Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Vous… saviez, vous aussi ? Vous saviez depuis le début ?
— Non, non, bien sûr que non, pas depuis le début. Si j’avais su avant l’embarquement, jamais je n’aurais accepté de couvrir une telle obscénité. Je n’ai appris la mystification que récemment. Pierre l’Ermite était dévoré par le remords et la culpabilité. Il a fini par tout m’avouer lors d’une fausse confession.
— Il vous a donc révélé la véritable nature du Christ ? »
Les épaules du duc s’affaissèrent.
« Tout, vous dis-je.
— L’avez-vous supporté ?
— Si le sens de votre question est : ai-je sombré ? La réponse est non. J’ai fait face à la tempête. Je suis resté debout en dépit de la déflagration. Et cela n’a pas été une partie de plaisir. Toutefois, ce ne fut pas cela le plus dur. »
Des bruits à l’extérieur leur firent tourner la tête. Des hommes en exosquelette de guerre. Probablement une ronde de la garde du duc. Les pas s’éloignèrent.
« Le plus dur, c’est d’avoir été trompé, murmura Tancrède.
— Exactement. Les guerres ont toujours des aspects injustes, tout dépend de quel point de vue on se place. Mais, j’ai toujours aimé à penser qu’on ne m’entraînerait jamais dans un conflit dont je ne pourrais pas assumer les motivations. Or, c’est précisément ce qui vient de se produire. Voilà le pire.
— Pierre l’Ermite vous a-t-il dévoilé comment cette machination s’était mise en place ? »
Godefroy s’assit dans un fauteuil puis se frotta les tempes avec un air d’extrême lassitude. Tancrède faillit s’installer en face de lui dans un autre siège, juste avant de se rappeler qu’il portait un Weiner-Nikov de cent vingt kilos.
« Voici ce qu’il m’a raconté, fit le duc flamand. Lorsque le Saint-Père fut informé de l’identité de la dépouille qui gisait dans ce sanctuaire, il était trop tard pour faire marche arrière. Tous les canaux d’information du Dominium Mundi avaient déjà communiqué sur cette image stupéfiante d’une croix chrétienne surmontant un édifice extra-terrestre. Urbain IX, avec ce sens aigu de la gestion des crises que nous lui connaissons tous, prit aussitôt des décisions radicales. Il ordonna l’élimination de tous les témoins – c’est-à-dire tous les civils de la mission ainsi que les deux détachements d’infanterie mixte – par ses hommes de confiance. Le vieux sage atamide qui avait commis l’imprudence de faire ces révélations aux humains était bien entendu aussi sur la liste ; néanmoins, les soldats ne parvinrent jamais à retrouver la caverne où il se terrait. »
« Cette première réaction de l’autorité suprême avait été dictée par l’urgence. Urbain était catastrophé. Si le Christ n’était pas le fils de Dieu, mais un extra-terrestre en exploration, désireux de nouer des relations avec les hommes, alors tout s’effondrait. L’Église n’était plus qu’une vaste fumisterie ! Cependant, après que les principaux témoins eurent été éliminés, le pape commença à raisonner. Après tout, cette découverte ne remettait en cause que l’histoire de Jésus. Même si c’était un gros morceau, c’était gérable. Il faudrait certes réécrire quelques textes sacrés, sur la résurrection notamment, mais après tout, ce ne serait pas la première fois qu’on amenderait les Écritures. Ce fut ainsi que le complot prit forme. La fable du massacre de la mission par les sauvages atamides fut inventée et la guerre sainte décrétée. Urbain IX recruta – presque de force – un prêtre exalté et charismatique du nom de Pierre l’Ermite et le chargea de prêcher la croisade. La machine infernale était en marche et rien ne pouvait plus l’arrêter ! »
« De fausses reliques pseudo-christiques furent générées, et l’on désigna un agent spécial pour les acheminer dans la plus grande discrétion jusqu’au Sanctuaire afin d’opérer la substitution. Au nom du secret absolu et de la protection du Saint-Père, Pierre l’Ermite se chargea lui-même des aspects concrets, comme de signer l’ordre de synthèse de cet ADN contre-nature ou d’introduire le démoniaque Wolkmar à l’intérieur du Saint-Michel. Bien entendu, Urbain en personne organisait les détails de cette machination, mais il revenait à Pierre et à Robert de Montgomery de la mettre en œuvre. Nul autre à bord n’était au courant. Inutile de vous dire à quel point votre vendetta personnelle contre le Foudroyeur a constitué pour eux une épine dans le pied. »
« Ainsi, il suffirait aux armées chrétiennes d’exterminer quelques millions de créatures inférieures et Akya du Centaure serait aux humains, rien qu’aux humains, avec en prime le véritable tombeau du Christ pour guider les futures vagues de colonisation tel un phare stellaire. On laisserait les historiens des générations futures écrire que nous avions commis un horrible génocide, cela n’aurait plus d’importance, la colonisation serait un fait. »
Les yeux perdus dans le lointain depuis le début du récit, Tancrède releva la tête et fixa son interlocuteur.
