Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Vient l'heure o� son seul nom est suffisant comme pri�re car tu n'as rien � ajouter. Vient l'heure o� tu n'exiges rien. Ni les l�vres, ni le sourire ni le bras tendre, ni le souffle de sa pr�sence. Car il te suffit qu'Elle soit.
Vient l'heure o� tu n'as plus � t'interroger, pour les comprendre, ni sur ce pas, ni sur ce mot, ni sur cette d�cision, ni sur ce refus, ni sur ce silence. Puisque Elle est.
Mais telle exige que tu te justifies. Elle t'ouvre un proc�s sur tes actes. Elle confond l'amour et la possession. A quoi bon r�pondre? Que trouveras-tu dans son audience? Tu demandais d'abord � �tre re�u dans le silence, non pour tel geste, non pour tel autre, non pour telle vertu, non pour telle autre, non pour ce mot ni l'autre mot, mais dans ta mis�re, tel que tu es.
CCIV
Me vint le repentir de n'avoir point us� avec mesure des dons offerts, lesquels ne sont jamais que signification et chemin, et, les ayant convoit�s pour eux-m�mes, de n'y avoir trouv� que le d�sert. Car ayant confondu mesure avec ladrerie de chair ou de c�ur, je n'ai point souhait� de m'y exercer. Me pla�t d'incendier la for�t pour me chauffer une heure car le feu m'en para�t plus royal. Et me semble de peu d'int�r�t, si j'�coute siffler du haut de mon cheval les balles de guerre, d'�conomiser mes jours. Je vaux ce que je suis dans chaque instant et le fruit ne na�t point qui a n�glig� quelque �tape.
C'est pourquoi me para�t risible tel cracheur d'encre qui, au cours du si�ge de sa ville, refusa de se montrer sur les remparts, par m�pris, disait-il, du courage physique. Comme s'il s'agissait l� d'un �tat et non d'un passage. D'un but et non d'une condition simple de la permanence de la ville.
Car moi, de m�me, je m�prise l'app�tit vulgaire, et n'ai point v�cu pour la digestion des quartiers de viande. Mais j'ai fait servir les quartiers de viande � l'�clat de mon coup de sabre, et j'ai soumis mon coup de sabre � la permanence de l'empire.
Et certes, bien que je me refuse au cours du combat � mesurer mes coups par avarice de muscle ou pleurni-chage de peur, il ne me plairait point que les historiographes de l'empire fissent de moi un moulin � coups, car je ne loge point dans mon sabre. Et si je me m�fie des d�licats qui avalent leur repas comme une m�decine, les narines closes, il ne me plairait point que mes historiographes me fissent mangeur de viande, car je ne loge point dans mon ventre. Je suis un arbre bien install� sur ses racines et je ne m�prise rien de la p�te qu'elles malaxent. J'en tire mes branches.
Mais il m'est apparu que je me trompais au sujet des femmes.
Vint la nuit de mon repentir o� je connus que je ne savais point user d'elles. J'�tais semblable � celui-l�, le pillard, ignorant du c�r�monial, qui te remue les pi�ces du jeu d'�checs avec une h�te aride et, de ne point trouver sa joie dans ce d�sordre, te les distribue aux quatre vents.
Cette nuit-l�, Seigneur, je me suis lev� de leur lit avec col�re ayant compris que j'�tais b�tail dans l'�table. Je ne suis point, Seigneur, serviteur des femmes.
Autre chose est de r�ussir l'ascension de la montagne, ou, port� en liti�re, de rechercher de paysage en paysage la perfection. Car � peine as-tu mesur� les contours de la plaine bleue, que tu y trouves d�j� l'ennui et pries tes guides de te porter ailleurs.
J'ai cherch� dans la femme le cadeau qu'elle pouvait fournir. Telle, je l'ai d�sir�e comme un son de cloche dont j'eusse go�t� la nostalgie. Mais que vas-tu faire d'un m�me son de cloche, nuit et jour? Tu remises vite la cloche au grenier et n'en connais plus le besoin. Telle autre, je l'ai d�sir�e pour une inflexion subtile de la voix quand elle disait �Toi, mon Seigneur�� mais bien vite tu te lasses du mot et tu r�ves d'une autre chanson.
Et te donnerais-je dix mille femmes que, l'une apr�s l'autre, tu les viderais aussit�t de leur vertu particuli�re, et qu'il t'en faudrait bien plus encore pour te combler, car tu es divers selon les saisons, selon les jours, selon les vents.
