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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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L'arriv�e de sa m�re les interrompit. Camille se leva et la pr�vint, d'une voix rauque et saccad�e :

� Attends-moi... Je n'ai pas fini de ranger mes affaires...

Un jour, il n'y a pas tr�s longtemps, elle re�ut un paquet mal ficel� accompagn� d'un petit mot :

Bonjour,

Je m'appelle Eileen Wilson. Mon nom ne dit probablement rien � vous, mais j'�tais l'amie de Cecil Doughton qui fut votre professeur de dessin autrefois. J'ai le triste de vous annoncer que Cecil a quitt� nous il y a deux mois de cela. Je sais que vous appr�ciez que je vous dise (pardonnez mon pauvre fran�ais) que nous l'avons enterr� dans son r�gion du Dartmoor qu'il aimait tant beaucoup dans une cimet�re auquel la vue est tr�s belle. J'ai mis ses brosses et ses peintures dans le terre avec lui.

Avant de mourir, il m'avait demander de vous donner ceci. Je crois qu'il sera joyeux si vous l'user en pensant � lui.

Eileen W.

Camille ne put retenir ses larmes en d�couvrant le mat�riel de peinture chinoise de son vieux professeur, celui-l� m�me dont elle se servait � pr�sent...

* * *

Intrigu�e, la serveuse vint r�cup�rer la tasse vide et jeta un �il sur la nappe. Camille venait d'y dessiner une multitude de bambous. Leurs tiges et leurs feuilles �taient ce qu'il y avait de plus difficile � r�aliser. Une feuille, petite, une simple feuille qui se balance dans le vent exigeait de ces ma�tres des ann�es de travail, une vie enti�re, parfois... Joue avec les contrastes. Tu n'as qu'une couleur � ta disposition et pourtant tu peux tout sugg�rer... Concentre-toi mieux. Si tu veux que je te grave ton sceau un jour, tu dois me faire des feuilles bien plus l�g�res que �a...

Le support, de mauvaise qualit�, se gondolait et buvait l'encre beaucoup trop rapidement.

� Vous permettez ? demanda la jeune fille.

Elle lui tendait un paquet de nappes vierges. Camille se recula et posa son travail sur le sol. Le vieux g�missait, la serveuse l'engueula.

� Qu'est-ce qu'il dit ?

� Il r�le parce qu'il ne peut pas voir ce que vous faites...

Elle ajouta :

� C'est mon grand-oncle... Il est paralys�...

� Dites-lui que le prochain sera pour lui...

La jeune fille revint vers le bar et pronon�a quelques paroles � son intention. Il se calma et regarda Camille s�v�rement.

Elle le d�visagea longuement puis dessina, sur toute la surface de la nappe, un petit bonhomme hilare qui lui ressemblait et qui courait le long d'une rizi�re. Elle n'�tait jamais all�e en Asie, mais improvisa, en arri�re-plan, une montagne dans la brume, des pins, des rochers et m�me la petite cabane de Chu Ta sur un promontoire. Elle l'avait croqu� avec sa casquette Nike et sa veste de surv�tement, mais l'avait laiss� jambes nues, seulement v�tu du pagne traditionnel. Elle ajouta quelques gerbes d'eau qui giclaient sous ses pieds et une bande de gamins lanc�s � sa poursuite.

Elle se recula pour juger son travail.

Beaucoup de d�tails la contrariaient bien s�r, mais enfin, il avait l'air heureux, vraiment heureux, alors elle pla�a une assiette sous la nappe comme support, ouvrit le petit pot de cinabre rouge et y apposa son sceau au milieu � droite. Elle se leva, d�barrassa la table du vieux et revint chercher son dessin qu'elle posa devant lui.

Il ne r�agissait pas.

Oups, se dit-elle, j'ai d� faire une gaffe, l�...

Quand sa petite-ni�ce revint de la cuisine, il poussa une longue plainte douloureuse.

� Je suis d�sol�e, dit Camille, je croyais que... Elle fit un geste pour l'interrompre, alla chercher une grosse paire de lunettes derri�re le comptoir et les glissa sous la casquette. Il se pencha c�r�monieusement et se mit � rire. Un rire d'enfant, cristallin et gai. Il pleura aussi et rit de nouveau en se balan�ant et en croisant ses bras sur sa poitrine.

