Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
« Ce n’est encore rien, je t’assure ! répéta Arty avec emphase. Tu me crois ?
— Oui.
— Attends que le nouveau film commence à circuler, et tu vas voir ! continua Arty. On va nager dans l’or ! »
Bill se versa à boire. En silence.
« C’est de ça que j’voulais te parler, dit-il.
— Mais de quoi ?
— Combien j’empoche, moi ?
— Qu’est-ce que tu veux ? une augmentation ? Arty se mit à rire. OK, d’accord. Mille, c’est pas assez ? Tu veux combien ? Je peux aller jusqu’à mille cinq cents par film. Ça te va ? »
Bill but son whisky tout en le regardant. Sans mot dire.
« Merde ! Mille cinq cents, quand même ! »
Bill ne dit toujours rien.
« OK, bordel, mille sept cents, alors ! Je peux pas faire plus. Sinon je rentre pas dans mes frais. »
Bill finit son verre d’un trait. Il fit claquer ses lèvres et se versa un autre whisky.
« T’as pas intérêt à me forcer la main ! lança Arty d’une voix dure.
— Sinon quoi ? » sourit Bill.
Arty se leva, irrité :
« Merde, c’est moi qui t’ai créé ! Ne l’oublie jamais ! Qui c’était, Cochrann Fennore, avant que… bordel… avant que je l’invente ? Un assistant machiniste, un crève-la-faim. Et regarde-toi, maintenant ! T’as une bagnole de luxe, une foutue suite… et ça fera que s’améliorer. Ta vie va s’améliorer. (Il pointa un doigt vers lui en baissant la voix). Mais t’as pas intérêt à me forcer la main, je te préviens. »
Bill but encore un coup. La tête lui tournait et il se sentait de plus en plus exalté. Il avait l’impression d’être invincible. Et aussi un peu ivre :
« Et Arty Short, c’était qui, avant le Punisher ? s’exclama-t-il d’une voix pleine de mépris. Un maquereau ! Rien d’autre qu’un maquereau qui tournait des petits films de putains minables. Comme tous les autres maquereaux de Los Angeles. Merde, d’après toi, tu serais qui, sans le Punisher ? Un mac, Arty. T’es qu’un mac, pas un réalisateur ! Un mac de merde ! »
Arty se figea. Bill s’approcha de lui, en le fixant droit dans les yeux. Il avait un regard sombre, froid et impassible. Arty recula un peu. Bill se planta face à lui. Arty, secouant la tête, tenta de détourner le regard. Bill le saisit par le cou :
« “Je ferai de toi une star”, c’est vrai, c’est c’que tu m’as dit ce jour-là, fit Bill sans lâcher prise. T’arrêtes pas de m’le répéter, et t’arrêtes pas de t’répéter aussi que t’as été un sacré malin. Mais est-ce que tu t’demandes des fois c’que j’ai pensé, moi, ce soir-là, avant que tu parles ? Dis, t’y as jamais réfléchi, Arty ?
— Tu me fais mal… » protesta le réalisateur.
Bill se mit à rire :
« Tu veux savoir ce que j’ai pensé, moi, quand je t’ai découvert là ? »
Il le fixa un instant en silence avant d’approcher les lèvres de son oreille :
« Je me suis dit que j’allais te tuer, Arty » chuchota-t-il.
Alors il relâcha sa prise, le laissant reprendre son souffle, retourna s’asseoir et se versa une autre rasade de whisky.
« Et ça, tu devrais y réfléchir ! Si t’avais pas eu ton idée brillante, à l’heure qu’il est, tu serais un maquereau crevé ! »
Arty esquissa un demi-sourire et un petit rire gêné, avant d’aller s’asseoir devant Bill :
« Mais pourquoi est-ce qu’on en arrive là ? Pourquoi tu t’emballes ? De quoi on parle ? De deux mille dollars par film ? Eh ben, si c’est ça…
— À partir de maintenant, on fait cinquante cinquante, l’interrompit Bill.
