Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
À ses côtés, derrière la grande table de merisier, étaient assis trois autres administrateurs de la station de radio ainsi que le nouveau directeur artistique, un trentenaire dégingandé qui avait pris la place de Karl.
« Vous savez pourquoi vous êtes ici, Mister Luminita ? avait lancé Neal Howe.
— Vous avez encore envie de me virer ? » avait répliqué Christmas, enfonçant les mains dans ses poches d’un air provocateur.
Le vieux avait esquissé un sourire forcé.
« Laissons donc les vieilles rancœurs derrière nous, voulez-vous ? Parlons plutôt affaire. (Et là il avait fait une longue pause avant de continuer). Dix mille dollars par an, ça vous semble un bon début ? »
Christmas avait senti le sang se figer dans ses veines.
« J’avoue, nous nous sommes trompés quand nous avons évalué les potentialités de votre programme…, avait poursuivi Neal Howe, une note d’agacement mal contenue dans la voix. Comment s’appelle-t-il, déjà ? avait-il fait semblant d’oublier.
— Diamond Dogs, était intervenu le directeur artistique.
— Ah oui, Diamond Dogs » avait acquiescé le directeur général.
Christmas était en pleine confusion. Il n’arrivait pas à détacher son esprit de ces dix mille dollars par an.
« Pas terrible comme titre, à vrai dire, avait souri Neal Howe (les autres avaient souri aussi, avec la même suffisance que leur chef). Mais puisque les gens le connaissent sous ce nom, à présent… on le gardera. Qu’en dites-vous, Mister Luminita ?
— Qu… qu’est c’ que j’en dis ? avait-il balbutié.
— Notre bureau légal est prêt avec le contrat » avait ajouté M. Howe en le fixant droit dans les yeux. Puis il s’était penché par dessus la table et avait martelé : « Dix mille dollars, c’est une offre plus que généreuse ! »
Christmas avait eu du mal à déglutir. Il sentait ses jambes se dérober. « Dix mille dollars ! » se répétait-il.
« Alors qu’en dites-vous, Mister Luminita ? »
Christmas n’arrivait pas à parler. Il était resté silencieux, sa tête se remplissant de chiffres.
« Je…
— Pourquoi ne prenez-vous pas un siège ? l’avait interrompu Neal Howe.
— Oui… Christmas s’était assis. Oui…, avait-il répété.
— Oui, quoi ? Vous acceptez notre proposition ? l’avait pressé le directeur général.
— Je… (Il respira profondément). Et Karl, et Cyril ?
— Qui ça ? avait fait Neal Howe, feignant de ne pas comprendre.
— Karl Jarach retrouvera son poste ? avait poursuivi Christmas, reprenant courage. Et Cyril Davies, le magasinier, devrait être promu chef technicien.
— Monsieur Luminita ! avait ri Neal Howe, regardant ses employés assis derrière la table en merisier. Mais c’est vous, Diamond Dogs, pas ces deux là ! C’est vous que les gens veulent écouter.
— On est associés, avait dit Christmas, une énergie nouvelle dans la voix. Sans eux, il n’y aurait pas de Diamond Dogs. Quand vous nous avez virés, vous avez parlé d’insubordination. Ça, ce serait une trahison.
— Non, mon garçon. Ça, ce sont les affaires.
— Karl et Cyril doivent faire partie de l’équipe » avait répété Christmas.
Le visage de Neal Howe était devenu écarlate.
