Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
� Ils ne sont pas � vendre.
� Qu'est-ce que tu fabriques exactement ?
� Des bricoles...
� Tu es pass�e quai Voltaire ?
� Pas encore.
� Camille ?
� Oui.
� Tu ne veux pas �teindre ce fichu s�choir ? Qu'on s'entende un peu ?
� Je suis press�e.
� Tu fais quoi exactement ?
� Pardon ?
� C'est quoi ta vie, l�... �a ressemble � quoi en ce moment ?
Pour ne plus jamais avoir � r�pondre � ce genre de question, Camille d�vala les escaliers de leur immeuble quatre � quatre et poussa la porte du premier coiffeur venu.
14
� Rasez-moi, demanda-t-elle au jeune homme qui se trouvait au-dessus d'elle dans le miroir.
� Pardon ?
� Je voudrais que vous me rasiez la t�te, s'il vous pla�t.
� La boule � z�ro ?
� Oui.
� Non. Je ne peux pas faire �a...
� Si, si, vous pouvez. Prenez votre tondeuse et allez-y.
� Non, c'est pas l'arm�e ici. Je veux bien vous couper tr�s court, mais pas la boule � z�ro. C'est pas le genre de la maison... Hein Carlo ?
Carlo lisait Tierc� Magazine derri�re sa caisse.
� De quoi ?
� La petite dame, elle veut qu'on la tonde... L'autre esquissa un geste qui voulait dire � peu pr�s
j'en ai rien � foutre, je viens de perdre dix euros dans la septi�me, alors me faites pas chier...
� Cinq millim�tres...
� Pardon ?
� Je vous la fais � cinq millim�tres sinon vous n'oserez m�me plus sortir d'ici...
� J'ai mon bonnet.
� J'ai mes principes.
Camille lui sourit, hocha la t�te en signe d'acquiescement et sentit le crissement des lames sur sa nuque. Des m�ches de cheveux s'�parpillaient sur le sol pendant qu'elle d�visageait la dr�le de personne qui lui faisait face. Elle ne la reconnaissait pas, ne se souvenait plus � quoi elle ressemblait l'instant pr�c�dent. Elle s'en moquait. D�sormais, ce serait beaucoup moins gal�re pour elle d'aller prendre une douche sur le palier et c'�tait la seule chose qui comptait.
Elle interpella son reflet en silence : Alors ? C'�tait �a le programme ? Se d�merder, quitte � s'enlaidir, quitte � se perdre de vue, pour ne jamais rien devoir � personne ?
Non, s�rieusement ? C'�tait �a ?
Elle passa sa main sur son cr�ne r�peux et eut tr�s envie de pleurer.
� �a vous pla�t ?
� Non.
� Je vous avais pr�venue...
� Je sais.
� �a repoussera...
� Vous croyez ?
� J'en suis s�r.
� Encore un de vos principes...
� Je peux vous demander un stylo ?
� Carlo ?
� Mmm...
� Un stylo pour la jeune fille...
� On ne prend pas de ch�que � moins de quinze euros...
� Non, non, c'est pour autre chose...
Camille prit son bloc et dessina ce qu'elle voyait dans la glace.
Une fille chauve au regard dur tenant dans sa main le crayon d'un turfiste aigri sous le regard amus� d'un gar�on qui s'appuyait sur son manche � balai. Elle nota son �ge et se leva pour payer.
� C'est moi, l� ?
� Oui.
� Mince, vous dessinez vachement bien !
� J'essaye...
15
Le pompier, ce n'�tait pas le m�me que la derni�re fois, Yvonne l'aurait reconnu, tournait inlassablement sa petite cuill�re dans son bol :
� Il est trop chaud ?
� Pardon ?
� Le caf� ? Il est trop chaud ?
� Non, �a va, merci. Bon, ben, c'est pas le tout, mais il faut que je fasse mon rapport, moi...
Paulette restait prostr�e � l'autre bout de la table. Son compte �tait bon.
16
� Tu avais des poux ? lui demanda Mamadou. Camille �tait en train d'enfiler sa blouse. Elle n'avait
pas envie de parler. Trop de cailloux, trop froid, trop fragile.
� Tu fais la gueule ?
Elle secoua la t�te, sortit son chariot du local � poubelles et se dirigea vers les ascenseurs.
� Tu montes au cinqui�me ?
� Hon hon...
� Eh pourquoi c'est toujours toi qui fais le cinqui�me ? C'est pas normal �a ! Faut pas te laisser faire ! Tu veux que je lui parle � la chef ? Moi, je m'en fous deu gueuler tu sais ! Oh, mais oui ! Je m'en fous bien !
