Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Soudain, une voix retentit à la porte de l’AMT.
« Monseigneur ! cria l’aide de camp. Je ne retrouve pas le capitaine ! Monseigneur, êtes-vous là ? Puis-je entrer ?
— Surtout pas ! hurla Godefroy. Je ne veux pas que l’on me dérange ! Retournez m’attendre là-haut, le chef répartiteur finira bien par revenir !
— Euh… À vos ordres, Monsieur le duc. »
Tancrède avait fait jaillir le casque du WN par réflexe, recouvrant sa tête du globe doré miroitant. Comme le danger était écarté, il le rétracta de nouveau.
« Ne vous inquiétez pas pour votre capitaine, répondit-il au regard interrogatif du duc. Il a juste reçu une dose d’anesthésiant qui cessera de faire effet d’ici moins d’une heure. Par contre, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je garderai son exo. J’ai besoin de quelques pièces de rechange…
— Faites-en ce que bon vous semble, il ira en commander un autre aux ateliers tech. »
Godefroy marcha jusqu’à la porte extérieure afin de vérifier sur l’écran du judas que son aide de camp avait bien quitté les lieux, puis il reporta son attention sur Tancrède.
« Vous ne m’avez toujours pas donné la raison de votre venue. Je suis sûr que vous saviez déjà presque tout ce que je vous ai dit. Vous n’êtes tout de même pas venu jusqu’ici juste pour vérifier la validité de vos hypothèses.
— Non, en effet. »
Le sol trembla. Les bombardements continuaient de plus belle en bas dans la vallée.
« Il va y avoir une grande bataille, dit simplement Tancrède. Les Atamides vont se soulever et se dresser contre les Croisés. »
Le duc de Basse-Lorraine resta muet d’étonnement.
« Ne me demandez pas comment je le sais, continua Tancrède, ni à quel point je suis impliqué. Cela ne vous serait d’aucune utilité et au contraire, vous ferait courir un risque inutile en cas d’interrogatoire au scanner-vérité. Je ne voudrais surtout pas qu’on vous considère comme mon complice. »
Godefroy retrouva enfin l’usage de la parole.
« J’ai toujours su que vos ennemis vous sous-estimaient ; je n’imaginais pas à quel point. Qu’attendez-vous de moi ?
— Je suis venu vous demander de ne pas prendre part à la bataille qui s’annonce. Peut-être même, si cela ne heurte pas vos principes, de vous ranger à nos côtés le moment venu. Avec un allié tel que vous, la victoire serait acquise aux Atamides, cela ne fait aucun doute pour moi. »
Comme s’il était soudain harassé de fatigue, le duc flamand se laissa retomber dans le fauteuil.
« Vous ne pouvez pas me demander cela, Tancrède. Je me refuse à me retourner contre les miens. Malgré toute la honte que j’éprouve envers ce que nous faisons aux Atamides, je suis un humain…
— Quelle importance ! s’emporta brusquement l’ex-lieutenant. Humains ou Atamide, quelle foutue importance ? Ce sont des êtres vivants et conscients, tout comme nous ! Vous n’avez pas davantage d’obligations morales envers les humains qu’envers eux ! »
Godefroy secoua la tête, l’air plus accablé que jamais.
« Ne me dites pas cela. Vous savez à quel point je partage vos opinions sur ces sujets. Mais ce que vous me demandez là dépasse mes capacités. »
Tancrède ne trouva rien à répondre. Il se contenta de fixer cet homme qu’il estimait tant. Godefroy ne put soutenir ce regard.
« Donnez-moi du temps, finit par dire celui-ci presque à voix basse. Donnez-moi du temps et peut-être trouverai-je un moyen de renverser le Préteur et de tout arrêter… »
Ce fut au tour de Tancrède de secouer négativement la tête.
« Les Atamides périssent par milliers chaque jour. Ils ne peuvent se payer le luxe d’attendre. Lorsque nous serons prêts, nous attaquerons. »
Les yeux de Godefroy retrouvèrent ceux de Tancrède.
« Je comprends, dit-il simplement. Je comprends. »
Il se leva avec lenteur puis s’approcha du déserteur qui se tenait debout dans son AMT.
« En ce cas, commença Tancrède, si par malheur nous devions… » Sous l’émotion, sa voix s’éteignit un instant. Il reprit, enroué : « Si par malheur le destin nous amène à nous affronter, je veux que vous sachiez… Que je triomphe, ou que je succombe, ce sera déjà une victoire pour moi d’avoir été votre adversaire*. »
À ces paroles, toute la tristesse et la résignation qui opprimaient le cœur de Godefroy s’évanouirent instantanément. Il étreignit Tancrède, autant que le WN de celui-ci le permettait.
« Nous serons peut-être adversaires le temps d’une bataille, mais quoi qu’il advienne, faites-moi l’honneur de me considérer simplement comme votre ami. »
Tancrède inclina la tête puis se dirigea vers la porte. Juste avant de l’ouvrir, il se retourna pour demander au duc :
« Au fait, et mon oncle ? Se porte-t-il bien ? »
Godefroy se crispa. La famille était exactement le sujet qu’il espérait ne pas avoir à aborder avec Tancrède. Il hésitait depuis le début de l’entretien à lui révéler la mort d’Eudes, son père. Toutefois, il semblait évident que cette nouvelle lui ferait énormément de mal sans que cela change quoi que ce soit à la situation de sa famille sur Terre. Il était donc inutile de l’en informer. Par contre, si le jeune homme demandait explicitement des nouvelles de sa famille, Godefroy ne pourrait mentir.
« Oui, fit-il lentement, embarrassé. Il se porte bien. »
Le casque de l’exo de Tancrède jaillit soudain pour lui recouvrir la tête.
« Et… Clorinde ? reprit-il d’une voix rendue neutre par les haut-parleurs. Avez-vous de nouvelles d’elle ?
— Je n’ai pas d’informations directes, néanmoins je crois qu’elle aussi va bien. »
L’orbe doré masquant les traits de l’ex-lieutenant, Godefroy ne put savoir quelle était l’expression de son visage à l’évocation de l’Amazone italienne.
Tancrède fit alors un signe d’adieu, actionna la commande d’ouverture de la porte puis partit d’un pas rapide se perdre parmi les rochers.
« Albéric, deux autres délégations atamides approchent ! »
J’ai aussitôt une moue de mécontentement, non à cause de la nouvelle, mais parce que Pleslin m’a pratiquement crié dans l’oreille.
Rejetant vivement la tête en arrière, je m’exclame : « Hé, je ne suis pas sourd ! »
Emporté par la cohue qui se presse dans cet étroit couloir, Pleslin ne m’a aperçu qu’à la dernière seconde en me croisant. Il s’est alors agrippé à moi pour ne pas me perdre de vue et s’est empressé de délivrer son message sans tenir compte du fait que mon appareil auditif ne se trouvait qu’à quelques centimètres de son système vocal. D’où ma grimace agacée.
Je tire notre chimiste sur le côté afin de ne pas gêner la circulation.
« De quelle direction arrivent-ils ?
— Un groupe a été signalé par les guetteurs nord, ils sont trois et à pied. L’autre groupe a été repéré par les guetteurs sud-ouest. Un seul individu, porté par un Ata volant.
— Donc deux individus ! »
Je le reprends, car certains de mes camarades n’ont toujours pas compris que les Yaze’ers sont des Atamides à part entière, et non des animaux servant au transport. Devant l’expression sceptique de mon interlocuteur, je n’insiste pas.
« Entendu Pleslin, merci. Je vais aller les accueillir à l’entrée. »