Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Peut-tre que l'apaisement ne pouvait pas passer par l finalement ?
Par o alors ? Par o, s'angoissait-elle soudain.
Par o ?
Elle se ressaisit aussitt et interpella un vendeur avant de perdre pied. La petite chaumire au fond des bois, c'tait bien joli, mais en attendant, elle se les gelait au fond d'un couloir humide et ce jeune homme en polo jaune vif serait srement capable de l'aider :
Vous dites que l'air passe au travers ?
Oui.
C'est un Velux ?
Non, un vasistas.
a existe encore ces machins-l ?
Hlas...
Tenez, voil ce qu'il vous faut...
Il lui tendit un rouleau de bourrelet clouter spcial calfeutrage fentres en mousse gaine PVC, durable, lavable et tanche. Un vrai bonheur.
Vous avez une agrafeuse ?
Non.
Un marteau ? des clous ?
Non.
Elle le suivait comme un petit chien dans tout le magasin pendant qu'il remplissait son panier.
Et pour me chauffer ?
Qu'est-ce que vous avez pour le moment ?
Un radiateur lectrique qui saute pendant la nuit et qui pue en plus !
Il prit son rle trs au srieux et lui fit un cours magistral.
D'un ton docte, il vanta, commenta et compara les mrites des soufflants, des rayonnants, des infrarouges, des cramiques, des bains d'huile et des convecteurs. Elle en eut le tournis.
Qu'est-ce que je prends alors ?
Ah, ben a, c'est vous qui voyez...
Mais justement... Je ne vois pas.
Prenez un bain d'huile, c'est pas trop cher et a chauffe bien. Le Olo de Calor, il est pas mal...
Il a des roulettes ?
Euh... hsita-t-il en inspectant la fiche technique... thermostat mcanique, range-cordon, puissance modulable, humidificateur intgr, blablabla, roulettes! Oui mademoiselle !
Super. Comme a je pourrais le mettre prs de mon lit...
Euh... Si je puis me permettre... Vous savez, un garon c'est bien aussi... Dans un lit, a rchauffe...
Oui, mais a n'a pas de range-cordon...
H non... Il souriait.
En l'accompagnant vers son guichet pour le bon de garantie, elle aperut une fausse chemine avec de fausses braises, des fausses bches, de fausses flammes et de faux chenets.
Oh ! Et a ? C'est quoi ?
Une chemine lectrique, mais je ne vous la conseille pas, c'est de l'arnaque...
Si, si ! Montrez-moi !
C'tait la Sherbone, un modle anglais. Il n'y avait qu'eux pour inventer une chose aussi laide et aussi kitsch. Selon l'allure de chauffe (1 000 ou 2 000 watts) les flammes montaient plus ou moins haut. Camille tait aux anges :
C'est gnial, on dirait une vraie !
Vous avez vu le prix ?
Non.
532 euros, c'est n'importe quoi... Un gadget dbile... Ne vous faites pas avoir...
De toute faon, en euros je comprends rien...
C'est pas difficile pourtant, comptez presque 3 500 balles pour un truc qui vous chauffera moins bien que le Calor moins de 600 francs...
Je le veux.
Ce garon tait plein de bon sens et notre cigale ferma les yeux en tendant sa carte bleue. Au point o elle en tait, elle s'offrit aussi le service de livraison. Quand elle annona qu'elle vivait au septime sans ascenseur, la dame la regarda de travers et la prvint que ce serait dix euros de plus...
Sans problme, rpondit-elle en serrant les fesses.
Il avait raison. C'tait n'importe quoi.
Oui, c'tait n'importe quoi, mais l'endroit o elle vivait ne valait gure mieux. Quinze mtres carrs sous les toits, ce qui lui en laissait donc six pour se tenir debout, un matelas pos mme le sol, un minuscule point d'eau dans un angle qui voquait plutt une pissotire et qui lui seryait d'vier et de salle de bains. Un portant pour penderie et deux cartons empils en guise d'tagres. Une plaque lectrique pose sur une table de camping. Un mini-Frigidaire qui jouait aussi le rle de plan de travail, de salle manger et de table basse. Deux tabourets, un halogne, un petit miroir et un autre carton comme placard de cuisine. Quoi d'autre encore ? La valise cossaise o elle avait entrepos le peu de matriel qui lui restait, trois cartons dessin et... Non, c'tait tout. Voil pour le tour du propritaire.
