Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Probablement un croiseur lourd…
Il demanda l’affichage holo des positions d’engins orbitaux et constata aussitôt que le Torquato, l’un des deux croiseurs de classe Triton qui évoluaient en orbite d’Akya se trouvait actuellement juste au-dessus d’eux, à un peu plus de cent quatre-vingts kilomètres d’altitude. Ce n’était qu’un point dans le ciel et pourtant ce bâtiment mesurait plus de cent cinquante mètres de long. Godefroy était bien placé pour le savoir, il y était monté quelques semaines plus tôt. En effet, le commandant n’était autre que son vieil ami Hugues de Vermandois, réaffecté sur ce navire tant que le Saint-Michel resterait en orbite stationnaire.
Godefroy éprouva un pincement au cœur en songeant à Hugues, perdu pour la cause des modérés depuis qu’il avait acquis la certitude que Robert le Diable connaissait ses penchants pour les hommes. Désormais, il vivait dans l’angoisse constante qu’un geste ou une parole inadéquate contrarie le Prætor peregrini, poussant celui-ci à utiliser cette information pour causer sa disgrâce, ou pire.
Au bout d’une minute, le point dans le ciel diminua d’intensité avant de disparaître pour de bon. Le Torquato repasserait probablement d’ici une demi-heure, il devait se tenir prêt au cas où une frappe orbitale serait ordonnée. Toutefois, au vu de révolution de la bataille, ce ne serait pas nécessaire.
Un bruit de pas sur la gauche de Godefroy lui fit tourner la tête. Son chef répartiteur était de retour, le casque de son exosquelette de guerre rabattu. S’il n’avait eu son nom et son matricule inscrits dans un rectangle jaune au niveau du cœur, il n’aurait pu le reconnaître. Cela accentua encore l’état d’agacement du duc.
« La lumière vous gêne, Capitaine ? demanda-t-il, un rien acide. Où étiez-vous ? Je suppose qu’un impératif majeur a exigé votre présence ailleurs ! »
L’homme s’arrêta juste à côté de lui.
« Je ne saurais vous le dire. Il faudra lui poser la question lorsqu’il sera remis. »
Godefroy se tourna vers le nouveau venu avec une telle vivacité qu’on aurait cru qu’il venait de recevoir une décharge électrique. La voix était sortie déformée par les haut-parleurs extérieurs du Weiner-Nikov, pourtant le duc flamand l’aurait reconnue entre mille.
« Tancrède ! » s’écria-t-il dans un souffle. Par réflexe, il se retourna pour vérifier que son aide de camp n’était pas en train de revenir. Personne.
« C’est insensé de venir ici, reprit-il. Rien que pour assurer ma garde, il y a vingt-quatre hommes répartis dans tout le périmètre. Et je ne parle pas des patrouilles qui quadrillent la vallée en permanence ! »
Tout en parlant, il réalisa que pour arriver là, Tancrède avait déjà déjoué ce maillage serré de surveillance.
« Je sais, mais il fallait que je vous parle, répondit celui-ci. Il y a des choses plus importantes que ma sécurité personnelle.
— Dans ce cas, allons dans mon AMT. Mon aide de camp va revenir d’un instant à l’autre… À moins que lui aussi n’ait été victime d’un contretemps fâcheux ?
— Non, il n’a rien. Il est toujours en train de chercher votre chef répartiteur.
— Qui est… ? demanda Godefroy, tout de même un peu inquiet.
— … inconscient, derrière un rocher. Il en sera quitte pour une bonne migraine. Rien de plus. »
De loin, les gardes virent le duc de Basse-Lorraine se diriger vers son AMT suivi du chef répartiteur tandis que dans le fond de la vallée, cinq intercepteurs survolaient à basse altitude un quartier nord de SE1 en larguant des dizaines de bombes à double-sphère. Les ondes de choc se succédèrent avec le bruit déphasé caractéristique des charges concentriques s’effondrant sur elles-mêmes, provoquant des destructions en série dans les bâtiments visés. On aurait pu croire que le sol était une nappe qu’un géant secouait pour tout faire tomber.