« Vous croyez pouvoir dicter vos règles ? s’était-il exclamé d’une voix dure et tranchante. On vous offre dix mille dollars parce que, selon nous, vous les valez. Ces deux autres, pour la N.Y. Broadcast, ils ne valent rien du tout. Si le nègre veut continuer à faire le magasiner, il a son poste mais rien d’autre. Jarach, par contre, ne remettra plus jamais les pieds ni à la N.Y. Broadcast ni dans une autre radio, je peux vous l’assurer ! C’est à prendre ou à laisser, Mister Luminita. Réfléchissez-y. Si vous acceptez, les dix mille dollars sont à vous. Ceci n’est pas une négociation. Si vous avez la sottise de refuser, vous irez vous noyer avec vos camarades. Si Jarach sait faire son métier un tant soit peu, il vous a sans doute expliqué que votre aventure ne saurait continuer encore bien longtemps. On vous tend la main, Mister Luminita. Profitez de l’occasion. Vous pouvez vous sauver. Nous allons mettre en œuvre tout ce qui est en notre pouvoir pour fermer votre radio imbécile. Et je peux vous assurer que le pouvoir, ce n’est pas ce qui nous manque ! »
Christmas s’était levé.
« Dix mille dollars » avait répété Neal Howe.
Christmas lui avait fait face en silence.
« Réfléchissez-y une semaine, Mister Luminita. Ne vous laissez pas influencer par votre jeune âge. Pensez à votre avenir ! » Neal Howe avait alors baissé la tête sur un dossier et avait commencé à le feuilleter, comme si la conversation ne l’intéressait plus. Puis il avait à nouveau levé les yeux sur Christmas :
« J’oubliais une chose. Acceptez un conseil : n’en parlez pas avec vos… associés. Les gens sont pleins de nobles principes quand il s’agit de l’argent des autres, mais ils ne raisonnent pas pareil quand la question les regarde directement. Votre bon ami Jarach est venu nous voir il y a deux semaines pour me demander si je voulais acheter Diamond Dogs. Mais quand il parlait de vous, il était loin de votre remarquable enthousiasme juvénile. Au contraire, il m’a affirmé qu’il vous convaincrait d’accepter, et pour pas cher ! »
Christmas s’était figé :
« C’est pas vrai ! » avait-il lancé d’instinct.
Neal Howe s’était mis à rire :
« Vous n’avez qu’à lui demander ! avait-il répliqué. À moins que vous ne préfériez garder pour vous notre conversation d’aujourd’hui, et réfléchir sérieusement à la vie qui serait la vôtre avec dix mille dollars par an. » Il l’avait fixé, yeux plissés. « On se voit dans une semaine, Mister Luminita. »
Christmas était demeuré un instant immobile, hébété. Puis il avait fait volte-face et avait quitté la salle de réunion.
« Arrangez-vous pour que Karl Jarach apprenne que le gamin est venu se vendre » avait ordonné Neal Howe à ses collaborateurs.
Christmas avait descendu l’escalier de la N.Y. Broadcast comme s’il était ivre. Deux informations s’entrechoquaient dans sa tête. Dix mille dollars par an. Karl voulait vendre la CKC à Neal Howe.
Pendant ces trois jours, Christmas s’était muré dans le silence. Pas un mot. Il s’était renfermé sur lui-même. Car tout à coup, il avait réalisé qu’il n’était plus aussi certain que Neal Howe avait menti. Et il n’était plus sûr que Karl ne soit pas un traître.
« Voilà pourquoi il insiste tellement sur le saut de qualité ! pensa Christmas en rentrant chez lui, ce soir là, après avoir quitté précipitamment l’appartement de sister Bessie. Voilà pourquoi il raconte qu’on peut pas durer éternellement ! Il est en train de nous vendre. Sans rien nous dire » continua-t-il à ruminer, montant l’escalier qui le ramenait à son appartement sordide. Plus la colère grandissait en lui, plus cet immeuble et cette vie lui semblaient atroces. Il ne supportait plus les fissures des murs ni son costume triste de crève-la-faim. « Il croit qu’il peut se servir de nous comme de marionnettes ! » se dit-il avec rage en ouvrant la porte de chez lui. L’odeur âcre de l’ail qui imprégnait les murs envahit ses narines. Laissant vagabonder son regard sur le lit d’appoint dans le coin de la cuisine, sur le salon misérable et sur le mobilier bon marché, il eut la certitude que Karl était un horrible traître.