Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Ceux de tel empire, s'ils sont bien fond�s, mon corrupteur y fait sourire. La maladie que je leur offre n'est point pour eux. Si ceux de tel autre sont us�s de c�ur, la maladie que je leur offre fera son entr�e par tel et tel qui succomberont les premiers. Et, progressant de l'un en l'autre, elle pourrira tous ceux de l'empire, car ma maladie �tait pour eux. Les premiers touch�s sont-ils responsables de la pourriture de l'empire? Tu ne pr�tends point, dans l'empire le plus sain, que n'existent point les porteurs de chancre! Ils sont l�, mais comme en r�serve pour les heures de d�cadence. Alors seulement se r�pandra la maladie, laquelle n'avait pas besoin d'eux. Elle en e�t trouv� d'autres. Si la maladie pourrit la vigne de racine en racine, je n'accuse point la premi�re racine. L'euss�-je br�l�e l'ann�e d'auparavant qu'une autre racine e�t servi de porte � la pourriture.
Si l'empire se corrompt, tous ont collabor� � la corruption. Si le plus grand nombre tol�re, en quoi n'est-il point responsable? Je te dis meurtrier si l'enfant se noie dans ta mare, et que tu n�gliges de le secourir.
St�rile je serai donc si je tente, dans la pourriture du r�ve, de sculpter apr�s coup un pass� r�volu, d�capitant les corrupteurs comme les complices de corruption, les l�ches comme les complices de l�chet�, les tra�tres comme les complices de trahison, car, de cons�quence en cons�quence, j'an�antirai jusqu'aux meilleurs puisqu'ils auront �t� inefficaces, et qu'il me restera � leur reprocher leur paresse, ou leur indulgence, ou leur sottise. En fin de compte j'aurai pr�tendu an�antir de l'homme ce qui est susceptible d'�tre malade et d'offrir une terre fertile � telle semence, et tous peuvent �tre malades. Et tous sont terre fertile pour toutes semences. Et il me faudra les supprimer tous. Alors sera parfait le monde, puisque purg� du mal. Mais moi je dis que la perfection est vertu des morts. L'ascension use pour engrais des mauvais sculpteurs comme du mauvais go�t. Je ne sers point la v�rit� en ex�cutant qui se trompe car la v�rit� se construit d'erreur en erreur. Je ne sers point la cr�ation en ex�cutant quiconque manque la sienne, car la cr�ation se construit d'�chec en �chec. Je n'impose point telle v�rit� en ex�cutant qui en sert une autre, car ma v�rit� est arbre qui vient. Et je ne connais rien que terre arable, laquelle n'a point encore aliment� mon arbre. Je viens, je suis pr�sent. Je re�ois le pass� de mon empire en h�ritage. Je suis le jardinier en marche vers sa terre. Je n'irai point lui reprocher de nourrir des cactus et des ronces. Je me moque bien des cactus et des ronces, si je suis semence du c�dre.
Je m�prise la haine, non par indulgence, mais parce que, venant de Toi, Seigneur, o� tout est pr�sent, l'empire m'est pr�sent dans chaque instant. Et dans chaque instant, je commence.
Je me souviens de l'enseignement de mon p�re:
�Ridicule est la graine qui se plaint de ce que la terre � travers elle se fasse salade plut�t que c�dre. Elle n'est donc que graine de salade.�
Il disait de m�me: �Le bigle a souri � la jeune fille. Elle s'est retourn�e vers ceux qui plantent droit leur regard. Et le bigle va racontant que ceux dont le regard est droit corrompent les jeunes filles.�
Bien vaniteux les justes qui s'imaginent ne rien devoir aux t�tonnements, aux injustices, aux erreurs, aux hontes qui les transcendent. Ridicule le fruit qui m�prise l'arbre!
CCIX
De m�me que celui-l� qui croit trouver sa joie dans la richesse du tas d'objets, impuissant qu'il est � l'en extirper car elle n'y r�side point, multiplie ses richesses et empile les objets en pyramides et s'en va s'agiter parmi eux dans leurs caves, pareil � ces sauvages qui te d�montent les mat�riaux du tambour, afin de capturer le bruit.