Les chiottes taient la turque au bout du couloir droite et la douche tait au-dessus des chiottes. Il suffisait juste de poser sur le trou le caillebotis moisi prvu cet usage...
Pas de voisins ou peut-tre un fantme puisqu'elle entendait parfois des murmures derrire la porte n 12. Un cadenas sur la sienne et le nom de l'ancienne locataire en jolies lettres violettes punais sur le chambranle : Louise Leduc.
Petite bonne du sicle prcdent...
Non, Camille ne regrettait pas sa chemine bien que son prix reprsentt presque la moiti de son salaire... Ah ! quand mme... Bah... pour ce qu'elle en faisait de son salaire... Elle rvassait dans l'autobus en se demandant qui elle pourrait bien inviter pour l'inaugurer...
Quelques jours plus tard, elle tenait son lascar :
Vous savez, j'ai une chemine !
Pardon ? Ah ! Oh ! C'est vous... Bonjour mademoiselle. Triste temps, n'est-ce pas ?
Vous l'avez dit ! Et pourquoi vous enlevez votre bonnet alors ?
Eh bien euh... Je... Je vous saluais, n'est-ce pas ?
Mais non voyons, remettez-le ! Vous allez attraper la crve ! Je vous cherchais justement. Je voulais vous inviter dner au coin du feu un de ces soirs...
Moi ? s'trangla-t-il.
Oui ! Vous !
Oh, non, mais je... euh... Pourquoi ? Vraiment c'est...
C'est quoi ? lcha-t-elle soudain fatigue, alors qu'ils taient tous les deux en train de grelotter devant leur picerie prfre.
C'est... euh...
C'est pas possible ?
Non, c'est... C'est trop d'honneur !
Ah ! s'amusait-ell, c'est trop d'honneur... Mais non, vous verrez, ce sera trs simple. C'est d'accord alors ?
Eh bien, oui... je... je serais ravi de partager votre table...
Euh... Ce n'est pas vraiment une table, vous savez...
Ah bon ?
Plutt un pique-nique... Un petit repas la bonne franquette...
Trs bien, j'adore les pique-niques ! Je peux mme venir avec mon plaid et mon panier, si vous voulez...
Votre panier de quoi ?
Mon panier de pique-nique !
Un truc avec de la vaisselle ?
Des assiettes en effet, des couverts, une nappe, quatre serviettes, un tire-bou...
Oh oui, trs bonne ide ! Je n'ai rien de tout cela ! Mais quand ? Ce soir ?
Eh bien, ce soir... enfin... je... Vous quoi ?
C'est--dire que je n'ai pas prvenu mon colocataire...
Je vois. Mais il peut venir aussi, ce n'est pas un problme.
Lui ? s'tonna-t-il, non... pas lui. D'abord je ne sais pas si... Enfin si c'est un garon trs convenable... Je... Entendons-nous, je ne parle pas de ses murs, mme si... enfin... je ne les partage pas, voyez-vous, non, je pense plutt ... Oh, et puis il n'est pas l ce soir. Ni aucun autre soir d'ailleurs...
Rcapitulons, s'agaa Camille, vous ne pouvez pas venir parce que vous n'avez pas prvenu votre coloc' qui n'est jamais l de toute faon, c'est bien a ?
Il piquait du nez et tripotait les boutons de son manteau.
H, je ne vous force pas, hein ? Vous n'tes pas oblig d'accepter, vous savez...
C'est que...
C'est que quoi ?
Non, rien. Je viendrai.
Ce soir ou demain. Parce qu'aprs je retravaille jusqu' la fin de la semaine...
D'accord, murmura-t-il, d'accord, demain... Vous... Vous serez l, n'est-ce pas ?
Elle secoua la tte.
Mais vous tes vraiment compliqu, vous ! Bien sr que je serai l puisque je vous invite !
Il lui sourit gauchement.
demain alors ?
demain mademoiselle.
Vers huit heures ?
A vingt heures prcises, je le note.