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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Encore faut-il réussir à l’atteindre, cette entrée.

Ces derniers temps, la population de nos cavernes avait crû de manière si importante que dans les zones les plus fréquentées et les plus exiguës, comme c’était le cas du couloir où je me trouvais, la circulation commençait à poser de véritables problèmes. Il faudrait songer à élargir ces goulets d’étranglement si l’on voulait pouvoir profiter de la surface véritablement gigantesque dont nous disposions ici. Mais il y avait des problèmes plus urgents, comme d’accueillir les nouveaux arrivants, par exemple.

Avec une telle effervescence, je ne savais plus où donner de la tête.

Depuis quatre jours, des sages ou des chefs de toutes tribus et de toutes ethnies convergeaient vers notre repaire sur les indications d’Arnut’har et de ses lieutenants. Ils se présentaient chez nous après plusieurs journées de marche ou de vol, harassés et pleins d’appréhension à l’idée d’approcher les monstres humains. Aussi, Tan’hem faisait en sorte d’être toujours présent à l’arrivée de ces émissaires afin de les rassurer et s’il ne le pouvait pas, il envoyait un autre sage de la caravane.

Moi-même, je m’efforçais d’être là aussi souvent que possible pour les accueillir. D’abord parce que j’étais le chef des évadés. Si cela ne voulait pas dire grand-chose pour nous, le respect des règles hiérarchiques comptait beaucoup pour les Atas. Ensuite, parce que je voulais montrer que les humains n’étaient pas forcément des colosses en armure de deux mètres vingt de haut ; après tout, les habitants de cette planète ne nous avaient jamais vus autrement que sous cette forme et c’était rassurant pour eux de rencontrer une créature d’aspect pacifique ne mesurant qu’un mètre soixante-dix. Enfin, parce que dès qu’ils m’entendaient parler – massacrer devrais-je dire par souci d’exactitude – leur langage, les réticences naturelles disparaissaient rapidement pour laisser place au ravissement que l’on éprouve toujours en entendant sa propre langue dans la bouche d’un étranger.

Une fois les rituels de salutations accomplis et les présentations faites, il fallait loger tous ces gens. Dieu merci, nos cavernes étaient si vastes que l’on aurait pu y héberger des milliers d’Atamides et leurs familles. Mais nous n’en étions pas rendus à une telle extrémité. Pour le moment, il ne s’agissait que d’accueillir quelques dizaines d’individus. En général, le plus délicat était de les convaincre de s’installer dans ces salles sombres plutôt que de monter leurs tentes dehors. Malheureusement, il n’était pas question de prendre un tel risque. Avec la reprise des combats, les intercepteurs survolaient à nouveau régulièrement la région.

Il y avait un peu plus d’une semaine que nous étions revenus aux cavernes. Après être resté absent un mois et demi, j’avais ressenti une certaine émotion en nous retrouvant chez nous. Car c’était bien ce qu’étaient devenues ces cavernes désormais. Chez nous. Là où nous vivions notre nouvelle vie avec nos compagnons d’infortune. D’ailleurs, en consultant un registre pour une tout autre raison, je réalisai qu’il y avait pile cent jours que le débarquement avait eu lieu !

Déjà cent jours. Seulement cent jours…

Une éternité si l’on pense à ce que représente la survie d’évadés en pleine guerre, au cœur d’un territoire hostile et sur une si longue période. Un battement de paupières depuis que j’avais rencontré les Atamides.

Le séjour que je venais d’effectuer parmi eux, à étudier leur manière de penser et leur mode de vie, ainsi qu’à tenter de leur faire comprendre les nôtres, m’avait tant passionné que je n’avais pas vu le temps passer. J’avais d’ailleurs été ravi de faire visiter notre demeure troglodyte à Ci’kat et Ka’nur qui m’avaient posé quantité de questions sur note installation clandestine et nos mystérieux appareils. Par contre, j’avais été beaucoup moins ravi de devoir imposer à la vingtaine de membres de la caravane qui s’étaient joints à nous l’installation dans ces mêmes grottes, eux qui vivaient avant la guerre dans une belle cité de pierre blanche et depuis l’exode dans de larges tentes au grand air. Toutefois, conscient de la nécessité, nul n’avait fait la moindre remarque.