� Il veut boire du sak� avec vous.

� Super...

Elle apporta une bouteille, il hurla, elle soupira et repartit en cuisine.

Elle revint avec un autre flacon, suivie du reste de la famille. Une dame m�re, deux hommes d'une quarantaine d'ann�es et un adolescent. Ce ne fut que rires, cris, courbettes et effusions en tout genre. Les hommes lui tapaient sur l'�paule et le gamin lui claquait la paume de la main � la mani�re des sportifs.

Chacun retourna ensuite � son poste et la jeune fille d�posa deux petits verres devant eux. Le vieux la salua puis vida sa coupe avant de la remplir de nouveau.

� Je vous pr�viens, il va vous raconter sa vie...

� Pas de probl�me, fit Camille, Houuuh... c'est fort, non ?

L'autre s'�loigna en riant.

Ils �taient seuls � pr�sent. L'anc�tre jacassait et Camille l'�coutait gravement en opinant seulement du nez � chaque fois qu'il lui pr�sentait la bouteille.

Elle eut du mal � se relever et � r�cup�rer ses affaires. Alors qu'elle se tenait pr�s de la sortie, apr�s s'�tre maintes et maintes fois courb�e pour prendre cong� du bonhomme, la jeune fille vint vers elle pour l'aider � tirer la poign�e de la porte qu'elle s'obstinait � pousser en riant b�tement depuis un bon moment.

� Vous �tes ici chez vous, d'accord ? Vous pouvez venir manger quand vous voulez. Si vous ne venez pas, il sera f�ch�... Et triste aussi...

Quand elle arriva au boulot, elle �tait compl�tement p�t�e.

Samia s'excitait :

� Oh, toi, t'as trouv� un mec ?

� Oui, avoua Camille, penaude.

� C'est vrai ?

� Oui.

� Nan... C'est pas vrai... Il est comment ? Il est mignon ?

� Super mignon.

� Nan, trop cool, �a... Il a quel �ge ?

� Quatre-vingt-douze ans.

� Arr�te tes conneries, idiote, il a quel �ge ?

� Bon, les filles... C'est quand vous voulez, hein ! La Josy indiquait le cadran de sa montre.

Camille s'�loigna en gloussant et en se prenant les pieds dans le tuyau de son aspirateur.

9

Plus de trois semaines s'�taient �coul�es. Franck, qui travaillait tous les dimanches comme extra dans un autre restaurant sur les Champs, se rendait chaque lundi au chevet de sa grand-m�re.

Elle se trouvait d�sormais dans une maison de convalescence � quelques kilom�tres au nord de la ville et guettait son arriv�e d�s le lever du jour.

Lui, par contre, �tait oblig� de r�gler son r�veil. Il descendait comme un zombi jusqu'au troquet du coin, buvait deux ou trois caf�s d'affil�e, enfourchait sa moto et venait se rendormir aupr�s d'elle sur un affreux fauteuil en ska� noir.

Quand on lui amenait son plateau-repas, la vieille dame posait son index sur sa bouche et indiquait, d'un mouvement de t�te, le gros b�b� enroul� sur lui-m�me qui lui tenait compagnie. Elle le couvait du regard et veillait � ce que son blouson reste bien en place sur sa poitrine.

Elle �tait heureuse. Il �tait l�. Bien l�. Rien qu'� elle...

Elle n'osait pas appeler l'infirmi�re pour lui demander de remonter son lit, saisissait sa fourchette d�licatement et mangeait en silence. Elle cachait des choses dans sa table de nuit, des morceaux de pain, sa portion de fromage et quelques fruits pour les lui donner quand il se r�veillerait. Ensuite, elle repoussait la tablette tout doucement et croisait ses mains sur son ventre en souriant.

Elle fermait les yeux et somnolait, berc�e par le souffle de son petit homme et les d�bordements du pass�. Elle l'avait perdu tant de fois d�j�... Tant de fois... Il lui semblait qu'elle avait pass� sa vie � aller le chercher... Au fond du jardin, dans les arbres, chez les voisins, cach� dans des �tables ou affal� devant leur t�l�vision, puis au caf� bien s�r, et maintenant sur des petits bouts de papier o� il lui avait griffonn� des num�ros de t�l�phone qui n'�taient jamais les bons...

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