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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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Lanzafame marcha en silence, réfléchissant. « Juste aujourd’hui, tu dis ?

— Juste aujourd’hui.

— Et demain ?

— Serons-nous encore vivants demain ? dit Isacco.

— D’accord. Aujourd’hui.

— Aujourd’hui », répéta Isacco en tournant au coin de la petite rue qui donnait dans le campo del Castelletto, où l’on respirait l’odeur familière de sexe et de misère humaine.

« Docteur ! Docteur ! hurla une des prostituées malades en accourant à sa rencontre, les yeux exorbités. Venez ! Vite ! »

Isacco accéléra le pas derrière elle. Lanzafame courait à ses côtés. Plus loin, là où un petit groupe de femmes s’était formé, ils virent Serravalle les armes à la main, de même que les hommes qu’il commandait.

« Que se passe-t-il ? demanda le docteur en se frayant un chemin entre les prostituées. République ! Tu devrais être au lit ! », dit-il en la voyant debout. Il se tourna vers Lidia, sa fille, qui avait un regard effrayé. « Pourquoi tu as laissé ta mère descendre ? »

La petite fille éclata en sanglots.

Une à une, Isacco vit toutes les prostituées qu’il soignait. « Que faites-vous ici ? Retournez vous coucher ! », ordonna-t-il.

« Serravalle ! fit Lanzafame. Qu’est-ce qui s’est passé, foutredieu ? »

Isacco s’ouvrit un chemin parmi les femmes qui se soutenaient les unes les autres, faibles et frissonnantes. La peur se lisait dans leurs regards.

« Ils sont venus cette nuit, répondit le garde.

— Qui ? », demanda Lanzafame.

Les prostituées se pressaient autour de quelqu’un qu’Isacco ne parvenait pas encore à voir.

« Les hommes de Scarabello.

— Ôtez-vous de là, laissez-moi passer », dit Isacco aux dernières femmes qui lui bouchaient la vue. Elles avaient les joues sillonnées de larmes. Et il la vit.

« Ils ont su qu’on ne montait la garde que dans la journée, pour le docteur, répondit Serravalle. Alors ils sont venus la nuit, ils s’en sont pris à elles, ils les ont frappées et jetées à la rue. Et l’une d’elles… qui s’est défendue… »

Isacco regardait la Cardinale sur le sol. Elle était pâle. Sa robe pourpre était luisante sur son flanc. Mouillée. Et déchirée. Il comprit que c’était du sang, rouge sur rouge. « Cardinale…, lui dit-il en s’agenouillant. Qu’as-tu fait ?

— Il y en a deux… qui ont atterri… au bas des escaliers… docteur, haleta la grande femme. Les salauds… les salauds…

— Ne parle pas », dit Isacco. Il regarda autour de lui. Désigna les portiques, tandis qu’une petite bruine commençait à tomber du ciel gris et bas. « Emportons-la là-bas.

— Ils ont mis des nouvelles prostituées dans les chambres et ils défendent l’étage, ajouta Serravalle pour conclure.

— Ils défendent ? tonna Lanzafame en lançant les bras au ciel.

— Donnola, va chercher ma trousse, presse-toi.

— Elle est où ?

— Au cinquième… » Isacco s’arrêta. « Au cinquième étage…

— Il y a les hommes de Scarabello, fit Donnola, effrayé.

— Emmène la Cardinale sous les portiques. Ferme-lui bien la blessure. Et appuie fort », ordonna Isacco, qui se dirigea vers la Torre delle Ghiandaie.

« Où tu vas, docteur ? dit Lanzafame en l’arrêtant.

— Je dois récupérer ma trousse ou la Cardinale mourra, répondit Isacco.

— C’est pas à toi d’y aller », dit Lanzafame. Il vit un ivrogne avachi contre un mur, avec une bouteille. Il alla vers lui et la lui arracha des mains, sous le regard ébahi du docteur. « T’inquiète pas, dit-il à Isacco. Rien pour aujourd’hui, on est d’accord. J’en ai besoin pour monter au cinquième. Elle est où, ta trousse ?

