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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais le bruit de pas s'est �vanoui car le lait a �t� sauv�, l'enfant a �t� consol�, la pompe, la broche ou le moulin ont repris la r�citation de leur litanie. On a par� � une menace. On a gu�ri une blessure. On a r�par� un oubli. Lequel? Je ne sais rien. Je ne suis plus de cette patrie.

Voici que je p�n�tre dans le royaume des odeurs. Mon palais ressemble � un cellier qui pr�pare lentement le miel de ses fruits, l'ar�me de ses vins. Et je navigue comme � travers d'immobiles provinces. Ici de coings m�rs. Je ferme les yeux, se prolonge loin leur influence. Ici du santal des coffres de bois. Ici plus simplement de dalles fra�chement lav�es. Chaque odeur s'est taill� un empire depuis des g�n�rations, et l'aveugle s'y pourrait reconna�tre. Et sans doute mon p�re r�gnait-il d�j� sur ces colonies. Mais je vais, sans bien y songer. Je ne suis plus de cette patrie.

L'esclave, selon le rituel des rencontres, s'est effac� contre le mur � mon passage. Mais je lui ai dit dans ma bont�: �Montre-moi ta corbeille�, afin qu'il se sent�t important dans le monde. Et, de l'anse de ses bras luisants, il l'a descendue avec pr�caution de sur sa t�te Et il m'a pr�sent�, les yeux baiss�s, son hommage de dattes, de figues et de mandarines. J'ai bu l'odeur. Puis j'ai souri. Son sourire alors s'est �largi et il m'a regard� droit dans les yeux contre le rituel des rencontres. Et, de l'anse de ses bras, il a remont� sa corbeille, me tenant droit dans son regard: �Qu'est-il, me suis-je dit, de cette lampe allum�e? car vont comme des incendies les r�bellions ou l'amour! Quel est le feu secret qui br�le dans les profondeurs de mon palais, derri�re ces murs?� Et j'ai consid�r� l'esclave, comme s'il e�t �t� ab�me des mers. �Eh! me suis-je dit, vaste est le myst�re de l'homme!� Et j'ai poursuivi mon chemin, sans r�soudre l'�nigme, car je n'�tais plus de cette patrie.

J'ai travers� la salle du repos. J'ai travers� la salle du Conseil o� mon pas s'est multipli�. Puis j'ai descendu � pas lents, de marche en marche, l'escalier qui conduit au dernier vestibule. Et, quand j'ai commenc� de l'arpenter, j'ai entendu un grand bruit sourd et un cliquetis d'armes. J'ai souri dans mon indulgence: dormaient sans doute mes sentinelles, mon palais de midi �tant comme une ruche en sommeil, toute ralentie, � peine remu�e par la courte agitation des capricieuses qui ne trouvent pas le repos, des oublieuses qui courent � leur oubli, ou de l'�ternel brouillon qui toujours te rajuste, te perfectionne et te d�mantibule quelque chose. Et ainsi, du troupeau de ch�vres, il en est toujours une qui b�le, de la ville endormie il te monte toujours un appel incompr�hensible, et, dans la n�cropole la plus morte, il est encore le veilleur de nuit qui d�ambule. De mon pas lent, j'ai donc poursuivi mon chemin, la t�te pench�e pour ne point voir mes sentinelles en h�te se rajuster, car peu m'importe: je ne suis plus de cette patrie.

Donc s'�tant durcis, ils me saluent, m'ouvrent le vantail � deux battants et je plisse les paupi�res dans la cruaut� du soleil, et demeure un instant sur le seuil. Car l� sont les campagnes. Les collines rondes qui chauffent au soleil mes vignes. Mes moissons taill�es en carr�. L'odeur de craie des terres. Et une autre musique qui est d'abeilles, de sauterelles et de grillons. Et je passe d'une civilisation � une autre civilisation. Car j'allais respirer midi sur mon empire.

Et je viens de na�tre.

CCVI

De ma visite au seul v�ritable g�om�tre mon ami.

Car m'�mut de le voir si attentif au th� et � la braise, et � la bouilloire, et au chant de l'eau, puis au go�t d'un premier essai� puis � l'attente, car le th� livre lentement son ar�me. Et me plut que, durant cette courte m�ditation, il f�t plus distrait par le th� que par un probl�me de g�om�trie:

�Toi qui sais, tu ne m�prises point l'humble travail��

Mais il ne me r�pondait pas. Cependant quand il eut, tout satisfait, empli nos verres:

�Moi qui sais� qu'entends-tu par l�? Pourquoi le joueur de guitare d�daignerait-il le c�r�monial du th� pour la seule raison qu'il conna�t quelque chose sur les relations entre les notes? Je connais quelque chose sur les relations entre les lignes d'un triangle. Cependant me pla�t le chant de l'eau et le c�r�monial qui honorera le roi, mon ami��

Il songea, puis:

�Que sais-je� je ne crois pas que mes triangles m'�clairent beaucoup sur le plaisir du th�. Mais il se peut que le plaisir du th� m'�claire un peu sur les triangles�

��Que me dis-tu l�, g�om�tre!