« Pourquoi Pierre vous a-t-il tout révélé ?
— Le rôle de l’ex-Préteur dans ce sinistre complot s’était cantonné à celui d’exécutant complaisant. Il avait détourné le regard des éléments les plus dérangeants afin de se convaincre que le plus important était de sauver ce qui pouvait l’être de la religion de nos pères. Néanmoins, contrairement au pape, le cynisme de cet homme n’était pas sans limites et lorsqu’il fut confronté à la réalité crue de l’extermination, ses certitudes s’effondrèrent et il se retrouva seul face au crime abominable dont il s’était rendu complice. Il ne l’a pas supporté. Dès que Robert et sa clique s’en sont rendu compte, ils l’ont calomnié puis jeté en prison pour haute trahison. Il ne doit sa vie qu’à sa popularité parmi les troupes.
— Pourquoi ne vous ont-ils pas fait chuter comme lui ? Après tout, ils doivent bien se douter qu’il vous a tout raconté. »
Godefroy de Bouillon eut un sourire mauvais.
« Je suppose que je pèse plus lourd, je dois être plus difficile à faire tomber. »
Il remplit à nouveau son verre, puis proposa à Tancrède de le servir. L’ex-lieutenant refusa poliment d’un signe de la main.
« Cependant, comme tous les modérés, je dois à présent me montrer d’une prudence extrême. Votre oncle et moi-même sommes espionnés en permanence et le moindre faux pas pourrait nous être fatal. »
Soudain frappé par l’évidence, Tancrède s’écria : « Par tous les saints ! Quel parfait imbécile je fais ! Ma présence ici vous a peut-être gravement compromis. Je pars sur-le-champ ! »
Godefroy se leva pour le retenir d’une main sur l’épaule.
« N’en faites rien. Vous-même courez un risque bien plus grand en venant me voir. Et puis, j’ai la peau dure, ils ne m’auront pas aussi facilement qu’un prêtre.
— Alors, voilà pourquoi vous continuez les combats en dépit de ce que vous savez. Si vous refusez, vous leur donnez une excuse pour vous abattre.
— Et une fois que je serai tombé, Bohémond suivra de peu et les modérés disparaîtront rapidement. Ce sera alors bien pire, y compris pour les Atamides. Si je reste en place, alors je représente un contre-pouvoir face à Robert de Montgomery. Un faible contre-pouvoir, certes, mais j’attends mon heure.
— Idéaliste comme vous l’êtes, ce doit être insupportable d’être contraint de participer à une telle entreprise. »
Le Normand avait touché juste. Godefroy avait beaucoup réfléchi après les révélations de l’Ermite. Ses cogitations nocturnes lui avaient même fait perdre le sommeil et son entourage avait remarqué sa souffrance en dépit de ses efforts pour la masquer. Toutefois, il avait eu beau chercher une solution, il n’en avait pas trouvé. Il n’y avait aucun moyen de revenir en arrière, aucun moyen d’arrêter cette guerre, aucun moyen d’empêcher les coupables de continuer à nuire. Il en était terriblement mortifié.