Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’à ce rythme, rencontrer et convaincre suffisamment d’Atamides pour lever une armée capable de défier l’ECM prendrait des années. Pourtant, de plus en plus d’émissaires arrivant chaque jour, je commençai presque à y croire.
Pendant que s’organisait cette riposte militaire, le seul rôle direct que nous, inermes bio-informaticiens, étions supposés jouer, consistait à mettre au point un système permettant de brouiller les communications de l’armée croisée le moment venu. Or, tandis que nous débattions de la meilleure méthode pour y parvenir, un éclair de lucidité m’avait remis en mémoire le programme inachevé sur lequel j’avais bûché durant les premières semaines de notre installation : un super-hack bien trop ambitieux grâce auquel je pensais pouvoir démolir les sécurités de la Tour de contrôle de la Nouvelle-Jérusalem et prendre les commandes de n’importe quel engin militaire. Même si ce hack n’avait jamais fonctionné, tout le travail que j’avais abattu sur sa structure pouvait être récupéré et adapté sans grande difficulté, permettant ainsi de gagner beaucoup de temps dans l’élaboration d’un système de brouillage.
Dès lors, une simple équipe de trois ou quatre ingénieurs suffirait à cette tâche, ce qui laissait la majorité de nos effectifs disponible pour notre grand œuvre, notre mission impossible : l’attaque virtuelle du Diamant. Le piratage du Nod2 grâce aux sages atamides.
En empruntant en sens inverse le chemin qui nous a menés aux quartiers des Yaze’ers, Ouz’ka s’emploie à me rassurer après les menaces d’Okur’at.
« Ce sont des paroles en l’air, pense-t-il à mon attention en me serrant amicalement le bras. Ces guerriers volants sont souvent des rustres qui se sentent obligés d’avoir tous l’air plus belliqueux les uns que les autres. Il se rendra rapidement compte de tout ce que vous faites pour nous, des risques que vous prenez pour nous aider alors que rien ne vous y force. »
Je hoche la tête en m’écartant afin de laisser passer deux inermes qui portent du matériel.
« Oui, oui, je sais. Je n’y ai pas attaché plus d’importance que ça. »
Étant donné que le sage a forcément vu la tête que j’ai fait en entendant Okur’at, je ne dois pas être très convaincant.
« Si tu préfères, enchaîne-t-il, je peux me charger d’accueillir les trois autres nouveaux arrivants. Tu en as peut-être assez de passer ton temps à persuader mes semblables de vous faire confiance. »
Durant un instant, je suis tenté d’accepter. Ouz’ka ayant un sens de l’analyse psychologique presque aussi fin que celui de son maître, ma lassitude ne lui a pas échappé. Toutefois, même si j’ai le sentiment d’avoir eu mon content d’Atamides pour la matinée, je refuse poliment. Mon sens du devoir – ainsi que ma célèbre incapacité à déléguer – me pousse à m’occuper personnellement de tous les nouveaux arrivants.
Ouz’ka hoche la tête d’une façon très humaine pour me signifier qu’il comprend. Je suis constamment étonné par la porosité des langages et des attitudes de nos deux espèces. Entre notre groupe d’explorateurs inermes et les Atas de la caravane, on ne compte plus les expressions ou gestuelles que les uns ont empruntées aux autres et réciproquement.
« Au fait, Ouz’ka, dis-je en atamide, tu sais que nous attendons Tan’hem cet après-midi, au Chaudron, pour une… (là, je renonce et repasse dans ma langue) nouvelle séance de travail. Pourras-tu le lui rappeler, s’il te plaît ? Je sais qu’il a tendance à être distrait.
— Tu peux compter sur moi, je le ferai. »
Je crois alors percevoir comme de la réprobation dans le ton employé par le disciple pour me répondre. Comme ce n’est pas la première fois, je lui demande :
« Puis-je te poser une question qui appelle une réponse franche ? »
Sans s’arrêter de marcher, Ouz’ka tourne ses yeux noirs vers moi.
