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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Alors tu te souviens de tels camarades qui s'aimaient.

�L'un venait chercher l'autre, au c�ur de la nuit, par simple besoin de ses plaisanteries, de ses conseils, ou plus simplement encore de sa pr�sence. Et l'un manquait � l'autre s'il voyageait. Mais un malentendu absurde les a brouill�s. Et ils feignent de ne point se voir, s'ils se rencontrent. Le miracle est ici qu'ils ne regrettent rien. Le regret de l'amour, c'est l'amour. Ce qu'ils recevaient l'un de l'autre, cependant ils ne le recevront de nul au monde. Car chacun plaisante, conseille, ou simplement respire � sa propre fa�on et non d'une autre. Donc les voil� amput�s, diminu�s, mais incapables d'en rien conna�tre. Et m�me tout fiers et comme enrichis du temps disponible. Et ils te vont fl�nant devant les �talages, chacun pour soi. Ils ne perdent plus leur temps avec l'ami! Ils refuseront tout effort qui les rattacherait au grenier o� ils puisaient leur nourriture. Car est morte la part d'eux-m�mes qui en vivait, et comment cette part r�clamerait-elle, puisqu'elle n'est plus?

�Mais toi, tu passes en jardinier. Et tu vois ce qui manque � l'arbre. Non du point de vue de l'arbre, car du point de vue de l'arbre rien ne lui manque: il est parfait. Mais de ton point de vue de dieu pour arbre qui greffe les branches l� o� il faut. Et tu rattaches le fil rompu et le cordon ombilical. Tu r�concilies. Et les voil� qui repartent dans leur ferveur.

�Moi aussi j'ai r�concili� et j'ai connu le matin frais o� la bien-aim�e te r�clame le lait de ch�vre et le pain tendre. Et te voil� pench� sur elle, une main soutenant la nuque, l'autre haussant le bol jusqu'aux l�vres p�les, et toi regardant boire. Tu es chemin, v�hicule et charroi. Il te semble, non que tu la nourrisses, ni m�me que tu la gu�risses, mais que tu la recouses � ce dont elle �tait, ces campagnes, ces moissons, ces fontaines, ce soleil. Un peu pour elle d�sormais, le soleil fait tourner le moulin chantant des fontaines. Un peu pour elle on construit l'aqueduc. Un peu pour elle la carriole fait son grelot. Et, car elle te semble enfantine ce matin, et non d�sireuse de sagesse profonde, mais bien plut�t des nouvelles de la maison et des jouets, et des amis, tu lui dis donc: ��coute�� Et elle reconna�t l'�ne qui trottine. Alors elle rit et se tourne vers toi, son soleil, car elle a soif d'amour.

�Et moi qui suis vieux g�om�tre, j'ai ainsi �t� � l'�cole car il n'est de relations que celles auxquelles tu as song�. Tu dis: �Il en est de m�me�� Et une question meurt. J'ai rendu � tel la soif de l'ami: je l'ai r�concili�. J'ai rendu � telle la soif du lait et de l'amour. Et j'ai dit: �Il en est de m�me�� Je l'ai gu�rie. Et, d'�noncer telle relation entre la pierre qui tombe et les �toiles, qu'ai-je fait d'autre? J'ai dit: �Il en est de m�me�� Et d'�noncer ainsi telle relation entre des lignes, j'ai dit: �En le triangle cela ou ceci c'est la m�me chose�� Et ainsi, de mort des questions en mort des questions, je m'achemine doucement vers Dieu en qui nulle question n'est plus pos�e.�

Et, quittant mon ami, je m'en fus de mes pas lents, moi qui me gu�ris de mes col�res, � cause que, de la montagne que je gravis, se fait une paix v�ritable qui n'est point de conciliation, de renoncement, de m�lange, ni de partage. Car je vois condition l� o� ils voient litige. Comme il en est de ma contrainte qui est condition de ma libert�, ou de mes r�gles contre l'amour qui sont condition de l'amour, ou de mon ennemi bien-aim� qui est condition de moi-m�me, car le navire n'aurait point de forme sans la mer.

