Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
��Certes non, s'�cri�rent les gendarmes, l'app�tit s'�tant �veill� dans leurs poings.
��Or, quand un arbre forme des fruits pourris, reproches-tu la pourriture aux fruits ou � l'arbre?
��A l'arbre, s'�cri�rent les gendarmes.
��Et quelques fruits sains le font-ils absoudre?
��Non! non! s'�cri�rent les gendarmes qui, bien heureusement, aimaient leur m�tier, lequel n'est point d'absoudre.
��Donc serait �quitable de me purger l'empire de ces porteurs d'un grain de beaut� sur la tempe gauche.�
Mais l'ancien charpentier toussa encore:
�Formule ton objection�, lui dis-je, cependant que ses compagnons guid�s par leur flair jetaient des coups d'�il lourds d'allusions dans la direction de sa tempe.
L'un d'eux s'enhardit, toisant le suspect:
�Celui qu'il dit avoir connu� ne serait-ce point son fr�re� ou son p�re� ou quelqu'un des siens?�
Et tous grogn�rent leur assentiment.
Alors flamba ma col�re:
�Plus dangereuse encore est la secte de ceux qui portent un grain de beaut� sur la tempe droite! Car nous n'y avons m�me pas song�! Donc elle se dissimule mieux encore. Plus dangereuse encore que celle-l� est la secte de ceux qui ne portent point de grain de beaut�, car ceux-l� vont dans le camouflage, invisibles comme des conjur�s. Et en fin de compte, de secte en secte, je condamne la secte des hommes tout enti�re, car elle est, de toute �vidence, source de crimes, de rapts, de viols, de concussions, de gloutonnerie et d'impudeur. Et comme il se trouve que les gendarmes, outre qu'ils sont gendarmes, sont hommes, je commencerai � travers eux, usant d'une telle commodit�, l'�puration n�cessaire. C'est pourquoi je donne l'ordre au gendarme qui est en vous de jeter l'homme qui est en vous sur le fumier des cachots de mes citadelles!�
Et s'en furent mes gendarmes, reniflant de perplexit� et r�fl�chissant sans grand r�sultat, car il se trouve qu'ils r�fl�chissent avec les poings.
Mais je retins le charpentier, lequel baissait les yeux et faisait le modeste.
�Toi, je te destitue! lui dis-je. La v�rit� pour charpentier, laquelle est subtile et contradictoire � cause que le bois lui r�siste, n'est point v�rit� pour gendarme. Si le manuel classe en noir les porteurs de grain sur la tempe, me pla�t que mes gendarmes, rien qu'� entendre parler d'eux, sentent cro�tre leurs poings. Me pla�t de m�me que l'adjudant te p�se selon ta science au demi-tour. Car l'adjudant, s'il a droit de juger, il t'excusera dans ta maladresse � cause que tu es grand po�te. De m�me pardonnera-t-il � ton voisin, car il est pieux. Et au voisin de ton voisin, car celui-l� est mod�le de chastet�. Ainsi r�gnera la justice. Mais que survienne en guerre la feinte subtile d'un demi-tour et voil� mes soldats emp�tr�s du coup les uns dans les autres, dans l'�clat d'un grand tintamarre, qui appellent sur eux le carnage. Seront bien consol�s par l'estime de leur adjudant! Je te renvoie donc � tes charpentes, de peur que ton amour de la justice, l� o� elle n'a que faire, r�pande un jour le sang inutile.�
CCXIII
Mais vint celui qui m'interrogea sur la justice.
�Ah! lui dis-je, si je connais des actes �quitables je ne connais rien sur l'�quit�. Il est �quitable que tu sois nourri selon ton travail. Il est �quitable que tu sois soign� si tu es malade. Il est �quitable que tu sois libre si tu es pur. Mais l'�vidence ne va pas loin� Est �quitable ce qui est conforme au c�r�monial.
�J'exige du m�decin qu'il franchisse le d�sert, f�t-ce sur les poings et sur les genoux, pour panser une blessure d'homme. Quand bien m�me cet homme serait un m�cr�ant. Car je fonde ainsi le respect de l'homme. Mais s'il se trouve que l'empire est en guerre contre l'empire du m�cr�ant, j'exige des soldats qu'ils franchissent le m�me d�sert pour r�pandre au soleil les entrailles du m�me m�cr�ant. Car ainsi je fonde l'empire.
��Seigneur� je ne te comprends pas.