Et cependant, d'avoir toujours estim� que nul ne parviendra jamais � la connaissance d'une seule �me d'homme, et qu'il est, au secret de chacun, un paysage int�rieur aux plaines inviol�es, aux ravins de silence, aux pesantes montagnes, aux jardins secrets, et que, sur tel ou tel, je puis sans te lasser parler durant toute une vie, je ne comprenais point la mis�re de la provision que l'une ou l'autre de mes femmes m'apportait, laquelle ne suffisait gu�re au repas d'un soir.
Ah! Seigneur, je ne les ai point consid�r�es comme terre arable, o� je dois me rendre, toute l'ann�e durant, d�s avant l'aube, avec mes lourdes chaussures de boue et ma charrue, et mon cheval, et ma herse et mon sac de graines et ma pr�vision des vents et des pluies, et ma connaissance des mauvaises herbes et par-dessus tout ma fid�lit�, pour recevoir d'elles ce qui est pour moi � mais je les ai r�duites au r�le de ces mannequins de bienvenue que poussent devant toi les notables de l'humble village par o� passe ta ronde dans l'empire, et qui te r�citent leur compliment, ou te font hommage, dans une corbeille, des fruits du pays. Et certes, tu re�ois, car est pur de lignes le sourire, et chantant le geste qui offre les fruits, et na�f d'intention le discours, mais tu les as �puis�es de leurs dons et vid�es d'un seul coup de leur miel, quand tu as tapot� leurs joues fra�ches et savour� des yeux le velout� de leur confusion. Certes celles-l� m�mes sont, elles aussi, terres arables aux grands horizons, o� tu te perdrais peut-�tre � jamais si tu savais par o� l'on y p�n�tre.
Mais je cherchais � r�colter le miel tout fait de ruche en ruche, et non � p�n�trer cette �tendue qui d'abord ne t'offrira rien et te r�clamera des pas et des pas et des pas, car il importe que longtemps, dans le silence, tu accompagnes le ma�tre des domaines, si tu veux t'en faire une patrie.
Moi qui ai connu le seul v�ritable g�om�tre mon ami, lequel pouvait m'instruire nuit et jour, et auquel j'apportais mes litiges afin de les conna�tre, non r�solus, mais vus par lui, et d�j� autres, car �tant tel, lui-m�me et non un autre, il n'entendait pas comme moi cette note, il ne voyait pas comme toi ce soleil, il ne go�tait pas comme toi ce repas, mais, des mat�riaux qui lui �taient soumis, il faisait tel fruit de tel go�t, et non un autre � lequel �tait, tout simplement, ni mesurable, ni mensurable, mais pouvoir en marche de telle qualit� et non d'une autre, dans telle direction et non dans une autre � moi qui ai connu en lui l'espace et qui allais � lui comme l'on cherche le vent de mer, ou la solitude, qu'aurais-je re�u de lui si j'avais fait appel non � l'homme, mais aux provisions, aux fruits, non � l'arbre, et pr�tendu me satisfaire l'esprit et le c�ur de quelques pr�ceptes de g�om�trie?
Seigneur, telle que je fais de ma maison, tu me la donnes � labourer et � accompagner et � d�couvrir.
�Seigneur, me disais-je, pour celui-l� seul qui gratte sa terre, plante l'olivier et s�me l'orge, sonne l'heure des m�tamorphoses dont il ne saurait se r�jouir s'il achetait son pain chez le marchand. Sonne l'heure de la f�te des moissons. Sonne l'heure de la f�te de l'engrangement, et il pousse lentement de l'�paule la porte g�missante sur la r�serve de soleil. Car d�tient le pouvoir d'embraser, l'heure venue, tes grands carr�s de terre noire, la colline de semence que tu viens d'enfermer, et au-dessus de laquelle flotte encore la gloire d'une poussi�re de son qui ne s'est point tout � fait d�pos�e.
�Ah! Seigneur, me disais-je, je me suis tromp� de chemin. Je me suis h�t� parmi les femmes comme dans un voyage sans but.
�J'ai pein� aupr�s d'elles comme dans un d�sert sans horizon, � la recherche de l'oasis qui n'est point de l'amour, mais au-del�.
�J'ai cherch� un tr�sor qui y f�t cach�, comme un objet � d�couvrir parmi d'autres objets. Je me suis pench� sur leur souffle court comme un rameur. Et je n'allais nulle part. J'ai mesur� des yeux leur perfection, j'ai connu la gr�ce des jointures et l'anse du coude o� l'on veut boire. J'ai souffert une angoisse qui avait une direction. J'ai �prouv� une soif qui avait un rem�de. Mais, m'�tant tromp� de chemin, j'ai regard� ta v�rit� en face, sans la comprendre.