Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
�M'est donc apparu que le don essentiel �tait le don de la route � suivre pour acc�der � la f�te. Et que d'abord pour juger ta civilisation je veux que tu me dises quelles sont tes f�tes � et de quel go�t pour le c�ur et � puisqu'elles sont instant de passage, porte franchie, �closion hors de la chrysalide apr�s la mue,�� d'o� tu viens et o� tu vas. Alors seulement je conna�trai quel homme tu es, et si vaut la peine que tu sois prosp�re dans ta sant�, ton tour de ventre et ton nombre.
�Et puisqu'il se trouve que, pour que tu tendes vers telle route, est n�cessaire que tu �prouves la soif dans telle direction et non dans une autre et qu'elle suffira � ton ascension, car elle guidera tes pas et fertilisera ton g�nie (comme il en est de la pente vers la mer dont il me suffit que je t'augmente pour obtenir de toi des navires) je veux que tu m'�claires sur la qualit� de la soif que tu fondes chez toi dans les hommes. Car il se trouve que l'amour, essentiellement, est soif d'amour, la culture, soif de culture, et le plaisir du c�r�monial vers la perle noire, soif de perle noire du fond des mers.�
CCXVII
Tu ne jugeras point selon la somme. �De ceux-l�, me viens-tu dire, il n'est rien � attendre. Sont grossi�ret�, go�t du lucre, �go�sme, absence de courage, laideur.� Mais ainsi peux-tu me parler des pierres, lesquelles sont rudesse, duret�, pesanteur morne et �passeur, mais non de ce que tu tires des pierres: statue ou temple. J'ai trop vu que l'�tre ne fonctionnait presque jamais comme l'eussent fait pr�voir ses parties � et certes ceux-l� des peuplades voisines, si tu les prends chacun � part, tu trouves chacun qui hait la guerre, ne souhaite point quitter son foyer, car il aime ses enfants et son �pouse et les repas d'anniversaire � ni verser le sang car il est bon, et il nourrit son chien, et il caresse son �ne, ni le pillage d'autrui car tu l'observes qui ne ch�rit que sa propre maison et lustre ses bois et repeint ses murs et embaume son jardin de fleurs � et tu me diras donc: �Ils figurent dans le monde l'amour de la paix�� Et cependant leur empire n'est que grande soupi�re o� mijote la guerre. Et leur bont�, et leur douceur, et leur piti� pour l'animal bless�, et leur �motion devant les fleurs ne sont qu'ingr�dient d'une magie qui pr�pare les cliquetis d'armes, comme il en est de tel m�lange de neige, de bois verni et de cire chaude qui pr�pare les grands battements de ton c�ur, bien que la capture, ici comme ailleurs, ne soit point de l'essence du pi�ge.
Me juges-tu l'arbre sur les mat�riaux? Me viens-tu parler de l'oranger en me critiquant sa racine, ou le go�t de sa fibre, ou le visqueux ou le rugueux de son �corce, ou l'architecture de ses branches? Ne t'importent point les mat�riaux. Tu juges l'oranger sur l'orange.
Ainsi de ceux-l� que tu pers�cutes. Alors que pris � part ils sont tel et tel et tel. M'en moque bien. Leur arbre me fabrique de temps � autre des �mes de glaive pr�tes � sacrifier le corps dans les supplices, contredisant la l�chet� du plus grand nombre, et des regards lucides qui d�pouillent, comme de son �corce le fruit, de ses vains attributs la v�rit�, et, contredisant l'app�tit vulgaire du plus grand nombre, t'observent les �toiles de la fen�tre de leur mansarde et vivent d'un fil de lumi�re � alors me voil� satisfait. Car je vois condition l� o� tu vois litige. L'arbre est condition du fruit, la pierre du temple et les hommes condition de l'�me qui rayonne sur la tribu. Et de m�me que dans la bont� et la r�verie douce et l'amour de la maison de ceux-l�, j'irai ais�ment planter mon talon car il ne s'agit, malgr� l'apparence, que d'ingr�dients pour la soupi�re, de peste, de crime et de famine. Je pardonnerai aux autres leur absence de bont� ou leur refus de r�verie ou leur faiblesse d'amour pour les maisons (car il se peut qu'ils aient longtemps �t� nomades) s'il se trouve que ces ingr�dients sont conditions de la noblesse de quelques-uns. Et de cela je ne sais rien pr�voir par l'encha�nement des mots aux mots � cause qu'il n'est point de logique qui fasse passer d'un �tage � l'autre.
