Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Ainsi ne sera pas le m�me ton diamant non poss�da-ble. Lequel brillait de cette qualit�. Car alors il te glorifiait et t'honorait et t'augmentait de son �clat. Mais tu les as chang�s en d�corations de vitrine. Ils seront honneur des vitrines. Mais ne souhaitant point d'�tre une vitrine, tu ne souhaites pas le diamant.
Et si maintenant tu en br�les un pour ennoblir de ce sacrifice le jour de la f�te, et ainsi en multiplier le rayonnement sur ton esprit et sur ton c�ur, tu ne br�leras rien. Ce n'est point toi qui sacrifieras le diamant. Il sera don de ta vitrine. Et elle s'en moque. Tu ne peux plus jouer avec le diamant qui ne t'est plus d'aucun usage. Et, murant tel dans la nuit du pilier du temple, afin de le donner aux dieux, tu ne donnes rien. Ton pilier n'est qu'un entrep�t � peine plus discret que la vitrine, laquelle est �galement discr�te si le soleil invite ton peuple � fuir la ville. Ton diamant n'a pas valeur de don puisqu'il n'est pas objet que l'on donne. Il est objet que l'on entrepose. Ici ou l�. Il n'est plus aimant�. Il a perdu ses divines lignes de force. Qu'as-tu gagn�?
Mais moi j'interdis que s'habillent en rouge ceux-l� qui ne descendent point du proph�te. Et en quoi ai-je l�s� les autres? Aucun ne s'habillait en rouge. Le rouge manquait de signification. D�sormais tous r�vent de s'habiller en rouge. J'ai fond� le pouvoir du rouge et tu es plus riche de ce qu'il existe, bien qu'il ne soit point pour toi. Et l'envie qui te vient est signe d'une ligne de force nouvelle.
Mais l'empire te semble parfait si au c�ur de la ville tel qui s'assi�ra les jambes en croix y mourra de soif et de faim. Car rien ne le tirera de pr�f�rence ni vers la droite, ni vers la gauche, ni en avant, ni en arri�re. Et il ne recevra point d'ordres, de m�me qu'il n'en donnera point. Et il ne sera en lui d'�lan ni vers le diamant non poss�dable, ni vers le caillou contre la poitrine, ni vers le v�tement rouge. Et chez le marchand d'�toffes de couleur tu le verras qui b�illera des heures durant, attendant que je charge de mes significations la direction de ses d�sirs.
Mais, de ce que j'ai interdit le rouge, le voil� qui louche vers le violet� ou bien, car il est r�fractaire et libre, et hostile aux honneurs, et dominant les conventions, et se moquant bien du sens des couleurs, lesquelles sont de mon arbitraire, tu le vois qui te fait vider tous les rayons du magasin, et tripatouille dans les r�serves, afin de trouver la couleur la plus oppos�e � la couleur rouge, comme le vert cru, et qui te fait le d�go�t� tant qu'il n'a pas trouv� la perfection des perfections. Apr�s quoi tu le vois tout glorieux de son vert cru, et se pavanant dans la ville par m�pris de ma hi�rarchie des couleurs.
Mais il se trouve que je l'ai anim� tout le long du jour. Autrement, habill� de rouge, il e�t b�ill� dans un mus�e, car il pleut.
�Moi, disait mon p�re, je fonde une f�te. Mais ce n'est point une f�te que je fonde, c'est telle relation. J'entends ricaner les r�fractaires qui me fondent aussit�t la contre-f�te. Et la relation est la m�me qu'ils affirment et perp�tuent. Je les emprisonne donc un peu pour leur plaire, car ils tiennent au s�rieux de leur c�r�monial. Et moi aussi.�
CCVIII
Donc se leva le jour. Et j'�tais l� comme le marin, les bras crois�s, et qui respire la mer. Telle mer � labourer et non une autre. J'�tais l� comme le sculpteur devant la glaise. Telle glaise � p�trir et non une autre. J'�tais l�, tel, sur la colline, et j'adressai � Dieu cette pri�re:
�Seigneur, se l�ve le jour sur mon empire. Il m'est ce matin d�livr�, pr�t pour le jeu, comme une harpe Seigneur, na�t � la lumi�re tel lot de villes, de palmeraies, de terres arables et de plantations d'orangers. Et voici, sur ma droite, le golfe de mer pour navires. Et voici, sur ma gauche, la montagne bleue, aux versants b�nis de moutons � laine, qui plante les griffes de ses derniers rocs dans le d�sert. Et au-del�, le sable �carlate o� fleurit seul le soleil.
