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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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— Silence, connard ! interrompit Lepke. Qu’est-c’que t’en sais, toi, des boulots bien faits ?

— L’histoire de ce soir est triste et dure… et si elle vous effraie trop, eh bien… vous n’êtes pas faits pour New York. Alors suivez mon conseil : ne changez pas seulement de fréquence, mais aussi de ville…, continuait Christmas.

— Il sait y faire, le gosse, hein ? » chuchota Lepke à l’oreille de Rothstein.

Celui-ci sourit avec un sourire plein de fierté :

« J’ai misé sur le bon cheval !

— C’est une histoire qui illustre tout ce qu’on est obligé d’inventer pour survivre dans cette jungle. Évidemment, je ne donnerai aucun nom : j’ai appris que pas mal de fonctionnaires de notre bien-aimée police nous suivent… Bonsoir, capitaine McInery, comment va votre épouse ? Et bonsoir au sergent Cowley, de la part de la CKC… Vous êtes là aussi, M. Farland, M. le procureur du district ? Vous prenez des notes ? »

Tous les gangsters réunis chez Lindy se mirent à rire.

Même chose chez Martin, à Brownsville. Là, comme Lepke l’avait prédit, Gurrah Shapiro venait de jurer en mordant dans un sandwich qui ne valait pas la moitié d’un énorme combo sandwich de chez Lindy.

Les gangsters réunis dans le club-house du Bowery et ceux de la salle de billards de Sutter Avenue riaient de concert.

« Bref, reprit Christmas, un soir, il y a quelque temps de cela, un type devait disparaître… définitivement, si vous voyez ce que je veux dire. Mais ceux qui devaient le faire disparaître étaient sous surveillance : il y a comme ça de sales jours où tous les flics ont les yeux braqués sur nous. Ça arrive. Mais parfois, il faut aussi se dépêcher de faire taire certains bavards — ça aussi, ça arrive. Alors, que faire ? Se servir de son cerveau. Et il arrive que le hasard te donne un coup de main. Même si c’est un hasard cruel. Dans notre cas, il se trouve que le père du gars qui doit faire disparaître le bavard est mourant et se trouve dans son appartement, juste au-dessus du garage que le fils dirige. Du coup, qu’est-ce qu’il fait, le gars ? Il attire celui qui doit disparaître dans son garage et, avec l’aide de complices, il le liquide. Ensuite, il file deux gros biffetons à un jeune qui va conduire une voiture volée jusqu’à un terrain vague et l’abandonner là, avec le cadavre à l’intérieur. Et comme ça, le lendemain, quand les flics font irruption dans la maison du suspect, ils trouvent tout le monde au chevet du père. Alors ils enlèvent leur casquette, s’excusent et baissent la voix. Le cas est archivé et ne sera jamais résolu… »

« Eh, celle-là, c’est d’moi qu’il la tient ! » s’exclama fièrement Greenie, dans le salon d’un bordel de Clinton Street, tandis que toutes les prostituées qui se trouvaient autour de lui soupiraient, rêvant de rencontrer ce jeune à la voix si chaleureuse qui connaissait leur vie comme nul autre homme.

« De quelle affaire il parle ? demanda le capitaine Rivers à ses hommes, dans la grande salle du Quatre-vingt-dix-septième district. Vous devez me le trouver, ce Christmas !

— Et comment on fait, chef ? répondit le sergent. C’est juste une voix dans l’air !

— Eh bien, commencez par son nom ! pesta le capitaine. Il y a combien de types, à New York, qui portent un nom aussi con que Christmas ?

— C’est sûrement pas son vrai nom » fit remarquer le sergent.

Le capitaine acquiesça.

« Ouais, c’est juste.

— Quand même, on pourrait… »

« Vous savez pourquoi on appelle les flics des cops ? » demandait Christmas à ce moment-là.

« Chut ! » fit le capitaine, tendant l’oreille vers le poste de radio.

« À cause de leur étoile en cuivre, copper » expliqua Christmas.