— Dans la dernière pièce au fond du couloir.

— Il y a une fenêtre ?

— Oui.

— Je peux la lancer ?

— Tout serait cassé, de cette hauteur. »

Lanzafame fit signe à Serravalle. « Une corde. Assez longue pour que je puisse descendre la trousse du docteur sur un étage. Vite. »

Serravalle, habitué à obéir, bondit, discuta rapidement avec ses hommes, qui s’éparpillèrent dans toutes les directions.

« Va t’occuper de la pute », dit Lanzafame à Isacco. Tandis que le docteur s’éloignait, le capitaine se tourna vers la Torre delle Ghiandaie et son regard monta jusqu’au cinquième étage. « J’arrive », murmura-t-il d’une voix rauque et basse, qui ressemblait à un grognement d’animal féroce. Puis il regarda la bouteille. Le tremblement commençait. Il serra la main, avec rage. « Juste pour aujourd’hui », se dit-il, sentant sa volonté vaciller. Par chance, Serravalle revint.

« Voilà, capitaine », dit-il en lui tendant la corde.

Lanzafame ôta son pourpoint et sa chemise. Enroula la corde autour de sa taille. Puis désigna l’ivrogne. « Va me chercher sa veste. Il a tellement de vin dans le corps qu’il ne s’en apercevra même pas. »

Serravalle déshabilla l’ivrogne.

Le capitaine enfila la veste sale de l’ivrogne pour cacher la corde. « Dernière pièce, côté nord. Monte au quatrième et penche-toi par la fenêtre. Je te descendrai la trousse.

— J’y serai », répondit Serravalle.

Lanzafame détacha son épée et la lui donna. « Ils ne me laisseraient pas passer avec ça.

— Faites attention, capitaine. »

Lanzafame se dirigea vers la Torre delle Ghiandaie. Il entra. Peu avant d’arriver au cinquième étage, il commença à tituber, comme s’il était complètement saoul.

« Va-t-en ou je te vire à coups de pied dans le cul, lui dit un voyou tout en haut de l’escalier.

— Va-t-en toi-même, casse-couilles. Moi, je veux baiser…

— T’as les sous ? »

Lanzafame fouilla dans ses poches et trouva des pièces qu’il sortit, en faisant tomber quelques-unes.

L’autre les ramassa avant lui et en garda une ou deux, certain que l’ivrogne ne se rendrait compte de rien. « Passe. »

Lanzafame fit semblant de trébucher. Se laissa tomber au sol. Puis se releva à grand-peine et se remit à tituber dans le couloir.

« Çui-là, il a de la chance s’il trouve sa bite », rigola le voyou, s’adressant à deux de ses collègues.

Lanzafame arriva à la pièce au fond du couloir. Il vit que la porte était ouverte. Il entra.

« Salut, mon amour », dit une prostituée maigre, la peau mate.

Lanzafame ferma la porte. « Elle est où, la trousse du docteur ? dit-il, en posant sa bouteille sur le sol.

— Quelle trousse ? Qui tu es ? », demanda la prostituée, qui alla vers la porte.

Lanzafame l’arrêta. « Le docteur qui vous aide, vous les putains.

— Laisse-moi. Je sais rien, fit la femme, effrayée.

— Si je trouve pas la trousse, une fille nommée la Cardinale va mourir. Tu t’en fous ?

— Je sais rien pour la trousse du docteur. »

Lanzafame la repoussa en arrière. « Toi, tu bouges pas d’ici », la menaça-t-il. Puis il vit dans un coin une grosse bourse plate, en cuir. Il défit sa veste et déroula la corde, dont il attacha un des bouts à la poignée. Il s’approcha de la fenêtre. Se pencha. En dessous, il vit Serravalle, penché lui aussi le nez en l’air.

« Je te la passe. »

La prostituée en profita pour se sauver. Aussitôt dans le couloir, elle commença à crier et appeler à l’aide.

« Merde ! jura Lanzafame.

— Qu’est-ce qui se passe, capitaine ? demanda Serravalle.

— Prends la trousse et porte-la au docteur. Lanzafame fit descendre la bourse.

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