« Le vieux sage supporte-t-il bien cette expérience ?
— Oui. Pour le moment.
— Pour le moment ? »
Cette fois, Ouz’ka s’arrête de marcher. Il parait plus affecté que je ne m’y attendais.
« Il n’y a que trois jours que vous avez commencé, pense-t-il en échouant à dissimuler son anxiété, et pour le moment, tout se passe bien. Mais qui peut dire ce qu’il en sera dans trois semaines, ou dans trois mois ? Toi-même tu reconnais que les risques sont loin d’être négligeables. Si tu veux une réponse franche, je suis d’avis qu’un autre sage aurait dû prendre sa place. »
J’écarte les mains en signe d’impuissance.
« Tu connais Tan’hem mieux que moi, il est impossible de le faire changer d’avis lorsqu’il a pris une décision. Il a insisté pour être le premier.
— Oui, et tu sais bien qu’il a fait cela pour toi. Parce qu’il t’apprécie particulièrement et qu’il a voulu te soutenir, t’aider dans ta quête. »
Évidemment que je le sais. Pourtant, de l’entendre formulé aussi clairement dans la bouche (dans l’esprit devrais-je dire) d’un Atamide me touche plus que je ne l’aurais cru.
« Tu désapprouves cette expérience, n’est-ce pas ? »
Ouz’ka ne peut retenir quelques vagues de trouble qui m’atteignent en même temps que sa réponse.
« Non, bien sûr que non, Albéric. Quel ingrat ferais-je si je te reprochais de mettre tant d’opiniâtreté à essayer de nous aider. C’est juste que je n’aime pas voir mon vieux maître prendre des risques, même pour une bonne raison. »
Il s’approche de moi et me dit avec tristesse : « Toutefois, c’est la guerre. Et je suppose que dans une guerre, tout le monde doit prendre des risques. »
Tout le problème venait de la fréquence des ondes bêta.
En état de fonctionnement normal, le cerveau humain émet un rayonnement électromagnétique mesurable. Si ce n’est pas le cas, on parle de mort clinique.
Très faibles, de l’ordre du picotesla, ces ondes n’en sont pas moins détectables et donc exploitables. Inversement, s’il est correctement produit, un signal électromagnétique extérieur peut modifier l’activité du cerveau. Voilà, en schématisant à l’extrême, comment fonctionne une connexion encéphalique à un bioStruct tel que le Nod2. Le cerveau devient un simple périphérique du système. Naturellement, j’exagère un peu, mais c’est plus clair présenté ainsi.
Lorsqu’un pupitreur se connecte au Nod2, le système se cale sur une fréquence, en l’occurrence quinze hertz, afin de s’assurer que la personne est bien en état d’effectuer son travail. Pas question de laisser un type en pleine gueule de bois s’amuser à envoyer des impulsions EM erratiques dans tout l’Infocosme. Quinze hertz correspondent à une activité optimale du cerveau. En clair, il faut être bien réveillé, l’esprit alerte, pour être reconnu par le système. En cours de session, il arrive souvent que le cycle d’oscillation grimpe au-delà des quarante hertz, jusqu’aux niveaux gamma, mais pour être simplement autorisé à se connecter, il faut être capable de fournir au moins quinze hertz.
Or, si notre installation pirate était bien en mesure de transmettre jusqu’aux récepteurs du Nod2 à bord du Saint-Michel, en orbite à trois cent soixante-dix kilomètres au-dessus de nos têtes, le signal était en revanche si dégradé par la distance que le système ne reconnaissait plus l’intégralité des oscillations et la fréquence des ondes bêta diminuait mécaniquement jusqu’à atteindre six ou sept hertz. C’est-à-dire, le niveau des ondes thêta. Inutile de dire que l’accès au système nous était systématiquement refusé. En gros, le bioStruct considérait qu’un type sous somnifères essayait de se connecter.