Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Voici donc que mon jardinier ne connut plus le repos. Tu l'eusses pu entendre qui s'informait sur la g�ographie, la navigation, les courriers et les caravanes et les guerres entre les empires. Et trois ann�es plus tard vint le jour de hasard de quelque ambassade que j'exp�diai de l'autre c�t� de la terre. Je convoquai donc mon jardinier: �Tu peux �crire � ton ami.� Et mes arbres en souffrirent un peu et les l�gumes du potager, et ce fut f�te chez les chenilles, car il te passait les journ�es chez soi, � griffonner, � raturer, � recommencer la besogne, tirant la langue comme un enfant sur son travail, car il se connaissait quelque chose d'urgent � dire et il lui fallait se transporter tout entier, dans sa v�rit�, chez son ami. Il lui fallait construire sa propre passerelle sur l'ab�me, rejoindre l'autre part de soi � travers l'espace et le temps. Il lui fallait dire son amour. Et voici que tout rougissant, il me vint soumettre sa r�ponse afin de guetter cette fois encore sur mon visage un reflet de la joie qui illuminerait le destinataire, et d'essayer ainsi sur moi le pouvoir de ses confidences. Et (car il n'�tait rien en v�rit� de plus important � faire conna�tre, puisqu'il s'agissait l� pour lui de ce en quoi d'abord il s'�changeait, � la fa�on des vieilles qui s'usent les yeux aux jeux d'aiguille pour fleurir leur dieu) je lus qu'il confiait � l'ami, de son �criture appliqu�e et malhabile, comme une pri�re toute convaincue, mais de mots humbles: �Ce matin, moi aussi, j'ai taill� mes rosiers�� Et je me tus, sur ma lecture, m�ditant sur l'essentiel qui commen�ait de m'appara�tre mieux, car ils Te c�l�braient, Seigneur, se joignant en Toi, au-dessus des rosiers, sans le conna�tre.
Ah! Seigneur, je prierai pour moi-m�me, ayant de mon mieux enseign� mon peuple. A cause que j'ai re�u de Toi trop de travail pour rejoindre en particulier tel ou tel que j'eusse pu aimer, et qu'il a bien fallu que je me sevrasse d'un commerce qui procure seul les plaisirs du c�ur, car sont doux les retours ici et non ailleurs et les sons de voix particuliers et les confidences enfantines de telle qui croit pleurer son bijou perdu, quand elle pleure d�j� la mort qui s�pare de tous les bijoux. Mais Tu m'as condamn� au silence afin qu'au-del� du vent des paroles j'en entendisse la signification, puisqu'il est de mon r�le de me pencher sur l'angoisse des hommes dont j'ai d�cid� de les gu�rir.
Certes, tu m'as voulu �conomiser le temps que j'eusse us� en bavardage, et l'enfer des paroles sur le bijou perdu (et nul ne sortira jamais de ces litiges puisqu'il ne s'agit point ici d'un bijou mais de la mort) comme sur l'amiti� ou sur l'amour. Car amour ou amiti� ne se nouent v�ritablement qu'en Toi seul et il est de ta d�cision de ne me permettre d'y acc�der qu'� travers ton silence.
Que recevrai-je, puisque je sais qu'il n'est point de ta dignit�, ni m�me de ta sollicitude, de me visiter � mon �tage et que je n'attends rien du guignol des apparitions d'archanges? Car moi qui m'adresse non � tel ou tel, mais au laboureur comme au berger, j'ai beaucoup � donner mais je n'ai rien � recevoir. Et, s'il se trouve que mon sourire puisse enivrer la sentinelle, puisque je suis le roi et qu'en moi l'empire se noue qui est fait de leur sang, et qu'ainsi en retour l'empire � travers moi paie leur propre sang par mon sourire, qu'ai-je, Seigneur, � attendre du sourire de celle-l�? Des uns comme des autres je ne sollicite point pour moi l'amour, et peu m'importe s'ils m'ignorent ou me ha�ssent, � condition qu'ils me respectent comme le chemin vers Toi, car l'amour je le sollicite pour Toi seul dont ils sont � et dont je suis � nouant la gerbe de leurs mouvements d'adoration, et Te la d�l�guant de m�me que je d�l�gue � l'empire, non � moi, la g�nuflexion de ma sentinelle, car je ne suis point mur mais op�ration de graine qui de la terre tire des branchages pour soleil.
