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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Seigneur, de celui-l� qui repose au nord de mon empire et fut l'ennemi bien-aim�, du g�om�tre, le seul v�ritable, mon ami, et de moi-m�me qui ai, h�las, pass� la cr�te et laisse en arri�re ma g�n�ration comme sur le versant d�sormais r�volu d'une montagne, daigne faire l'unit� pour Ta gloire, en m'endormant au creux de ces sables d�sertes o� j'ai bien travaill�.�

ccxiv

Ton m�pris du terreau est surprenant. Tu ne respectes que les objets d'art: �Pourquoi vas-tu chez ces amis si imparfaits?

Comment supportes-tu celui-l� qui a tel d�faut, ou tel autre qui a telle odeur? J'en connais qui sont dignes de toi.�

Ainsi dis-tu � l'arbre: �Pourquoi plantes-tu tes racines dans le fumier? Je ne respecte, moi, que les fruits et les fleurs.�

Mais je ne vis que de ce que je transforme. Je suis v�hicule, voie et charroi. Et tu es st�rile comme un mort.

CCXV

Immobile �tes-vous, car, � la fa�on d'un navire qui d�livre, ayant accost�, sa cargaison, laquelle habille les quais du port de couleurs vives, et en effet sont l� les �toffes dor�es et les �pices rouges et vertes et les ivoires, voici que le soleil, comme un fleuve de miel sur les sables, livre le jour. Et vous demeurez sans mouvement, surpris par la qualit� de l'aurore, sur les versants du tertre qui domine le puits. Et les b�tes aux grandes ombres sont immobiles aussi. Aucune ne s'agite: elles connaissent qu'une � une elles vont boire. Mais un d�tail suspend encore la procession. Point n'est encore distribu�e l'eau. Manquent les grandes auges que l'on apporte. Et les poings sur les hanches, tu regardes au loin et tu dis: �Que font-ils?�

Ceux que tu as remont�s des entrailles du puits d�sensabl� ont d�pos� leurs instruments et croisent leurs bras sur la poitrine. Leur sourire t'a renseign�. L'eau est pr�sente. Car l'homme, dans le d�sert, est animal au museau maladroit, qui cherche � t�tons sa mamelle. Rassur�, tu as donc souri. Et les chameliers t'ayant vu sourire sourient � leur tour. Et voici que tout est sourire. Les sables dans leur lumi�re et ton visage et le visage de tes hommes et peut-�tre m�me quelque chose des b�tes, sous leur �corce, car elles connaissent qu'elles vont boire et sont l�, immobiles, toutes r�sign�es dans le plaisir. Et il en est de cette minute comme sur mer quand une d�chirure du nuage verse le soleil. Et tu sens tout � coup la pr�sence de Dieu, sans comprendre pourquoi, � cause peut-�tre du go�t r�pandu de r�compense (car il en est d'un puits vivant dans le d�sert comme d'un cadeau, jamais tout � fait escompt�, jamais tout � fait promis), � cause aussi de l'attente de la communion en l'eau prochaine, qui vous tient toujours immobile. Car ceux-l�, leurs bras crois�s sur la poitrine, n'ont point boug�. Car toi, les poings sur les hanches, au sommet du tertre, tu regardes toujours le m�me point de l'horizon. Car les b�tes aux grandes ombres organis�es en processions sur les versants de sable ne se sont point encore mises en marche. Puisque ceux-l� qui apportent les grandes auges o� faire boire n'apparaissent point encore, et que tu continues de te demander: �Que font-ils?� Tout est suspendu encore et cependant tout est promis.

Et vous habitez la paix d'un sourire. Et certes, vous vous r�jouirez bient�t de boire mais il ne s'agira plus que de plaisir, alors qu'il s'agit maintenant d'amour. Alors que maintenant, hommes, sables, b�tes et soleil sont comme nou�s dans leur signification par un simple trou entre des pierres, et qu'ils ne figurent plus autour de toi, dans leur diversit�, que les objets d'un m�me culte, que les �l�ments d'un c�r�monial, que les mots d'un cantique.

Et toi le grand pr�tre qui pr�sidera, toi le g�n�ral qui ordonnera, toi le ma�tre de c�r�monies, immobile, les poings sur les hanches, retenant encore ta d�cision, tu interroges l'horizon d'o� l'on t'apporte les grandes auges o� faire boire. Car manque encore un objet pour le culte, un mot pour le po�me, un pion pour la victoire, une �pice pour le festin, un h�te d'honneur pour la c�r�monie, une pierre � la basilique afin qu'elle �clate sous les regards. Et cheminent quelque part ceux qui apportent comme clef de vo�te les grandes auges et auxquels tu crieras quand ils appara�tront: �Eh! vous de l�-bas, h�tez-vous donc!� Ils ne r�pondront pas. Ils graviront le tertre. Ils s'agenouilleront pour installer leurs ustensiles. Alors tu ne feras qu'un geste. Et commencera de crier la corde qui accouche la terre, commenceront les b�tes de mettre en branle, lentement, leur procession. Et commenceront les hommes de les gouverner dans l'ordre pr�vu, � coups de triques, et de pousser contre elles les cris gutturaux du commandement. Ainsi commencera de se d�rouler, selon son rituel, la c�r�monie du don de l'eau sous la lente ascension du soleil.

