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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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« Fais-le venir ! » demandait pendant ce temps Arty à la brune.

La fille quitta le lit et rejoignit Bill à pas lents et provocants, la verge artificielle rigide ballotant devant elle. Elle se planta devant lui. Phallus pointé en avant. À la hauteur du visage de Bill.

« Tu l’as jamais fait avec un mec ? » lui demanda-elle en passant la main sur ses seins minuscules.

Bill se leva d’un bond et lui flanqua un poing un plein visage :

« Va t’faire foutre, pétasse ! » hurla-t-il. Et puis il la cribla de coups de pied.

« Cochrann ! Merde, Cochrann ! cria Arty. Me l’abîme pas, bordel ! »

Bill s’arrêta, haletant. Il avait la tête qui tournait. Il avait trop bu. La fille était encore à terre, recroquevillée en position fœtale pour se protéger des coups.

« Cassez-vous ! ordonna Bill d’une voix empâtée par l’alcool.

— Cochrann, merde, qu’est-c’qui t’arrive ? s’exclama Arty, poussant la blonde et s’asseyant au bord du lit.

— Dehors ! » brailla Bill. Il avait le regard embrumé et les yeux rougis. Il titubait.

La brune se releva et porta une main à sa lèvre. Elle saignait un peu. Elle ôta le phallus artificiel et commença à se rhabiller, imitée par la blonde. Arty demeurait assis sur le lit et secouait la tête. Puis il soupira, se leva et se rhabilla.

« Demain je serai au montage, l’informa Arty tout en ouvrant la porte de la chambre. T’as envie de venir jeter un œil ? »

Bill acquiesça sans le regarder.

Arty et les filles sortirent en fermant la porte derrière eux.

Dès qu’il fut seul, Bill se laissa tomber sur le lit. Le visage enfoncé dans l’oreiller et les yeux clos. Le noir dans lequel il plongeait semblait tourner autour de lui. C’est alors que, dans ce tourbillon noir, l’image d’une femme commença à se former. Ou plutôt, celle d’une fillette. Avec une robe blanche à volants bleus. Une robe d’écolière. De longues boucles noires retombaient sur ses épaules. Une fille de treize ans. Ruth. Au début, Bill eut peur d’être tourmenté par l’un de ses cauchemars habituels. Ruth venait le tuer, une fois encore. Mais non, la jeune juive lui souriait et puis commençait à se déshabiller. Sa robe s’en allait par lambeaux, comme si elle l’arrachait.

Bill porta une main à son entre-jambe et ouvrit son pantalon, en restant allongé sur le ventre. Et il commença à se caresser le membre.

Au fur et à mesure que Ruth se déshabillait, Bill la voyait se couvrir de sang. Et pourtant, il ne se passait rien : il n’était pas excité. Mais ensuite, alors qu’il s’apprêtait à ôter la main de son sexe inerte, quelque chose se produisit dans sa tête : il entendit un ronflement lent et sourd, un obturateur qui s’ouvrait et se refermait régulièrement, et la pellicule qui avançait dans le rouleau denté en s’imprimant. Et c’est alors qu’il sentit un agréable fourmillement entre ses jambes. Et son sexe se durcit.

Et pendant qu’il se touchait, de plus en plus frénétiquement, il imagina que cette première violence était filmée. Cette nuit magnifique où il avait découvert sa propre nature. Jusqu’à ce qu’il atteigne l’orgasme.

Il resta alors immobile quelques minutes. Sa main, son ventre et le lit étaient collants à cause du liquide chaud qu’il avait fait gicler. Enfin il se retourna. Il tendit le bras vers le récepteur du téléphone, le souleva et attendit.

« Bonjour, M. Fennore, grésilla la voix du portier.

— Lester, dis à la noire de venir changer les draps ! ordonna Bill.

— Vous savez qu’on n’est pas lundi, n’est-ce pas, M. Fennore ?

— Un demi-dollar, oui je sais, Lester » répondit Bill avant de raccrocher.