Lorsque j’arrive sous le grand rocher plat de l’entrée, Humet-la-pointe et Brisset sont déjà revenus de leur poste de garde au sud-ouest et observent, circonspects, le grand Yaze’er tandis qu’il se pose à cinquante mètres de nous puis met un genou à terre afin de permettre à son passager de descendre.

« Vous avez abandonné votre poste juste pour les voir atterrir ? » leur dis-je sur un ton grinçant.

« Oui, mais c’était l’heure de la relève de toute façon », me répond Humet-la-pointe sans quitter des yeux les Atamides. « On s’est juste un peu pressé de revenir parce que Brisset n’avait jamais vu un de ces bestiaux se poser ! »

Je lui réponds du tac au tac, sur le ton le plus cinglant possible.

« Des gens, bordel ! Ce sont des gens, pas des animaux ! Si je monte sur tes épaules, Humet, cela fera-t-il de toi une bête de somme ?

— Euh… non, bien sûr. Désolé, tu as raison, ce sont des… gens. »

Bon sang, ce n’est pas gagné.

Les deux Atamides restent à bonne distance sans bouger ni nous quitter des yeux. Comme aucun sage n’est venu, je tâche de réunir mon courage pour aller les accueillir seul, en espérant qu’aucun d’eux ne paniquera au dernier moment et ne me passera l’une de ces fameuses lames blanches au travers du corps. Heureusement, Tan’hem émerge de l’obscurité des cavernes précisément à cet instant, suivi d’Ouz’ka qui ne se trouve jamais bien loin du vieux maître. Poussant un soupir de soulagement, je leur fais signe de me suivre vers les nouveaux venus.

Après le départ d’Arnut’har, une semaine nous avait été nécessaire pour regagner notre repaire d’évadés en compagnie d’une partie de la caravane. Cinq sages, huit guerriers et sept « civils » avaient accepté de se joindre à nous afin de mettre en confiance les premiers émissaires que les tribus contactées étaient censées nous envoyer. Le reste de la caravane continuerait son errance jusqu’au jour où, peut-être, tous les Atamides en âge de combattre seraient appelés.

Pour dire la vérité, les nouvelles que nous reçûmes au cours de ce trajet ne furent guère encourageantes. Peu de tribus semblaient prêtes à entendre ce que les humains avaient à dire. Aussi, le moral de Tancrède ne cessa de dégringoler tandis que nous faisions route vers les cavernes.

Pourtant, quelques jours à peine après notre arrivée, les premiers émissaires se présentèrent chez nous, armés jusqu’aux dents et prêts à vendre chèrement leur peau en cas de traquenard. Soixante-douze heures plus tard, une centaine d’Atamides représentant près de quarante tribus et cinq ethnies s’étaient ajoutés aux vingt compagnons venus avec nous de la caravane. Ce n’était certes pas avec si peu qu’on gagnerait la guerre, mais c’était un début.

Lorsqu’à notre retour nous fûmes accueillis par nos camarades sous le rocher plat, l’étonnement suscité par la vingtaine d’Atamides qui nous accompagnait n’empêcha pas Abel de remarquer tout de suite que nous n’étions plus que neuf, et que celui qui manquait n’était autre que son maître à penser : Ignacio Destraña. Dans l’émotion suscitée par l’arrivée des Atamides, personne ne posa de question. Cependant, tandis que Tancrède, de sa forte voix habituée à s’adresser aux troupes, faisait les présentations entre les deux groupes qui se contemplaient avec appréhension, le regard qu’Abel Doron me lança était si lourd de suspicion que je sus qu’il s’imaginait que j’avais profité de ce voyage pour me débarrasser d’Ignacio loin des regards indiscrets.

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