Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
En fréquentant ces gens, Bill avait compris que le Punisher faisait exactement ce qu’ils faisaient, eux. C’est ainsi que Von Stroheim avait gagné son surnom de Dirty Hun, comme tout le monde l’appelait après la publication des mémoires de Mae Murray. C’était comme Roscoe Fatty Arbuckle, qui avait tué Virginia Rappe à l’hôtel St Francis en la violant avec une bouteille. Hollywood n’était qu’une machine à violer. D’ailleurs, toutes les illusions que cette cité créait et détruisait en un clin d’œil n’étaient-elles pas aussi des viols ? Voilà pourquoi le Punisher rencontrait autant de succès. Parce qu’il incarnait l’esprit de Hollywood et des hommes qui y étaient aux commandes. Le Punisher faisait, physiquement et directement, ce que tous les autres faisaient de façons différentes.
Bill en avait eu la confirmation lorsque Moll Daniel, une des filles qu’il avait violées dans le cinquième film de la nouvelle série du Punisher, avait commencé à les faire chanter. D’ordinaire, les filles se taisaient. Les cinq cent dollars que Bill et Arty leur offraient représentaient un bon pécule, à cette époque. La promesse de les recommander à des producteurs et réalisateurs faisait le reste. L’illusion que des hommes de pouvoir les verraient dans ces petits films dégradants, et décideraient sur cette base de leur offrir un rôle, était typiquement ce qui les avait conduites à Hollywood. Et puis, il y avait la honte. Mais Moll exigeait plus que des promesses et des illusions. Et elle n’avait pas honte. D’une certaine façon, Bill l’admirait. Arty, en revanche, était terrorisé. Alors ils étaient allés voir un de leurs clients, un célèbre producteur qu’Arty connaissait depuis des années et qui traitait seulement avec lui, et ils lui avaient exposé le problème. Le producteur, un grand admirateur de la violence du Punisher, avait promis de tout arranger. Il offrirait un rôle à Moll et en ferait sa maîtresse : il avait un faible pour les rousses, expliqua-t-il. Mais en échange, il voulait connaître l’identité du Punisher. Arty était prêt à cracher le morceau, et c’est alors que Bill l’avait bousculé : il s’était précipité pour prendre le producteur par l’épaule, l’avait entraîné dans un coin du bureau et lui avait chuchoté quelque chose à l’oreille. Le producteur avait levé la tête et avait regardé Bill en silence. Puis il avait acquiescé. Avec sérieux.
« Mais qu’est-ce que tu lui as dit ? » avait demandé Arty dès qu’ils étaient sortis des studios. Bill s’était approché de l’oreille d’Arty et avait répété : « C’est toi, le Punisher. Fais-lui mal, elle adore ça ! ». À partir de ce jour, le célèbre producteur n’avait plus voulu traiter qu’avec Bill.
C’était ça, Hollywood ! Arty ne pigeait décidément rien. Il n’était qu’un maquereau qui s’y connaissait en caméras.
Et maintenant — confirmation que ce couillon ne pigeait rien à Hollywood —, il voulait que Bill s’achète un pavillon mitoyen, comme un employé de banque ! Non, Arty ne savait vraiment pas vivre, se disait Bill ce jour là, allongé au bord de sa piscine dans la villa qu’il avait louée à Beverly Hills. La piscine était petite. Le jardin était petit. Ce n’était même pas le meilleur coin de Beverly Hills. Mais quand même, il en avait fait, du chemin, depuis le temps du Palermo Apartment House ! Et il avait remplacé la Studebaker par une LaSalle flambant neuve. Bill l’avait achetée après avoir lu que Willard Rader, l’année précédente, avait lancé le moteur à huit cylindres en V sur la piste de la General Motors à Milford en réussissant à tenir la moyenne record pour un véhicule de tourisme de quatre-vingt-quinze miles à l’heure, les arrêts pour le ravitaillement en carburant compris, sur une distance de neuf cent cinquante-deux miles. C’étaient deux miles de moins que la moyenne établie la même année par les voitures de course à Indianapolis. Bref, une automobile exceptionnelle. Arty s’était exclamé qu’elle coûtait les yeux de la tête et que mettre tout cet argent dans une voiture était une connerie. Mais Arty ne savait pas vivre. Alors que Bill, si. Ainsi l’avait-il achetée et, dès qu’il le pouvait, il allait faire un tour le long de la côte. Rien n’égalait le plaisir de filer à une vitesse folle sur l’asphalte, avec l’océan qui étincelait sur sa droite, en direction de San Diego.
« Je suis riche ! » se dit Bill en s’étirant sur sa chaise longue au bord de la piscine, pendant que le soleil californien séchait ses cheveux, après son plongeon du matin. « Salope ! » lâcha-t-il ensuite en regardant la couverture que Photoplay avait consacrée à Gloria Swanson, nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice cette année-là, pour son rôle de Sadie Thompson. Les hommes riches, il supportait. Mais pas les femmes. « Ignoble salope ! » répéta-t-il, et il cracha sur la revue posée sur la table en bois laqué. Puis il rit, enfila son peignoir et décida d’aller faire un tour en voiture. Sa LaSalle étincelait près du portail.
C’est alors qu’il les découvrit.
Deux policiers en uniforme avaient garé leur véhicule de patrouille devant l’entrée. Ils étaient sortis de l’auto et l’un d’eux tenait un papier à la main. L’autre avait ôté les menottes de sa ceinture. Bill se tapit derrière un angle de sa villa de style mauresque. Il vit qu’ils sonnaient à la porte. Une, deux, trois fois. Un bruit strident qui pénétrait dans les oreilles de Bill comme un hurlement. Puis l’un des deux policiers, celui avec les menottes, jeta un œil alentour :
« Madame, vous connaissez Cochrann Fennore ? lança-t-il à une femme qui entrait dans la villa d’en face.
— Qui ça ? demanda-t-elle.
— L’homme qui habite là, expliqua-t-il en indiquant la villa de Bill.
— Ah oui… celui-là… Il conduit comme un fou ! ronchonna-t-elle. C’est pour ça que vous êtes là ?
— Non, madame, ça n’a rien à voir avec sa conduite.
— Qu’est-ce qu’il a fait ? interrogea-t-elle.
— Il y a quelques années, quand il habitait dans l’Est, il a fait le vilain ! Le procureur lui a réservé des vacances à San Quentin, rit le policier.
— Il ne m’a jamais plu, fit-elle d’un ton aigre.
— Vous ne le verrez plus, ne vous en faites pas.
— Tant mieux ! » conclut la femme en rentrant chez elle.
« Ils m’ont retrouvé ! » se dit Bill, le cœur battant à tout rompre. En un instant, il revit la robe blanche à volants bleus de Ruth qui se teintait de rouge, la bague avec l’émeraude, les cisailles qui serraient l’annulaire, et le couteau du poissonnier qui s’enfonçait dans la main de son père, puis dans le ventre et entre les côtes de sa mère.