Me vient donc quelquefois, puisqu'il n'est point de roi pour moi qui me puisse rembourser par un sourire, qu'il convient que j'aille ainsi jusqu'� l'heure o� tu daigneras me recevoir et me confondre avec ceux-l� de mon amour, me vient donc, de temps � autre, la lassitude d'�tre seul, et le besoin de rejoindre ceux de mon peuple, car, sans doute, je ne suis point encore assez pur.
De juger heureux le jardinier qui communiquait avec son ami me vient donc parfois le d�sir de me lier ainsi, selon leur dieu, aux jardiniers de mon empire. Et il m'arrive de descendre � pas lents, un peu avant l'aube, les marches de mon palais vers le jardin. Je m'achemine dans la direction des roseraies. J'observe ici et l�, et me penche attentif sur quelque tige, moi qui, midi venu, d�ciderai le pardon ou la mort, la paix ou la guerre. La survie ou la destruction des empires. Puis, me relevant de mon travail avec effort, car je me fais vieux, je dis simplement, en mon c�ur, afin de les rejoindre par la seule voie qui soit efficace, � tous les jardiniers vivants et morts: �Moi aussi, ce matin, j'ai taill� mes rosiers.� Et peu importe, d'un tel message, s'il chemine ou non des ann�es durant, s'il parvient ou non � tel ou tel. L� n'est point l'objet du message. Pour rejoindre mes jardiniers j'ai simplement salu� leur dieu, lequel est rosier au lever du jour.
Seigneur, ainsi de mon ennemi bien-aim� que je ne rejoindrai qu'au-del� de moi-m�me. Et pour qui, car il me ressemble, il en est �galement ainsi. Donc je rends la justice selon ma sagesse. Il rend la justice selon la sienne. Elles paraissent contradictoires et, si elles s'affrontent, nourrissent nos guerres. Mais lui et moi, par des chemins contraires, nous suivons de nos paumes les lignes de force du m�me feu. En Toi seul, Seigneur, elles se retrouvent.
J'ai donc, mon travail achev�, embelli l'�me de mon peuple. Il a, son travail achev�, embelli l'�me de son peuple. Et moi qui pense � lui, et lui qui pense � moi, bien que nul langage ne nous soit offert pour nos rencontres, quand nous avons jug�, ou dict� le c�r�monial, ou puni ou pardonn�, nous pouvons dire, lui pour moi, comme moi pour lui: �Ce matin j'ai taill� mes rosiers��
Car tu es, Seigneur, la commune mesure de l'un et de l'autre. Tu es le n�ud essentiel d'actes divers.
INDEX
DES PRINCIPALES RUBRIQUES DE CITADELLE
Citadelle n'est pas une �uvre achev�e. Dans la pens�e de l'auteur elle devait �tre �lagu�e et remani�e selon un plan rigoureux qui, dans l'�tat actuel, se reconstitue difficilement. L'auteur a souvent repris les m�mes th�mes, soit pour les exprimer avec plus de pr�cision, soit pour les �clairer d'une de ces images dont il a le secret.
A d�faut d'une table des mati�res rendue impossible par ce plan diffus, un index para�t indispensable pour permettre au lecteur de retrouver rapidement les multiples formes verbales que rev�t la pens�e de Saint-Exup�ry; pour les comparer, les associer ou �lire parmi elles la formule la plus heureuse, l'image la mieux frapp�e.
Con�u m�thodiquement, l'index devrait comporter une �num�ra-tion des principaux th�mes spirituels (� notre connaissance plusieurs essais ont �t� d�j� tent�s), suivie d'un glossaire des mots utilis�s, certaines expressions, certains symboles revenant avec une pr�dilection marqu�e sous la plume de l'auteur.
A ce travail minutieux, nous avons pr�f�r� une pr�sentation plus sommaire. Les mots-vedettes, class�s alphab�tiquement, renvoient par des sous-rubriques aux diff�rentes utilisations qu'en a faites Saint-Exup�ry, aux diff�rents angles sous lesquels il les a consid�r�s.
Ils renvoient donc indiff�remment � un th�me, � un fait, � un passage descriptif ou anecdotique, ou simplement � ces images �blouissantes qui conf�rent, � des sujets parfois s�v�res, l'envo�tement de la po�sie. Nous avons cru devoir reproduire en italique les p�riphrases ou expressions emprunt�es directement au texte.