� Non merci. Le cinqui�me ou un autre, pour moi c'est pareil...
Les filles n'aiment pas cet �tage parce que c'�tait celui des chefs et des bureaux ferm�s. Les autres, les �aup�nes spaices� comme disait la Bredart, �taient plus faciles et surtout plus rapides � nettoyer. Il suffisait de vider les poubelles, d'aligner les fauteuils contre les murs et de passer un grand coup d'aspirateur. On pouvait m�me y aller gaiement et se permettre de cogner dans les pieds des meubles parce que c'�tait de la camelote et que tout le monde s'en fichait.
Au cinqui�me, chaque pi�ce exigeait tout un c�r�monial assez fastidieux : vider les poubelles, les cendriers, purger les d�chiqueteuses � papier, nettoyer les bureaux avec la consigne de ne toucher � rien, de ne pas d�placer le moindre trombone, et se taper en plus, les petits salons attenants et les bureaux des secr�taires. Ces garces qui collaient des Post-it partout comme si elles s'adressaient � leur propre femme de m�nage, elles qui n'�taient m�me pas foutues de s'en payer une � la maison... Et vous me ferez ci et vous me ferez �a, et la derni�re fois, vous avez boug� cette lampe et cass� ce truc et gnagnagna... Le genre de r�flexions sans int�r�t qui avaient le don d'irriter Carine ou Samia au plus haut point, mais qui laissaient Camille totalement indiff�rente. Quand un mot �tait trop p�te-sec, elle �crivait en dessous : Moi pas comprendre le fran�ais et le recollait bien au milieu de l'�cran.
Aux �tages inf�rieurs, les cols blancs rangeaient � peu pr�s leur bordel, mais ici, c'�tait plus chic de tout laisser en plan. Histoire de montrer qu'on �tait d�bord�, que l'on �tait parti � contrec�ur sans doute, mais que l'on pouvait revenir � n'importe quel moment reprendre sa place, son poste et ses responsabilit�s au Grand Gouvernail de ce monde. Bon, pourquoi pas... soupirait Camille. Admettons. � chacun ses chim�res... Mais il y en avait un, l�-bas, tout au bout du couloir sur la gauche, qui commen�ait � les lui briser menu. Grand ponte ou pas, ce mec-l� �tait un goret et �a commen�ait � bien faire. En plus d'�tre crade, son bureau puait le m�pris.
Dix fois, cent fois peut-�tre, elle avait vid� et jet� d'innombrables gobelets o� flottaient toujours quelques m�gots et r�cup�r� des morceaux de sandwichs rassis sans m�me y songer, mais ce soir, non. Ce soir, elle n'avait pas envie. Elle rassembla donc tous les d�chets de ce type, ses vieux patchs pleins de poils, ses miasmes, ses chewing-gums coll�s sur le reboni de son cendrier, ses allumettes et ses boulettes de papier, en fit un petit tas sur son beau sous-main en peau de z�bu et laissa une note � son attention : Monsieur vous �tes un porc et je vous prie d�sormais de laisser cet endroit aussi propre que possible. P.-S. : regardez � vos pieds, il y a cette chose si commode qu'on appelle une poubelle... Elle agr�menta sa tirade d'un m�chant dessin o� l'on apercevait un petit cochon en costume trois pi�ces qui se penchait pour voir quelle �tranget� se cachait donc sous son bureau. Elle alla ensuite retrouver ses coll�gues pour les aider � finir le hall.
� Pourquoi tu te marres comme �a ? s'�tonna Carine.
� Pour rien.
� T'es vraiment bizarre, toi...
� Qu'est-ce qu'on fait apr�s ?
� Les escaliers du B...
� Encore ? Mais on vient de les faire ! Carine leva les �paules.
� On y va ?
� Non. On doit attendre Super Josy pour le rapport...
� Le rapport de quoi ?
� J'sais pas. Il para�t qu'on utilise trop de produit...
� Faudrait savoir... L'autre jour, on n'en mettait pas assez... Je vais m'en griller une sur le trottoir, tu viens ?
� Fait trop froid...
Camille sortit donc seule, s'adossa � un r�verb�re. � ... 02-12-03... 00:34... -4 �C... � d�filaient en lettres lumineuses sur la devanture d'un opticien.
Elle sut alors ce qu'elle aurait d� r�pondre � Mathilde Kessler tout � l'heure quand celle-ci lui avait demand�, avec une pointe d'agacement dans la voix, � quoi ressemblait sa vie en ce moment.