��Me pla�t que les forgeurs de clous, qui chantent les cantiques des cloutiers, tendent � piller les outils des scieurs de planches pour servir les clous. Me pla�t que les scieurs de planches tendent � d�baucher les forgeurs de clous, pour servir les planches. Me pla�t que l'architecte qui domine brime les scieurs de planches en prot�geant les clous et les forgeurs de clous en prot�geant les planches. Car de cette tension des lignes de force, na�tra le navire et je n'attends rien des scieurs de planches sans passion qui v�n�rent les clous, ni des forgeurs de clous sans passion qui v�n�rent les planches.
��Tu honores donc la haine?
��Je dig�re la haine et la surmonte et n'honore que l'amour. Mais il se trouve qu'il ne se noue qu'au-dessus des planches et des clous en le navire.�
Et m'�tant retir�, j'adressai � Dieu cette pri�re: �J'accepte comme provisoires, Seigneur, et bien qu'il ne soit point de mon �tage d'en distinguer la clef de vo�te, les v�rit�s contradictoires du soldat qui cherche � blesser et du m�decin qui cherche � gu�rir. Je ne concilie point, en breuvage ti�de, des boissons glac�es et br�lantes. Je ne souhaite point que mod�r�ment l'on blesse et soigne. Je ch�tie le m�decin qui refuse ses soins, je ch�tie le soldat qui refuse ses coups. Et peu m'importe si les mots se tirent la langue. Car il se trouve que ce pi�ge seul, dont les mat�riaux sont divers, saisit ma capture dans son unit�, laquelle est tel homme, de telle qualit� et non un autre.
�Je recherche � t�tons tes divines lignes de force, et faute d'�vidences qui ne sont point pour mon �tage, je dis que j'ai raison dans le choix des rites du c�r�monial s'il se trouve que je m'y d�livre et y respire. Ainsi de mon sculpteur, Seigneur, que satisfait tel coup de pouce vers la gauche, bien qu'il ne sache dire pourquoi. Car ainsi seulement il lui semble qu'il charge sa glaise de pouvoir.
�Je vais � Toi � la fa�on de l'arbre qui se d�veloppe selon les lignes de force de sa graine. L'aveugle, Seigneur, ne conna�t rien du feu. Mais il est, du feu, des lignes de force sensibles aux paumes. Et il marche � travers les ronces, car toute mue est douloureuse. Seigneur, je vais � Toi, selon ta gr�ce, le long de la pente qui fait devenir.
�Tu ne descends pas vers ta cr�ation, et je n'ai rien � esp�rer pour m'instruire qui soit autre chose que chaleur du feu ou tension de graine. De m�me de la chenille qui ne sait rien des ailes. Je n'esp�re point d'�tre inform� par le guignol des apparitions d'archanges, car ne me dirait rien qui vaille la peine. Inutile de parler d'ailes � la chenille comme de navire au forgeur de clous. Suffit que soient, par la passion de l'architecte, les lignes de force du navire. Par la semence, les lignes de force des ailes. Par la graine, les lignes de force de l'arbre. Et Tu sois, Seigneur, tout simplement.
�Glaciale, Seigneur, est quelquefois ma solitude. Et je r�clame un signe dans le d�sert de l'abandon. Mais Tu m'as enseign� au cours d'un songe. J'ai compris que tout signe est vain, car si Tu es de mon �tage Tu ne m'obliges point de cro�tre. Et qu'ai-je affaire de moi. Seigneur, tel que je suis?
�C'est pourquoi je marche, formant des pri�res auxquelles il n'est point r�pondu, et n'ayant pour guide, tant je suis aveugle, qu'une faible chaleur sur mes paumes fl�tries, et Te louant cependant, Seigneur, de ce que Tu ne me r�pondes point, car si j'ai trouv� ce que je cherche, Seigneur, j'ai achev� de devenir.
�Si Tu faisais vers l'homme, gratuitement, le pas d'archange, l'homme serait accompli. Il ne scierait plus, ne forgerait plus, ne combattrait plus, ne soignerait plus. Il ne balaierait plus sa chambre ni ne ch�rirait la bien-aim�e. Seigneur, s'�garerait-il � T'honorer de sa charit� � travers les hommes, s'il Te contemplait? Quand le temple est b�ti, je vois le temple, non les pierres.
�Seigneur, me voil� vieux et de la faiblesse des arbres quand vente l'hiver. Las de mes ennemis comme de mes amis. Non satisfait dans ma pens�e d'�tre contraint de tuer, � la fois, et de gu�rir, car me vient de Toi le besoin de dominer tous les contraires qui me fait si cruel mon sort. Et cependant ainsi contraint de monter, de mort de questions en mort des questions, vers Ton silence.