Godefroy de Bouillon ouvrit la porte de son Abri Mobile de Terrain et invita Tancrède à y entrer. Celui-ci pressa le pas afin de ne pas manquer de respect au duc.
Dans ce bloc standard de cinq mètres de côté constitué de plaques de carbone covalent se trouvait tout le nécessaire pour passer plusieurs jours au front. D’autres AMT communiquaient avec celui-ci, permettant aux domestiques du duc ou à ses officiers de se présenter à son appel. Celui-ci ferma aussitôt toutes les portes et rabattit les stores. Tancrède put alors rétracter son casque.
Godefroy fut aussitôt frappé par son changement physique. L’épaisse barbe brune, les cheveux attachés derrière comme auparavant, mais beaucoup plus longs, le visage marqué ; en fait, Tancrède ressemblait assez à l’archétype du déserteur.
« Je suis content de constater que vous êtes encore en vie, et en bonne santé, lui dit-il en lui prenant les bras.
— Merci, Monsieur le duc. Je suis content de vous revoir moi aussi.
— Voulez-vous quelque chose ? À boire, ou à manger ?
— Non, merci, répondit Tancrède avec un sourire. Je ne suis pas affamé, j’ai tout ce qu’il me faut.
— Je dois dire que vous me surprenez toujours. Comment vous y prenez-vous pour survivre sans ressources sur cette planète aride ?
— Qui a dit que j’étais sans ressources ? »
Godefroy leva les bras en riant.
« Certainement pas moi ! Je sais qu’il ne faut jamais vous sous-estimer. »
Nonobstant le refus de Tancrède, le duc de Basse-Lorraine ouvrit un placard pour en sortir une bouteille de vin et deux verres qu’il remplit aussitôt.
« Pourquoi avez-vous accepté de participer à cette offensive ? demanda Tancrède sur un ton détaché en acceptant le verre que son hôte lui tendait.
— Je suis l’un des barons de la croisade, comment pourrais-je refuser de participer aux combats ?
— La croisade avait pour but de libérer le sanctuaire. À ma connaissance, c’est chose faite. »
Godefroy soupira.
« Bien sûr, Tancrède. Mais vous êtes bien placé pour savoir que les choses ne sont jamais simples.
— C’est seulement que je suis surpris. Je ne pensais pas que vous cautionneriez des attaques aussi… immorales. »
Cette fois, Godefroy ne se contenta pas de soupirer. Il reposa son verre avec force et se contint pour ne pas élever la voix.
« Allons, ne soyez pas naïf ! Je place mes principes tout aussi hauts que les vôtres, mais vous n’avez pas mes responsabilités ! Vous pouvez toujours déserter sur un coup de sang, mais moi, si j’en faisais autant, que se passerait-il selon vous ? Le Prætor peregrini placerait d’office mes troupes sous son commandement et s’en trouverait renforcé !
— Refusez le combat alors !
— Impossible, je serais immédiatement arrêté.
— Arrêter un duc ?
— Si je leur donne un tel prétexte, ils le feront sans hésiter. Les choses ont bien changé depuis votre départ.
— Je sais. »
Tancrède termina son verre d’un trait. Il regrettait d’avoir mis Godefroy mal à l’aise, c’était injuste. De plus, il n’était pas venu pour cela.
« Peut-être que si vous disposiez de certaines informations, cela vous pousserait à prendre des décisions plus radicales ?
— De quelles informations parlez-vous ?
— À propos de ce qui se trouvait réellement dans le sanctuaire. »
De surprise, le duc haussa les sourcils. Comment cet homme pouvait-il être au fait d’un tel secret ?
« Vous êtes au courant pour les fausses reliques ? Vous m’impressionnez ! Comment faites-vous pour être toujours là où on ne vous attend pas ? »
Ce fut au tour de Tancrède d’être stupéfait, il était persuadé qu’il s’agirait d’une révélation pour Godefroy.