De m�me ceux-l�, qui d'avoir connu que les relations de mots contraignantes te soumettent � mon po�me, que les structures contraignantes te soumettent � la sculpture de mon sculpteur, que les relations contraignantes entre les notes de la guitare te soumettent � l'�motion du guitariste, croyant que le pouvoir r�side dans les mots du po�me, les mat�riaux de la sculpture, les notes de la guitare, te les agitent dans un d�sordre inextricable et, de n'y point retrouver ce pouvoir, puisqu'il n'y r�side point, exag�rent, pour se faire entendre, leur tintamarre, charriant au plus en toi l'�motion que tu tireras d'une pile de vaisselle qui se brise, laquelle d'abord est de qualit� discutable, laquelle ensuite est de discutable pouvoir, et serait autrement efficace, te r�gissant, te gouvernant, te provoquant autrement mieux, si tu la tirais de la pesanteur de mon gendarme, quand il t'�crase l'orteil.
Et si je d�sire te gouverner en te disant �soleil d'octobre� ou �sabres de neige�, faut bien que je construise un pi�ge qui emprisonne une capture, laquelle n'est point de son essence. Mais si je d�sire t'�mouvoir par les objets m�mes du pi�ge, faute d'oser te dire m�lancolie, cr�puscule, bien-aim�e, mots de po�me achet�s tout faits dans le bazar, lesquels te font vomir, je n'en jouerai pas moins sur la faible action de mim�tisme, laquelle te fait moins jubilant si je te dis �cadavre� que �corbeille de ros�s� bien que ni l'un ni l'autre ne te r�gissent en profondeur, et je sortirai de l'habituel pour te d�crire des supplices dans leur dernier raffinement. Et faute d'ailleurs d'en tirer l'�motion qui n'y r�side point, car est faible le pouvoir des mots qui te versent � peine une salive acide lorsque je fais jouer la m�canique du souvenir, tu commences de t'agiter fr�n�tiquement, et de multiplier les tortures et les d�tails sur la torture et les odeurs de la torture, pour finalement peser moins sur moi que le bon pied de mon gendarme.
De chercher ainsi � te surprendre, par le l�ger pouvoir de choc de l'inhabituel, et certes je te surprendrai si j'entre � reculons dans la salle d'audience o� je te re�ois, ou si, plus g�n�ralement, je fais appel � quoi que ce soit d'incoh�rent et d'inattendu, de m'agiter ainsi je ne suis que pillard et je tire mon bruit de la destruction, car certes, � la seconde audience, tu ne t'�tonneras plus de mon entr�e � reculons et, une fois habitu�, non seulement � tel geste absurde, mais � l'impr�vu dans l'absurde, tu ne t'�tonneras plus de rien. Et bient�t tu t'accroupiras, morne et sans langage, dans l'indiff�rence d'un monde us�. Mais la seule po�sie qui te pourra tirer encore un mouvement de plainte sera celle de l'�norme chaussure clout�e de mon gendarme.
Car il n'est point de r�fractaire. Il n'est point d'individu seul. Il n'est point d'homme qui se retranche v�ritablement. Plus na�fs sont ceux-l� que les fabricants de mirlitonneries qui te m�langent sous pr�texte de po�sie l'amour, le clair de lune, l'automne, les soupirs et la brise.
�Je suis ombre, dit ton ombre, et je m�prise la lumi�re.� Mais elle en vit.
CCX
Je t'accepte tel que tu es. Se peut que la maladie te tourmente d'empocher les bibelots d'or qui tombent sous tes yeux, et que par ailleurs tu sois po�te. Je te recevrai donc par amour de la po�sie. Et, par amour de mes bibelots d'or, je les enfermerai.
Se peut qu'� la fa�on d'une femme tu consid�res les secrets qui te sont confi�s comme diamants pour ta parure. Elle va � la f�te. Et l'objet rare qu'elle exhibe la fait glorieuse et importante. Il se peut que, par ailleurs, tu sois danseur. Je te recevrai donc par respect pour la danse, mais, par respect pour les secrets, je les tairai.
Mais il se peut que tout simplement tu sois mon ami. Je te recevrai donc par amour pour toi, tel que tu es. Si tu boites je ne te demanderai point de danser. Si tu hais tel ou tel je ne te les infligerai point comme convives. Si tu as besoin de nourriture, je te servirai.
Je n'irai point te diviser pour te conna�tre. Tu n'es ni cet acte-ci, ni tel autre, ni leur somme. Ni cette parole-ci, ni telle autre, ni leur somme. Je ne te jugerai ni selon ces paroles ni selon ces actes. Mais je jugerai ces actes comme ces paroles selon toi.