CCXVIIl
Car ceux-l� se p�ment et te voudraient faire croire qu'ils br�lent nuit et jour. Mais ils mentent.
Ment la sentinelle des remparts qui te chante nuit et jour son amour de la ville. Elle lui pr�f�re sa soupe.
Ment le po�te qui nuit et jour te parle de l'ivresse du po�me. Lui arrive de souffrir de quelque mal de ventre et se moque de tous les po�mes.
Ment l'amoureux qui te pr�tend que nuit et jour il est habit� par l'image de sa bien-aim�e. Une puce l'en d�tourne, car elle pique. Ou le simple ennui, et il b�ille.
Ment le voyageur qui te pr�tend que nuit et jour il s'enivre de ses d�couvertes, car si la houle est par trop creuse le voil� qui vomit.
Ment le saint qui te pr�tend que nuit et jour il contemple Dieu. Dieu se retire de lui parfois, comme la mer. Et le voil� plus sec qu'une plage � galets.
Mentent ceux qui pleurent leur mort nuit et jour. Pourquoi nuit et jour le pleureraient-ils, quand ils ne l'aimaient pas nuit et jour? Connaissaient les heures de dispute ou de lassitude ou de distractions hors de l'amour. Et certes, le mort est plus pr�sent que le vivant, d'�tre contempl� hors des litiges, devenu un. Mais tu es infid�le, m�me � tes morts.
Mentent tout ceux-l�, car ils renient leurs heures de s�cheresse, n'ayant rien compris. Et ils te font douter de toi car, de les entendre affirmer leur ferveur, tu crois en leur permanence et, � ton tour, rougissant de ta s�cheresse tu changes ta voix et ton visage, quand tu es en deuil, si l'on te regarde.
Mais je ne connais que l'ennui qui te puisse �tre permanent. Lequel te vient de l'infirmit� de ton esprit qui ne sait lire aucun visage au travers des mat�riaux. Ainsi qui consid�re le mat�riel du jeu d'�checs sans deviner qu'un probl�me s'y inscrit. Mais, si t'est accord�e de temps � autre, en r�compense de fid�lit� dans la chrysalide, la seconde d'illumination de la sentinelle, ou du po�te, ou du croyant, ou de l'amant, ou du voyageur, ne te plains point de ne point contempler en permanence le visage qui transporte. Car il en est de si br�lants qu'ils consument qui les contemple. La f�te n'est point pour tous les jours.
Donc tu te trompes quand tu condamnes les hommes sur leurs mouvements de routine, � la fa�on du proph�te aux yeux bigles qui nuit et jour couvait une fureur sacr�e. Car je sais trop que le c�r�monial s'ab�tardit dans l'ordinaire en ennui et routine. Car je sais trop que la pratique de la vertu s'ab�tardit dans l'ordinaire en concessions aux gendarmes. Car je sais trop que les hautes r�gles de la justice s'ab�tardissent dans l'ordinaire en paravent pour jeux sordides. Mais que m'importe? Je sais aussi de l'homme qu'il lui arrive de dormir. Me plaindrai-je alors de son inertie? Je sais aussi de l'arbre qu'il n'est point fleur, mais condition de la fleur.
CCXIX
J'ai d�sir� fonder en toi l'amour pour le fr�re. Et du m�me coup j'ai fond� la tristesse de la s�paration d'avec le fr�re. J'ai d�sir� fonder en toi l'amour pour l'�pouse. Et j'ai fond� en toi la tristesse de la s�paration d'avec l'�pouse. J'ai d�sir� fonder en toi l'amour pour l'ami. Et du m�me coup j'ai fond� en toi la tristesse de la s�paration d'avec l'ami, de m�me que celui-l� qui b�tit les fontaines b�tit leur absence.