du nom et dernier roi de Ninive, fils d’Assourdanil II, le satrape de Babylone, Nabopolassar, se déclare indépendant, fait alliance avec le roi des Mèdes, Cyaxare, dont la fille épouse son fils Nébukadnezzar (Nabuchodonosor, dans la Bible); en 606, Nabopolassar s’empare de Ninive avec le concours de Cyaxare; Sardanapale V meurt, Ninive est détruite, c’est la fin du deuxième empire assyrien connu. Nabopolassar, dont l’épouse, célèbre dans l’histoire, est l’égyptienne Nitocris, fonde le troisième empire d’Assyrie, dit empire chaldéo-babylonien; Nitocris prodigue les embellissements à Babylone, capitale du nouvel empire, et le prince-héritier Nabuchodonosor, ayant vaincu le pharaon Néchao à Karkémis, sur l’Euphrate, est associé à la couronne.

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