��Si j'�prouve, me vient le besoin de d�crire. Celle-l� que j'aime, je te parlerai sur ses cheveux, et sur ses cils, et sur ses l�vres, et sur son geste qui est musique pour le c�ur. Parlerais-je sur les gestes, les l�vres, les cils, les cheveux, s'il n'�tait point tel visage de femme lu � travers? Je te montre en quoi son sourire est doux. Mais d'abord �tait le sourire�

�Je n'irai point te remuer un tas de pierres pour y trouver le secret des m�ditations. Car la m�ditation ne signifie rien � l'�tage des pierres. Il faut que soit un temple. Alors me voil� chang� de c�ur. Et je m'irai, r�fl�chissant sur la vertu des relations entre les pierres�

�Je n'irai point chercher dans les sels de la terre l'explication de l'oranger. Car l'oranger n'a point de signification � l'�tage des sels de la terre. Mais, d'assister � l'ascension de l'oranger, j'expliquerai par lui l'ascension des sels de la terre.

�Que d'abord j'�prouve l'amour. Que je contemple l'unit�. J'irai ensuite m�ditant les mat�riaux et les assemblages. Mais je n'irai point enqu�ter sur les mat�riaux si rien ne les domine, vers quoi je tende. J'ai d'abord contempl� le triangle. Puis j'ai cherch�, en le triangle, les obligations qui r�gissent les lignes. Tu as d'abord aim�, toi aussi, une image de l'homme, de telle ferveur int�rieure. Et tu en as d�duit ton c�r�monial afin qu'elle y f�t contenue, comme la capture dans le pi�ge, et ainsi perp�tu�e dans l'empire. Mais quel sculpteur s'int�ressera pour eux-m�mes au nez, � l'�il et � la barbe? Et quel rite du c�r�monial imposeras-tu pour lui-m�me? Et qu'irai-je d�duire sur les lignes si elles ne sont point d'un triangle?

�Je me soumets d'abord � la contemplation, je raconterai ensuite, si je puis. Je n'ai donc jamais refus� l'amour: le refus de l'amour n'est que pr�tention. Certes j'ai honor� telle ou telle qui ne savait rien sur les triangles. Mais elle en savait plus long que moi sur l'art du sourire. As-tu vu sourire?

��Certes, g�om�tre�

��Celle-l�, des fibres de son visage et de ses cils et de ses l�vres qui sont mat�riaux sans signification encore, te b�tissait sans effort un chef-d'�uvre inimitable et, d'�tre t�moin d'un tel sourire, tu habitais la paix des choses et l'�ternit� de l'amour. Puis elle te d�faisait son chef-d'�uvre dans le temps qu'il te faut pour �baucher un geste et t'enfermer dans une autre patrie o� le d�sir te venait d'inventer l'incendie dont tu l'eusses sauv�e, toi le r�dempteur, tant elle se montrait path�tique. Et, de ce que sa cr�ation ne laissait point ces traces dont on peut enrichir les mus�es, pourquoi l'euss�-je m�pris�e? Je sais formuler quelque chose sur les cath�drales b�ties, mais elle me b�tissait les cath�drales�

��Mais que t'enseignait-elle sur les relations entre les lignes?

��Peu importent les objets reli�s. Je dois d'abord apprendre � lire les liaisons. Je suis vieux. J'ai donc vu mourir qui j'aimais, ou gu�rir. Vient le soir o� la bien-aim�e, la t�te pench�e vers l'�paule, d�cline l'offre du bol de lait � la fa�on du nouveau-n� d�j� tranch� d'avec le monde et qui refuse le sein, car le lait lui est devenu amer. Elle a comme un sourire d'excuse car elle te peine de ne plus se nourrir de toi. Elle n'a plus besoin de toi. Et tu vas contre la fen�tre cacher tes larmes. Et l� sont les campagnes. Alors tu sens, comme un cordon ombilical, ton lien avec les choses. Les champs d'orge, les champs de bl�, l'oranger fleuri qui pr�pare la nourriture de ta chair, et le soleil qui te fait tourner depuis l'origine des si�cles le moulin des fontaines. Et te vient le bruit du charroi de l'aqueduc en construction qui d�salt�rera la ville, en place de l'autre, que le temps a us�, ou, plus simplement, de la carriole, ou du pas de l'�ne qui porte le sac. Et tu sens circuler la s�ve universelle qui fait durer les choses. Et tu reviens � pas lents vers le lit. Tu �ponges le visage qui luit de sueur. Elle est l� encore, aupr�s de toi, mais toute distraite de mourir. Les campagnes ne chantent plus pour elle leur chant d'aqueduc en construction, ou de carriole, ou d'�ne qui trottine. L'odeur des orangers n'est plus pour elle, ni ton amour.

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