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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Ainsi je m'�clairai sur le repos de mes sentinelles � l'heure de la soupe. Il est des hommes qui se nourrissent. Et ils plaisantent. Et chacun lance sa bourrade au voisin. Et ils sont ennemis du chemin de ronde et de l'heure de veille. Finie la corv�e, ils se r�jouissent. La corv�e est leur ennemie. Certes. Mais, en m�me temps qu'ennemie, elle est leur condition. De m�me de la guerre et de l'amour. Je te l'ai dit du guerrier qui fait le rayonnement de l'amant. Et de l'amant hasard� dans la guerre qui fait la qualit� du guerrier. Celui-l� qui meurt dans les sables est autre chose qu'un automate morne. Il te dit: �Prends soin de ma bien-aim�e ou de ma maison ou de mes enfants�� Tu chantes ensuite son sacrifice.

Donc j'ai bien observ� des r�fugi�s berb�res qu'ils ne savaient se plaisanter l'un l'autre ni ne s'infligeaient des bourrades. Ne crois point qu'il s'agisse l� d'un simple contraste comme il en est de la satisfaction qui suit l'arrachement d'une dent cari�e. Pauvres et de faible pouvoir sont les contrastes. Tu peux certes vivifier l'eau, laquelle ne te livre rien si tu �tanches l'une apr�s l'autre tes petites soifs, en t'imposant de ne boire qu'une fois le jour. Ton plaisir alors a grandi. Mais il demeure plaisir du ventre et de faible int�r�t. Ainsi du repas de mes sentinelles � l'heure du repos s'il n'�tait que d�lassement de la corv�e. Tu ne trouverais rien de plus qu'app�tit vivifi� des mangeurs. Mais trop facile me serait de vivifier la vie de mes Berb�res en leur imposant simplement de manger aux seuls jours de f�te� Mais j'ai b�ti � l'heure de la garde mes sentinelles. Et il est quelqu'un, ici, pour manger. Leur repas est bien autre chose que soins accord�s au b�tail pour accroissement du tour de ventre. Il est communion dans le pain du soir des sentinelles. Et certes chacune l'ignore. Cependant de m�me que le bl� du pain, � travers eux, se fera vigilance et regard sur la ville, il se trouve que la vigilance et le regard qui embrasse la ville, � travers eux, se fait religion du pain. Ce n'est pas le m�me pain qui est mang�. Si tu d�sires les lire dans leur secret qu'ils ignorent eux-m�mes, va les surprendre au quartier r�serv�, quand ils courtisent les femmes. Ils leur disent: �J'�tais l�, sur le rempart, j'ai entendu siffler trois balles � mon oreille. Je suis demeur� droit, n'ayant point peur.� Et ils plantent dans le pain leurs dents avec orgueil. Et toi, stupide, qui �coutes les mots tu confonds avec une vantardise de soudard la pudeur de l'amour. Car si le soldat raconte ainsi l'heure de ronde c'est bien moins pour se faire grandiose que pour se complaire dans un sentiment qu'il ne peut dire. Il ne sait pas s'avouer � lui-m�me l'amour de la ville. Il mourra pour un Dieu dont il ne sait dire le nom. Il s'est d�j� donn� � lui, mais il exige de toi que tu l'ignores. Il exige de soi-m�me cette ignorance. Il lui para�t humiliant de para�tre dupe de grands mots. Faute de savoir se formuler il refuse par instinct de soumettre � ton ironie son dieu fragile. De m�me qu'� sa propre ironie. Et tu vois mes soldats jouer les matamores et les soudards � et se complaire � ton erreur � pour go�ter quelque part, au fond d'eux-m�mes, et comme en fraude, le go�t merveilleux du don � l'amour.

Et si la fille leur dit: �Beaucoup d'entre vous � et c'est bien dur � mourront en guerre�� tu les entends approuver bruyamment. Mais ils approuvent par des grognements et des jurons. Cependant elle �veille en eux le plaisir secret d'�tre reconnus. Ils sont ceux qui mourront d'amour.

Et si tu parles d'amour, alors ils te riront au nez! Tu les prends pour des dupes dont on tire le sang avec des phrases de couleur! Courageux, oui, par vanit�! Ils jouent les matamores par pudeur de l'amour. Ainsi ont-ils raison car il arrive que tu les voudrais dupes. Tu te sers de l'amour de la ville pour les convier au sauvetage de tes greniers. Se moquent bien de tes greniers vulgaires. Te feront croire par m�pris pour toi qu'ils affrontent la mort par vanit�. Tu ne con�ois point v�ritablement l'amour de la ville. Ils le savent de toi le repu. Sauveront la ville avec amour, sans te le dire, et injurieusement, puisque tes greniers logent dans la ville, ils te jetteront comme un os au chien, tes greniers sauv�s.