— Hein ?
— Tu deviens sourd, Arty ?
— Pardon, mais réfléchis un peu… j’ai un tas de frais, moi ! La pellicule, le personnel, la location du studio…
— On décomptera les frais et on partagera ce qui reste moitié moitié.
— Mais tu comprends pas…
— Si, je comprends très bien. On tiendra un livre de comptes où on inscrira la moindre épingle à cheveux. Si les techniciens veulent une augmentation, on en parle ensemble. S’il faut acheter de la pellicule, on le fait ensemble. S’il faut fabriquer un décor, on compte chaque poteau et chaque pot de peinture. Je contrôlerai le moindre centime, Arty ! Et si t’essaies d’me rouler, j’te casse la gueule et j’me trouve un autre réalisateur. C’est clair ? » et Bill descendit une autre gorgée de whisky.
Arty secouait la tête et regardait le sol, cherchant des arguments :
« Mais c’est que… c’que tu comprends pas, c’est que… c’est pas qu’une question de livres de comptes… c’est toute une organisation, c’est compliqué… » Arty passa une main sur la peau grêlée de ses joues. Il respira à fond. Puis il leva les yeux et regarda Bill. Maintenant, il était tout rouge :
« Moi, j’ai les relations ! » cria-t-il d’une voix étranglée.
Se penchant par-dessus la table, Bill l’attrapa par le col de la veste et l’attira vers lui :
« Et moi, j’ai la bite ! Et les couilles ! Et la rage, Arty ! »
Il le lâcha.
« Moi, j’ai la rage » répéta-t-il à voix basse.
Puis les deux hommes demeurèrent un instant silencieux. Bill avait le regard du vainqueur. Arty rentrait le cou et la tête dans les épaules.
« Bon d’accord, finit par lâcher Arty. On est associés ? »
Bill se mit à rire :
« T’as fait l’bon choix, mon ami ! »
Arty sourit et descendit un autre verre de whisky.
« Allez, alors il faut fêter ça avec les Jumelles ! s’exclama-t-il.
— J’en ai rien à foutre, fit Bill en haussant les épaules.
— Eh, les morues ! cria Arty. Sortez des chiottes ! »
Les filles ouvrirent la porte, leur habituel sourire aux lèvres.
« Commencez donc ! » ordonna Arty en indiquant le lit du menton.
Elles se jetèrent sur le lit en riant et commencèrent à s’embrasser et à se déshabiller.
Arty quitta le fauteuil et se mit à les regarder. Il se tourna vers Bill :
« Viens donc, associé ! l’invita-t-il.
— Ça m’dit rien, répondit Bill. T’as qu’à t’les taper, toi ! »
Arty colla une claque sur les fesses rebondies de la blonde.
« Allez, associé, regarde toute la viande qu’y a ! » rit-il.
Puis il se laissa faire par les jeunes femmes qui l’entraînèrent sur le lit, le déshabillèrent et le comblèrent de leurs attentions.
Bill continua de boire. Et il regarda l’érection d’Arty : tellement prête, tellement immédiate, tellement mécanique. À présent qu’il pouvait avoir toutes les salopes qu’il voulait, Bill n’arrivait plus à baiser, dans la vie normale. Il ne bandait plus. Il n’était jamais assez excité. Il avait aussi essayé en frappant quelques garces, mais il ne parvenait pas à avoir une érection décente.
La brune avait attaché un phallus artificiel devant son sexe et pénétrait la blonde par derrière, tandis que celle-ci suçait le membre d’Arty.
« Tu devrais te faire monter un miroir ! conseilla Arty à Bill.
— Oui oui » fit distraitement Bill, buvant à nouveau.
La bouteille était presque vide. Il n’y avait que sur les plateaux qu’il y arrivait à tous les coups. Désormais, même la violence ne lui suffisait plus. Ce qui l’excitait, c’était le ronflement sourd de la caméra. La célébrité.