Les enfants de Venise
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #2
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440313
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:
— Viens, lui dit Mercurio en lui prenant la main.
— Attends », fit Giuditta. Elle revint à l’intérieur, prit la couverture de son lit et ferma à demi la porte.
Ensuite, en silence, leurs mains impatientes parcourant déjà le corps de l’autre, ils montèrent jusqu’au toit de l’immeuble, sortirent sur la terrasse et se glissèrent dans une petite cahute, moitié en bois, moitié en maçonnerie. Il y régnait une forte odeur d’excréments d’oiseaux.
« Bonsoir, les amis », dit Giuditta en entrant.
Quelques pigeons, alignés sur un bâton de bois, s’agitèrent en réponse.
« Regarde », dit Mercurio.
Giuditta vit un petit feu qui brûlait au centre de la pièce. Et dans un coin, il avait aménagé une couche avec la paille qu’il avait apportée, recouverte de la toile du ballot. « Quel luxe ! s’exclama-t-elle.
— Et ce n’est pas fini, dit alors Mercurio, en lui tendant un gâteau caramélisé, couvert de brisures de noisettes et fourré au miel.
— Voilà pourquoi je t’aime », soupira Giuditta. Elle prit un pan de la jupe de Mercurio et le fit voleter, en riant. « Ce n’est certainement pas pour ta virilité.
— Imagine ce qu’ils diraient s’ils nous découvraient, dit Mercurio en riant. Deux filles dans un pigeonnier !
— Et une chrétienne, qui plus est, lui répondit Giuditta en riant elle aussi.
— Je suis juive, dit Mercurio en feignant l’offensé. J’ai même mon bonnet. » Il le sortit de sa poche et se le planta sur la tête.
« Mais… » Giuditta était ébahie. « C’est un des miens !
— Je l’ai acheté aujourd’hui. Tu ne t’es même pas aperçue que je suis venu au magasin. Tu étais bien trop occupée à essayer de faire entrer une grosse dame dans une robe affreuse.
— C’était une robe magnifique, mais cette dondon… » Giuditta s’interrompit. Elle regarda Mercurio, sérieuse « J’aurais bien aimé te voir.
— Et moi, j’ai bien aimé t’espionner.
— Tu es odieux… en fait, tu n’es qu’une odieuse gamine.
— À ce propos, dit Mercurio, laisse-moi vérifier si nous sommes toutes les deux pareilles, là, en bas », et il glissa la main sous sa jupe.
Giuditta cessa de rire et glissa ses mains sous la jupe de Mercurio. Puis ils roulèrent sur la paille, écrasant sous leurs corps le gâteau caramélisé. Ils se fondirent l’un dans l’autre, comme ils le faisaient maintenant depuis des jours, chaque fois qu’ils le pouvaient.
Quand ils furent rassasiés, Giuditta se serra contre le torse de Mercurio et se recroquevilla dans son étreinte accueillante et chaude. Elle caressa son dos nu, passa ses doigts entre ses omoplates, et puis plus bas, jusqu’à l’attache des lombes, auxquels quelques instants plus tôt elle s’était agrippée avec passion tandis qu’il se poussait en elle. « Tu as une bonne odeur, lui dit-elle en posant le nez contre sa poitrine. Et j’entends ton cœur battre… » Elle leva les yeux. Le regarda, rougit, baissa de nouveau la tête et posa l’oreille contre son cœur. « Pour moi.
— Pour toi », chuchota Mercurio.
Ils restèrent enlacés. Dehors, la nuit commençait à pâlir.
« On ne parle que de toi, à Venise, dit Mercurio. Tu es en train de devenir célèbre. Et riche, j’imagine.
— J’ai des centaines de modèles en tête ! Ce sera une grande aventure ! »
Mercurio l’écoutait en souriant. Il embrassa ses lèvres charnues.
Giuditta s’écarta. « Tu m’écoutes ? demanda-t-elle.
— Un peu…, dit Mercurio.
— Juste un peu ?
— Tu es trop belle. Je n’arrive pas à me concentrer. »
Giuditta sourit. « Mon père va bientôt se réveiller.