D'ennemi concili� en ennemi concili� � mais d'ennemi nouveau en ennemi nouveau � je m'achemine moi aussi le long de la pente que je gravis, vers le calme en Dieu � sachant qu'il ne s'agit point, pour le navire, de se faire indulgent aux assauts de la mer, ni pour la mer de se faire douce au navire, car, des premiers, ils sombreront, et des seconds, ils s'ab�tardiront en bateaux plats pour laveuses de linge � mais sachant qu'il importe de ne point fl�chir, ni pactiser par faux amour, au cours d'une guerre sans merci qui est condition de la paix, abandonnant sur le chemin des morts qui sont condition de la vie, acceptant des renoncements qui sont condition de la f�te, des paralysies de chrysalides qui sont condition des ailes, car il se trouve que tu me noues en plus haut que moi-m�me, Seigneur, selon ta volont�, et que je ne conna�trai point la paix ni l'amour hors de Toi, car en Toi seul celui-l� qui r�gnait au nord de mon empire, lequel j'aimais, et moi-m�me seront concili�s, parce qu'accomplis, car en toi seul tel que j'ai d� ch�tier malgr� mon estime, et moi-m�me, serons concili�s parce qu'accomplis, car il se trouve qu'en Toi seul se confondent enfin dans leur unit� sans litige l'amour, Seigneur, et les conditions de l'amour.

CCVII

Certes est injuste la hi�rarchie qui te brime et t'emp�che de devenir. Cependant tu iras, � lutter contre cette injustice, de destruction d'architecture en destruction d'architecture jusqu'� la mare �tale o� les glaciers se seront confondus.

Tu les souhaites semblables les uns aux autres, confondant ton �galit� avec l'identit�. Mais moi je les dirai �gaux de pareillement servir l'empire et non de tant se ressembler.

Ainsi du jeu d'�checs: il est un vainqueur et un vaincu. Et il arrive que le vainqueur s'habille d'un sourire narquois pour humilier le vaincu. Car ainsi sont les hommes. Et tu viens, selon ta justice, interdire les victoires d'�checs. Tu dis: �Quel est le m�rite du vainqueur? Il �tait plus intelligent ou connaissait mieux l'art du jeu. Sa victoire n'est que l'expression d'un �tat. Pourquoi serait-il glorifi� pour �tre plus rouge de visage ou plus souple, ou plus chevelu, ou moins chevelu�?�

Mais j'ai vu le vaincu d'�checs jouer des ann�es durant dans l'espoir de la f�te de la victoire. Car tu es plus riche de ce qu'elle existe si m�me elle n'est point pour toi. Ainsi de la perle du fond des mers.

Car ne te trompe point sur l'envie: elle est signe d'une ligne de force. J'ai fond� telle d�coration. Et les �lus s'en vont se pavanant avec mon caillou sur la poitrine. Tu envies donc qui je d�core. Et tu viens selon ta justice, laquelle n'est qu'esprit de compensation. Et tu d�cides: �Tous porteront des cailloux contre leur poitrine.� Et certes, d�sormais, qui s'affublera d'un pareil bijou? Tu vivais non pour le caillou mais pour sa signification.

Et voil�, diras-tu. J'ai diminu� les mis�res des hommes. Car je les ai gu�ris de la soif de cailloux auxquels la plupart ne pouvaient pr�tendre. Car tu juges selon l'envie, laquelle est douloureuse. L'objet de l'envie est donc un mal. Et tu ne laisses rien subsister qui soit hors d'atteinte. L'enfant tend la main et crie vers l'�toile. Ta justice, donc, te fait un devoir de l'�teindre.

Ainsi pour la possession des pierreries. Et tu les entreposes dans le mus�e. Tu dis: �Elles sont � tous.� Et certes ton peuple d�filera le long des vitrines, les jours de pluie. Et ils b�illeront sur les collections d'�meraudes car il n'est plus de c�r�monial qui les �claire d'une signification. Et en quoi sont-elles plus rayonnantes que du verre taill�?

Tu as purg� jusqu'au diamant de sa nature particuli�re. Car il pouvait �tre pour toi. Tu l'as ch�tr� du rayonnement qui lui venait d'�tre souhaitable. Ainsi des femmes, si tu les interdis. Si belles qu'elles soient, elles seront mannequins de cire. Je n'ai jamais vu quiconque mourir, aussi admirable qu'en f�t l'image, pour telle ou telle que le bas-relief d'un sarcophage a perp�tu�e jusqu'� lui. Elle verse la gr�ce du pass� ou sa m�lancolie, non la cruaut� du d�sir.

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