CCI

Tu me sers quand tu me condamnes. Certes je me suis tromp� en d�crivant le pays entrevu. J'ai mal situ� ce fleuve et j'ai oubli� tel village. Tu t'en viens donc, triomphant bruyamment, me contredire dans mes erreurs. Et moi j'approuve ton travail. Ai-je le temps de tout mesurer, de tout d�nombrer? M'importait que tu juges le monde de la montagne que j'ai choisie. Tu te passionnes � ce travail, tu vas plus loin que moi dans ma direction. Tu m'�paules l� o� j'�tais faible. Me voil� satisfait.

Car tu te trompes sur ma d�marche quand tu crois me nier. Tu es de la race des logiciens, des historiens et des critiques, lesquels discutent les mat�riaux du visage et ne connaissent point le visage. Que m'importent les textes de loi et les ordonnances particuli�res? C'est � toi de les inventer. Si je d�sire fonder en toi la pente vers la mer je d�cris le navire en marche, les nuits d'�toiles et l'empire que se taille une �le dans la mer par le miracle des odeurs. �Vient le matin, te dis-je, o� tu entres, sans que rien ne change pour les yeux, dans un monde habit�. L'�le invisible encore, comme un panier d'�pices, installe son march� sur la mer. Tu retrouves tes matelots, non plus hirsutes et durs, mais br�lants, et ils ignorent eux-m�mes pourquoi, de convoitises tendres. Car on songe � la cloche avant de l'entendre qui tinte, la conscience grossi�re exige beaucoup de bruit alors que les oreilles d�j� sont inform�es. Et me voil� d�j� heureux, lorsque je marche vers le jardin, aux lisi�res du climat des ros�s� C'est pourquoi tu �prouves sur mer, selon les vents, le go�t de l'amour, ou du repos, ou de la mort.�

Mais toi tu me reprends. Le navire que j'ai d�crit n'est pas � l'�preuve de l'orage et il importe de le modifier selon tel d�tail ou tel autre. Et moi j'approuve. Change-le donc! Je n'ai rien � conna�tre des planches et des clous. Puis tu me nies les �pices que j'ai promises. Ta science me d�montre qu'elles seront autres. Et moi j'approuve. Je n'ai rien � conna�tre de tes probl�mes de botanique. M'importe exclusivement que tu b�tisses un navire et me cueilles des �les lointaines au large des mers. Tu navigueras donc pour me contredire. Tu me contrediras. Je respecterai ton triomphe. Mais plus tard, lentement, dans le silence de mon amour, je m'en irai visiter, apr�s ton retour, les ruelles du port.

Fond� par le c�r�monial des voiles � hisser, des �toiles � lire et du pont � laver � grande eau, tu seras revenu, et, de l'ombre o� je me tiendrai, je t'�couterai chanter � tes fils, afin qu'ils naviguent, le cantique de l'�le qui installe son march� sur la mer. Et je m'en retournerai satisfait.

Tu ne peux esp�rer ni me prendre en d�faut, ni v�ritablement me nier dans l'essentiel. Je suis source et non cons�quence. Pr�tends-tu d�montrer au sculpteur qu'il e�t d� sculpter tel visage de femme plut�t que tel buste de guerrier? Tu subis la femme ou le guerrier. Ils sont, en face de toi, tout simplement. Si je me tourne vers les �toiles je ne regrette point la mer. Je pense �toiles. Lorsque je cr�e, peu me surprend ta r�sistance car j'ai pris tes mat�riaux pour construire un autre visage. Et tu protesteras d'abord. �Cette pierre, me diras-tu, est d'un front et non d'une �paule.�� Cela est possible, te r�pondrai-je. Cela �tait.�� Cette pierre, me diras-tu, est d'un nez et non d'une oreille.�� Cela est possible, te r�pondrai-je. Cela �tait.�� Ces yeux��, me diras-tu, mais � force de me contredire et de reculer et d'avancer, et de te pencher de gauche � droite pour me critiquer mes op�rations, viendra bien l'instant o� se montrera dans sa lumi�re l'unit� de ma cr�ation, tel visage et non un autre. Alors se fera en toi le silence.

Peu m'importent les erreurs que tu me reproches. La v�rit� loge au-del�. Les paroles l'habillent mal et chacune d'elles est critiquable. L'infirmit� de mon langage m'a souvent fait me contredire. Mais je ne me suis point tromp�. Je n'ai point confondu le pi�ge et la capture. Elle est commune mesure des �l�ments du pi�ge. Ce n'est point la logique qui noue les mat�riaux mais le m�me dieu qu'ils servent ensemble. Mes paroles sont maladroites et d'apparence incoh�rente: non moi au centre. Je suis, tout simplement. Si j'ai habill� un corps v�ritable, je n'ai pas � me soucier de la v�rit� des plis de la robe. Lorsque la femme est belle, si elle marche, les plis se d�truisent et se recomposent, mais ils se r�pondent les uns aux autres n�cessairement.

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