— Ah, c’est bien, je vais pouvoir lui dire bonjour », plaisanta Mercurio.
Giuditta rit de nouveau. « Il faut que je m’habille.
— Non, attends. Laisse-moi toucher encore ta peau. » Il passa ses mains sur le corps de Giuditta, qui s’arquait sous ses caresses.
« Il faut que j’y aille…, chuchota Giuditta.
— Il est tôt. Le coq n’a pas encore chanté, dit Mercurio.
— Il n’y a pas de coq dans le Ghetto, dit Giuditta avec un petit rire.
— Menteuse. »
Giuditta le repoussa, en souriant.
« Reste encore un peu, insista Mercurio, en l’attirant contre lui.
— Tu es fou…
— Oui. »
Giuditta l’enlaça et laissa tomber sa tête contre sa poitrine.
« J’ai essayé de parler avec ton père. »
Giuditta se raidit.
« Je ne suis pas son genre », plaisanta Mercurio. Mais sa voix trahissait une angoisse. « Ton père ne m’acceptera jamais, c’est ça ?
— De quoi tu t’étonnes ? C’est normal, répondit Giuditta. Il est juif et tu es chrétien.
— Qu’est-ce que ça peut nous faire ?
— Comment peux-tu ne pas comprendre ? Pour toi tout est facile. Tu n’es pas enfermé dans une cage. Tu ne dois pas porter un bonnet jaune pour que tout le monde sache que tu es différent. Tu es libre, toi !
— Alors deviens libre toi aussi !
— Et comment ?
— Fais-toi chrétienne !
— Trahir mon peuple ? Trahir mon père ? » Dans la voix de Giuditta s’entendait la condamnation, se disaient sa bataille, son désespoir. « C’est ça, que tu me demandes ? De me couper un bras, un morceau de cœur, la moitié de la tête ? C’est quoi, exactement, que tu me demandes de couper ? »
Mercurio sentit ses yeux se remplir de larmes. Une douleur sans fond l’aspirait, lui ouvrait la poitrine.
« Comment peux-tu… ? », explosa Giuditta. Mais elle s’arrêta. Elle sentit qu’elle allait pleurer, elle aussi. La même douleur lui déchirait la poitrine. Elle resta silencieuse. « Que devrais-je faire, d’après toi ? Me ranger aux côtés de ceux qui enferment mon peuple dans une cage, comme tu l’appelles ? Ou m’en aller par les rues de Venise avec ce faux Saint crier que mon peuple est au service de Satan ? Qu’il vole des enfants innocents, les égorge et utilise leur sang pour des rituels magiques ? Nous n’avons rien, nous, à part notre condamnation parce que nous sommes juifs. Si je renonce même à ça, alors… qui je suis ? »
Mercurio soupira. « Et donc ma condamnation sera de t’avoir… sans t’avoir. D’être à toi… mais sans l’être. »
Giuditta cacha son visage au creux de son épaule, s’enroulant autour de son torse dans une étreinte désespérée, pour tenter d’étouffer ses pensées et sa douleur.
Mercurio l’écarta. Avec douceur mais avec fermeté. Il la regarda.
« Garde-moi contre toi…, murmura Giuditta.
— Pendant combien de temps ? répondit Mercurio, la voix brisée par l’émotion. Jusqu’à l’aube ? Obligé de te chuchoter que je t’aime parce qu’il m’est interdit de le dire à voix haute ?
— Ne crois-tu pas que c’est tout aussi insupportable pour moi ? » Giuditta l’étreignit de nouveau.
« Oui…, murmura Mercurio. Oui, mon amour… »
Giuditta le regarda. « Et alors ?
— Je suis prêt à devenir juif, lui dit Mercurio. Est-ce qu’ensuite ton père m’acceptera ? »
Giuditta sentit au cœur un coup terrible. « Les chrétiens ne te le permettraient pas.
— Mais ton père m’accepterait ? répéta Mercurio. Et toi, tu serais prête à être mienne ? Je me fiche bien des chrétiens.
— Ils te brûleraient sur un bûcher.
— Mais tu serais mienne ? Réponds.
— Je suis déjà tienne…