CCXVI

Donc me vinrent trouver les logiciens, historiens et critiques pour argumenter et d�montrer et d�duire leurs syst�mes de cons�quence en cons�quence. Et tout �tait impitoyablement exact. Et ils me construisaient, � qui mieux mieux, des soci�t�s, des civilisations et des empires qui admirablement favorisaient, d�livraient, alimentaient et enrichissaient l'homme.

Quand ils eurent longtemps parl�, je leur demandai simplement.

�Pour ainsi valablement p�rorer sur l'homme, conviendrait d'abord de me dire ce qui est important de l'homme et pour l'homme��

Se lanc�rent de nouveau et avec volupt� dans des constructions nouvelles, car si tu offres � ceux-l� occasion de discourir, te la saisissent par la crini�re et se lancent dans la voie imprudemment ouverte comme une charge de cavalerie, avec tintamarre des armes, poudroiement d'or du sable et vent orageux de la course. Mais ils ne vont nulle part.

�Donc, leur dis-je, quand ayant cess� de produire leur bruit ils en attendirent des compliments (car ceux-l� courent non pour servir mais pour �tre vus, entendus ou admir�s dans leur voltige et, leur tourneboulis termin�, ils te prennent d'avance l'air modeste), donc, si j'ai bien compris, vous me pr�tendez favoriser ce qui est, de l'homme et pour l'homme, le plus important. Mais j'ai bien compris que vos syst�mes favorisaient son tour de ventre � cela certes est utile mais s'agit d'un moyen, non d'un but puisqu'il en est de leur charpente comme de la solidit� du v�hicule � ou sa sant�, mais s'agit l� d'un moyen non d'un but, puisqu'il en est de l'entretien de leurs organes comme de l'entretien du v�hicule, ou son nombre, mais s'agit l� toujours d'un moyen non d'un but. Car il s'agit ici de la quantit� des v�hicules. Et certes, je souhaite pour l'empire beaucoup d'hommes sains convenablement aliment�s. Mais quand j'ai prononc� ces fortes �vidences je n'ai rien dit encore sur l'essentiel, sinon qu'il est une mati�re disponible. Mais qu'en ferai-je, o� la conduirai-je et que lui dois-je fournir pour la grandir? Car il n'est l� que v�hicule, voie et charroi��

Me discouraient sur l'homme comme on discourt sur la salade. Et n'ont rien laiss� d'elle qui m�rite d'�tre racont�, les g�n�rations de salades qui se sont succ�d� dans mon potager.

Mais ils ne surent point me r�pondre. Car, myopes et le nez contre, ne se pr�occupant jamais que de la qualit� de l'encre ou du papier et non de la signification du po�me.

J'ajoutai donc:

�Moi qui suis positif et m�prise la pourriture du r�ve. Moi qui ne comprends l'�le � musique que comme construction concr�te. Moi qui ne suis point, comme les financiers, tout ivre des fum�es du r�ve � moi qui, d'honorer l'exp�rience, place tout naturellement l'art de la danse au-dessus de l'art de la concussion, de l'accaparement, de la pr�varication, � cause qu'elle procure plus de plaisir et que la signification en est plus claire � car tes richesses accapar�es, faudra bien leur trouver un emploi et, de ce que la danse touche les hommes, tu t'ach�teras quelque danseuse, mais ne sachant rien de la danse tu la choisiras sans g�nie et tu ne poss�deras rien. Moi qui regarde et qui entends � de ne point �couter les mots dans le silence de mon amour � j'ai constat� que rien ne valait pour l'homme une odeur de cire par un certain soir, une abeille d'or par une certaine aube, une perle noire non poss�d�e au fond des mers. Et, des financiers eux-m�mes, j'ai constat� qu'il leur arrivait d'�changer une fortune durement acquise par la concussion, la pr�varication, l'accaparement, l'exploitation de l'esclavage, les nuits blanches br�l�es � des travaux de proc�dure et en rongeantes additions de comptable, en une noisette large comme l'ongle et d'apparence de verre taill�, qui, de se d�nommer diamant et d'�tre issue du c�r�monial des fouilles dans l'�paisseur des organes de la terre, prenait ainsi valeur d'odeur de cire ou de lueur d'abeille, et m�ritait d'�tre sauv�e, f�t-ce au p�ril de la vie, contre les voleurs.

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