�Mon empire est de tel visage et non d'un autre. Et certes, il est de mon pouvoir d'infl�chir quelque peu la courbe de tel fleuve afin d'en irriguer le sable, mais non dans l'instant. Il est de mon pouvoir de fonder ici une ville neuve, mais non dans l'instant. Il est de mon pouvoir de d�livrer, rien qu'en soufflant sa graine, une for�t de c�dres victorieuse, mais non dans l'instant. Car j'h�rite dans l'instant d'un pass� r�volu, lequel est tel et non un autre. Telle harpe, pr�te � chanter.
�De quoi me plaindrais-je, Seigneur, moi qui p�se dans ma sagesse patriarcale cet empire o� tout est en place, comme le sont des fruits de couleur dans la corbeille. Pourquoi �prouverais-je la col�re, l'amertume, la haine ou la soif de vengeance? Telle est ma trame pour mon travail. Tel est mon champ pour mon labour. Telle est ma harpe pour chanter.
�Quand va le ma�tre du domaine par ses terres au lever du jour, tu le vois, s'il en trouve, qui ramasse la pierre et arrache la ronce. Il ne s'irrite ni contre la ronce ni contre la pierre. Il embellit sa terre et n'�prouve rien, sinon l'amour.
�Quand celle-l� ouvre sa maison au lever du jour, tu la vois balayer la poussi�re. Elle ne s'irrite point contre la poussi�re. Elle embellit une maison et n'�prouve rien, sinon l'amour.
�Me plaindrais-je de ce que telle montagne couvre telle fronti�re et non l'autre? Elle refuse, ici, avec le calme d'une paume, les tribus qui remontent du d�sert. Cela est bien. Je b�tirai plus loin, l� o� l'empire est nu, mes citadelles.
�Et pourquoi me plaindrais-je des hommes? Je les re�ois, dans cette aube-ci, tels qu'ils sont. Certes, il en est qui pr�parent leur crime, qui m�ditent leur trahison, qui fourbissent leur mensonge, mais il en est d'autres qui se harnachent pour le travail ou la piti� ou la justice. Et certes, moi aussi, pour embellir ma terre arable, je rejetterai la pierre ou la ronce, mais sans ha�r ni la ronce ni la pierre, n'�prouvant rien, sinon l'amour.
�Car j'ai trouv� la paix, Seigneur, au cours de ma pri�re. Je viens de toi. Je me sens jardinier qui marche � pas lents vers ses arbres.�
Certes, j'ai moi aussi �prouv�, au cours de ma vie, la col�re, l'amertume, la haine et la soif de vengeance. Au cr�puscule des batailles perdues, comme des r�bellions, chaque fois que je me suis d�couvert impuissant, et comme enferm� en moi-m�me, faute de pouvoir agir, selon ma volont�, sur mes troupes en vrac que ma parole n'atteignait plus, sur mes g�n�raux s�ditieux qui s'inventaient des empereurs, sur les proph�tes d�ments qui nouaient des grappes de fid�les en poings aveugles, j'ai connu alors la tentation de l'homme de col�re.
Mais tu veux corriger le pass�. Tu inventes trop tard la d�cision heureuse. Tu recommences le pas qui t'e�t sauv�, mais participe, puisque l'heure en est r�volue, de la pourriture du r�ve. Et certes, il est un g�n�ral qui t'a conseill�, selon ses calculs, d'attaquer � l'ouest. Tu r�inventes l'histoire. Tu escamotes le donneur de conseils. Tu attaques au nord. Autant chercher � t'ouvrir une route en soufflant contre le granit d'une montagne. �Ah! te dis-tu dans la corruption de ton songe, si tel n'avait point agi, si tel n'avait point parl�, si tel n'avait point dormi, si tel n'avait point cru ou refus� de croire, si tel avait �t� pr�sent, si tel s'�tait trouv� ailleurs, alors je serais vainqueur!�
Mais ils te narguent d'�tre impossibles � effacer, comme la tache de sang du remords. Et te vient le d�sir de les broyer dans les supplices, pour t'en d�faire. Mais empilerais-tu sur eux toutes les meules de l'empire que tu n'emp�cherais point qu'ils aient �t�.
Faible es-tu, de m�me que l�che, si tu cours ainsi dans la vie � la poursuite de responsables, r�inventant un pass� r�volu dans la pourriture de ton r�ve. Et il se trouve que tu livreras, d'�puration en �puration, ton peuple entier au fossoyeur.
Tels ont peut-�tre �t� v�hicules de la d�faite, mais pourquoi tels autres, qui eussent �t� v�hicules de la victoire, n'ont-ils point domin� les premiers? A cause que le peuple ne les soutenait point? Alors pourquoi ton peuple a-t-il pr�f�r� les mauvais bergers? Parce qu'ils mentaient? Mais les mensonges sont toujours exprim�s, car tout, toujours est dit, et la v�rit� et le mensonge. Parce qu'ils payaient? Mais l'argent est toujours offert, car il est toujours des corrupteurs.