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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais de te d�couvrir tourment� par la s�paration plus que par tout autre mal, j'ai voulu te gu�rir et t'enseigner sur la pr�sence. Car la fontaine absente est plus douce encore pour qui meurt de soif qu'un monde sans fontaines. Et m�me si t'en voil� exil� au loin pour toujours, quand ta maison br�le tu pleures.

Je connais des pr�sences g�n�reuses comme des arbres, lesquels �tendent loin leurs branches pour verser l'ombre. Car je suis celui qui habite et te montrerai ta demeure.

Souviens-toi du go�t de l'amour quand tu embrasses ton �pouse � cause que le petit jour a rendu leur couleur aux l�gumes dont tu installes sur ton �ne la pyramide un peu branlante car tu te mets en route pour les vendre au march�. Ta femme donc te sourit. Elle demeure l� sur le seuil pr�te, ainsi que toi, pour son travail, car elle balaiera la maison et lustrera les ustensiles et s'emploiera � la cuisson de ton repas, songeant � toi, � cause de tel r�gal dont elle mijote la surprise, se disant � soi-m�me: �Qu'il ne revienne pas trop t�t car il me g�terait mon plaisir � me surprendre�� Rien donc ne la s�pare de toi bien qu'en apparence tu t'en ailles au loin et qu'elle souhaite ton retard. Et il en est pour toi de m�me, car ton voyage servira la maison dont il faut bien que tu r�pares l'usure et alimentes la gaiet�. Et tu as pr�vu sur ton gain quelque tapis de haute laine et, pour ton �pouse, tel collier d'argent. C'est pourquoi tu chantes sur la route et habites la paix de l'amour, bien qu'en apparence tu t'exiles. Tu b�tis ta maison, � petits pas de ta baguette, en guidant l'�ne, en rajustant les corbeilles, en te frottant les yeux car il est t�t. Tu es solidaire de ta femme mieux qu'aux heures d'oisivet� quand tu te tournes vers l'horizon, du seuil de chez toi, ne songeant m�me pas � te retourner pour savourer quoi que ce soit de ton royaume, car tu r�ves alors d'un mariage lointain o� tu souhaites de te rendre, ou de telle corv�e, ou de tel ami.

Et maintenant que vous voil� mieux r�veill�s, s'il arrive � ton �ne d'essayer un peu de montrer son z�le, tu �coutes le trot peu durable qui fait comme un chant de cailloux et tu m�dites ta matin�e. Et tu souris. Car tu as choisi d�j� la boutique o� tu marchanderas le bracelet d'argent. Tu connais le vieux boutiquier. Il se r�jouira de ta visite car tu es son meilleur ami. Il s'informera sur ta femme. Il te questionnera sur sa sant�, car ta femme est pr�cieuse et fragile. Il t'en dira tant de bien et tant de bien, et d'une voix si p�n�tr�e, que le passant le moins subtil, rien qu'� entendre de telles louanges, l'estimerait digne du bracelet d'or. Mais tu pousseras un soupir. Car ainsi est la vie. Tu n'es point roi. Tu es mara�cher pour l�gumes. Et le marchand de m�me poussera un soupir. Et, quand vous aurez bien soupir� en hommage � l'inaccessible bracelet d'or, il t'avouera, de ceux d'argent, qu'il les pr�f�re. �Un bracelet, t'expliquera-t-il, avant tout se doit d'�tre lourd. Et ceux d'or sont toujours l�gers. Le bracelet a sens mystique. S'agit l� du premier cha�non de la cha�ne qui vous lie l'un � l'autre. Il est doux, dans l'amour, de sentir le poids de la cha�ne. Au bras joliment soulev�, quand la main rajuste le voile, le bijou doit peser car il informe ainsi le c�ur.� Et l'homme te reviendra de son arri�re-boutique avec le plus pesant de ses anneaux et il te priera d'essayer l'effet de son poids en le balan�ant les yeux ferm�s et en m�ditant sur la qualit� de ton plaisir. Et tu subiras l'exp�rience. Tu approuveras. Et tu pousseras un autre soupir. Car ainsi est la vie. Tu n'es point capitaine d'une riche caravane. Mais �nier d'un �ne. Et tu montreras l'�ne, lequel attend devant la porte et n'est gu�re vigoureux! et tu diras: �Mes richesses sont si peu de chose que ce matin, sous leur fardeau, il a trott�.� Le marchand donc poussera aussi un soupir Et quand vous aurez bien soupir� en hommage � l'inaccessible bracelet lourd, il t'avouera des bracelets l�gers qu'apr�s tout ils l'emportent par la qualit� de la ciselure, laquelle est plus fine. Et il te montrera celui de ton souhait. Car depuis des jours tu as d�cid�, selon ta sagesse, comme un chef d'�tat. Il est � r�server une part des gains du mois pour le tapis de haute laine, et une autre pour le r�teau neuf, une autre enfin pour la nourriture de tous les jours�

Et maintenant commence la danse v�ritable, car le marchand conna�t les hommes. S'il devine que son hame�on est bien plant�, il ne te rendra point de corde. Mais tu lui dis que le bracelet est trop co�teux et tu prends cong�. Il te rappelle donc. Il est ton ami. A la beaut� de ton �pouse il consentira un sacrifice. L'attristerait si fort de se d�faire de son tr�sor entre les mains d'une laideronne. Tu reviens donc mais � pas lents. Tu r�gles ton retour comme une fl�nerie. Tu fais la moue. Tu soup�ses le bracelet. N'ont pas grande valeur s'ils ne sont point lourds. Et l'argent ne brille gu�re. Tu h�sites donc entre un maigre bijou et la belle �toffe de couleur que tu as remarqu�e dans l'autre boutique. Mais ne faut point non plus que tu fasses trop le d�daigneux, car s'il d�sesp�re de te rien vendre il te laissera t'�loigner. Et tu rougiras du mauvais pr�texte dans lequel tu t'embrouilleras pour lui revenir.

Et certes, celui-l� qui ne conna�trait rien des hommes regarderait danser la danse de l'avarice, alors qu'elle est danse de l'amour et croirait, � l'entendre parler d'�ne et de l�gumes, ou philosopher sur l'or et l'argent, la quantit� ou la finesse, et retarder ainsi ton retour par de longues et lointaines d�marches, que te voil� tr�s loin de ta maison, alors que tu l'habites v�ritablement dans l'instant m�me. Car il n'est point d'absence hors de la maison ou de l'amour si tu fais les pas du c�r�monial de l'amour ou de la maison. Ton absence ne te s�pare point mais te lie, ne te retranche point mais te confond. Et peux-tu me dire o� loge la borne au-del� de laquelle l'absence est coupure? Si le c�r�monial est bien nou�, si tu contemples bien le dieu en lequel vous vous confondez, si ce dieu est assez br�lant, qui te s�parera de la maison ou de l'ami? J'ai connu des fils qui me disaient: �Mon p�re est mort n'ayant point achev� de b�tir l'aile gauche de sa demeure. Je la b�tis. N'ayant point achev� de planter ses arbres. Je les plante. Mon p�re est mort en d�l�guant le soin de poursuivre plus loin son ouvrage. Je le poursuis. Ou de demeurer fid�le � son roi. Je suis fid�le.� Et je n'ai point senti dans ces maisons-l� que le p�re f�t mort.

De ton ami et de toi-m�me, si tu cherches ailleurs qu'en toi ou ailleurs qu'en lui la racine commune, s'il est pour vous deux, lu � travers le disparate des mat�riaux, quelque n�ud divin qui noue les choses, il n'est ni distance ni temps qui vous puissent s�parer, car de tels dieux, en quoi votre unit� se fonde, se rient et des murs et des mers.

J'ai connu un vieux jardinier qui me parlait de son ami. Tous deux avaient longtemps v�cu en fr�res avant que la vie les s�par�t, buvant le th� du soir ensemble, c�l�brant les m�mes f�tes, et se cherchant l'un l'autre pour se demander quelques conseils ou se d�livrer de confidences. Et certes, ils avaient peu � se dire et bien plut�t on les voyait se promener, le travail fini, consid�rant sans prononcer un mot les fleurs, les jardins, le ciel et les arbres. Mais si l'un d'eux hochait la t�te en t�tant du doigt quelque plante, l'autre se penchait � son tour et, reconnaissant la trace des chenilles, hochait la sienne. Et les fleurs bien ouvertes leur procuraient � tous les deux le m�me plaisir.

Or il arriva qu'un marchand ayant engag� l'un des deux, il l'associa pour quelques semaines � sa caravane. Mais les pillards de caravanes puis les hasards de l'existence, et les guerres entre les empires, et les temp�tes, et les naufrages, et les ruines, et les deuils, et les m�tiers pour vivre ballott�rent celui-l� des ann�es durant, comme un tonneau la mer, le repoussant de jardin en jardin, jusqu'aux confins du monde.

Or voici que mon jardinier, apr�s une vieillesse de silence, re�ut une lettre de son ami. Dieu sait combien d'ann�es elle avait navigu�. Dieu sait quelles diligences, quels cavaliers, quels navires, quelles caravanes l'avaient tour � tour achemin�e avec cette m�me obstination des milliers de vagues de la mer jusqu'� son jardin. Et ce matin-l�, comme il rayonnait de son bonheur et le voulait faire partager, il me pria de lire, comme l'on prie de lire un po�me, la lettre qu'il avait re�ue. Et il guettait sur mon visage l'�motion de ma lecture. Et certes il n'�tait l� que quelques mots car les deux jardiniers se trouvaient �tre plus habiles � la b�che qu'� l'�criture. Et je lus simplement: �Ce matin j'ai taill� mes rosiers�� puis m�ditant ainsi sur l'essentiel, lequel me paraissait informulable, je hochai la t�te comme ils l'eussent fait.

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