53

Manhattan, 1927–1928

L’imposant bonhomme s’installa juste devant le gros poste de radio, poussant les autres clients qui, à sept heures et demie du soir, se pressaient chez Lindy pour écouter Diamond Dogs tout en dégustant un morceau de cheesecake.

« Hep, ça c’est ma place ! lança quelqu’un derrière lui.

— Ah bon ? Et c’est écrit où ? répondit le type sans même se retourner.

— J’ai pas besoin d’l’écrire, pousse ton gros cul d’là ! insista la voix.

— Mais c’est qu’tu cherches les ennuis ! » s’exclama l’autre. Il regarda enfin derrière lui. Ses mains énormes formaient des poings et il avait une expression menaçante sur le visage. Mais dès qu’il reconnut celui qui se trouvait là, il pâlit, se leva d’un bond et ôta son chapeau :

« Oh, excusez-moi, M. Buchalter… je… je savais pas… »

Lepke Buchalter ne répondit rien et se tourna vers le comptoir.

« Leo, explique donc à cet abruti qui c’est qui t’a offert le poste ! s’exclama-t-il en parlant à Leo Lindermann, le propriétaire de ce café sur Broadway.

— Qui t’a obligé à le prendre, tu veux dire ! corrigea la femme de Leo.

— Ne te plains pas, Clara ! Avoue que tu n’y as pas perdu tant que ça ! fit Arnold Rothstein qui entrait à ce moment-là, sourire aux lèvres. Grâce à ce poste, à sept heures et demie, ton bar est plein à craquer !

— Ben oui, c’est vrai, c’était une bonne idée ! rit Clara. Mais si vous voulez du cheesecake, dépêchez-vous de passer commande, Mr. Big ! Y’en a presque plus.

— Une double portion ! » lança Rothstein tout en rejoignant Lepke.

Le gros type rentra encore plus la tête dans les épaules et commença à reculer, mais il trébucha et s’affala sur une table. Les gens réunis dans le bar — essentiellement des hommes de Rothstein — éclatèrent de rire.

« Maintenant, taisez-vous ! ordonna Rothstein en s’asseyant. Je veux entendre le p’tit gars. Monte le son, Lepke !

— Bonsoir mesdames et messieurs, et bienvenue dans votre radio clandestine, annonça la voix de Karl. Vous êtes sur le point d’entendre un nouvel épisode de Diamond Dogs.

— Chut ! » cria Lepke.

Clara et Leo Lindermann posèrent les assiettes qu’ils faisaient passer en cuisine, afin de mieux entendre.

« Vous êtes bien sur la CKC ! la voix de Karl résonna encore.

— Leo, je t’ai dit que j’étais actionnaire de cette radio ? fit Rothstein.

— Cent fois, Mr. Big ! répondit Leo.

— Eh bien il faudra t’y habituer : je vais te le dire encore quatre cents fois, vu que j’ai parié cinq cents dollars ! s’esclaffa Rothstein. (Puis, après avoir jeté un œil autour de lui, il se tourna vers Lepke). Et Gurrah, il ne vient pas ?

— Il a été bloqué à Brownsville pour une affaire urgente, répondit Lepke. Il écoute sûrement le programme chez Martin. Et comme j’le connais, j’suis sûr qu’il est en train de râler parce que les sandwiches sont dégueulasses !

— Bonsoir, New York… » fit la voix chaleureuse de Christmas dans le poste.

Soudain, chez Lindy, on n’entendit plus un souffle.

« Cette histoire se passe par une nuit obscure, New York, poursuivit la voix de Christmas. Parce que la vie des gangsters, c’est pas juste les belles bagnoles et les filles renversantes… Il y a aussi les sales boulots. Ceux que personne ne veut faire… et pourtant il faut les faire, et bien !

— C’est vrai ! commenta un voyou avec deux longues cicatrices qui lui barraient le visage, coupant son œil droit, aveugle.

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