« Je l’savais ! s’exclama un agent.

— T’es pas à un jeu, connard, y a rien à gagner ! » gronda le capitaine.

« Mais à l’époque des Five Points, poursuivit Christmas, on les appelait aussi les têtes de cuir, parce qu’ils portaient un petit casque en cuir. Pourtant, je ne crois pas que ça servait à grand-chose contre les coups de batte… »

« C’est bien vrai ! fit Sal en riant chez Cetta, dans le salon où ils se tenaient tous deux main dans la main, l’oreille collée au Radiola.

— Laisse-moi écouter ! » lança Cetta en lui donnant une tape sur le bras.

« En parlant de coups de batte, ça me fait penser à un truc que me disait toujours mon père… » commença Christmas.

« Son père ? rit Sal. Mais qu’est-c’qu’y peut dire comme conneries, le morveux ! »

« Chaque fois qu’il me voyait dans les escaliers avec mes affaires de baseball, il me disait avec sa grosse voix : “Écoute-moi, morveux ! Jette la balle et garde que la batte” !… »

« C’est moi qui lui disais ça, pas son père ! » s’amusa Sal. Et puis tout à coup il se fit sérieux. Il serra les lèvres. Cetta sentit qu’il se crispait et devenait dur comme de la pierre. Peu après, il se leva brusquement et éteignit le poste :

« On va faire un tour ! C’est vraiment une connerie, cette émission ! »

Il se dirigea vers la porte de l’appartement et l’ouvrit :

« Alors, tu viens ou pas ? lança-t-il d’un ton désagréable.

— Y a rien de mal à avoir des émotions, glissa Cetta.

— Oh toi, t’es aussi bête que ton fils ! » maugréa Sal, avant de sortir en claquant la porte.

Cetta sourit et ralluma le poste, se blottissant sur le canapé, là où elle sentait encore la chaleur de Sal.

« Vous savez quelle est la vraie différence entre un gangster italien et un gangster juif ? » demandait Christmas.

Au Wally’s Bar and Grill, un vieux mafieux, miraculeusement encore vivant à son âge vénérable, serra ses mains nouées par l’arthrite sur les épaules de son fils :

« On va voir si cette petite frappe nous connaît vraiment ! » dit-il en italien.

Le fils se tourna en riant vers son propre fils, un gaillard de seize ans occupé à se curer les ongles avec un couteau à cran d’arrêt doté d’une lame de vingt-cinq centimètres.

« La différence de fond entre un gangster italien et un gangster juif, poursuivit Christmas, c’est que l’Italien apprend le métier à son fils pour en faire un gangster comme lui…

— Ça tu peux l’dire, p’tite frappe d’la radio ! » rit le vieux mafieux. Son fils rit avec lui. Ainsi que son petit-fils.

« … alors que le juif envoie son fils à l’université, pour qu’il ne répète pas les mêmes conneries que lui et puisse passer pour un Américain… »

« Merde, mais qu’est-c’qu’y raconte, ce trou du cul ? » s’exclama le vieux, lâchant les épaules de son fils.

Celui-ci se tourna vers le petit-fils. Il lui arracha le couteau des mains et lui colla une claque :

« Allez, à partir de d’main, toi tu r’tournes en classe, p’tit con ! » aboya-t-il, pointant un doigt vers son visage.

« Encore une fois, il se fait tard… et l’heure est venue de nous dire au revoir, fit la voix de Christmas. Bonsoir, New York… »

« Bonsoir, New York ! » répliquèrent en chœur tous les gangsters réunis chez Lindy.

« C’est un cheval gagnant ! la voix de Rothstein domina celle des autres. C’est moi qui lui ai fait faire de la radio ! Et moi je ne perds jamais un pari, ça tout le monde le sait ! »

Cetta se leva du canapé, s’approcha du poste de radio et passa une main sur sa surface brillante, comme une caresse.

« Et bonsoir à toi aussi, Ruth… où que tu sois… » conclut Christmas.

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