Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Il s'inclina et tourna les talons.
H!
Pardon ?
Il faut prendre l'escalier de service. J'habite au septime, la porte n 16, vous verrez, c'est la troisime sur votre gauche...
D'un mouvement du bonnet, il lui fit savoir qu'il avait entendu.
11
Entrez, entrez ! Mais vous tes magnifique !
Oh, rougit-il, ce n'est qu'un canotier... Il appartenait mon grand-oncle et, pour un pique-nique, j'ai pens que...
Camille n'en croyait pas ses yeux. Le canotier n'tait que la cerise sur le gteau. Il avait gliss une canne pommeau d'argent sous son bras, tait vtu d'un costume clair avec un nud papillon rouge et lui tendait une norme malle en osier.
C'est a, votre panier ?
Oui, mais attendez, j'ai encore quelque chose... Il alla au fond du couloir et revint avec un bouquet
de roses.
Comme c'est gentil...
Vous savez, ce ne sont pas de vraies fleurs...
Pardon ?
Non, elles viennent d'Uruguay, je crois... J'aurais prfr de vraies roses de jardin, mais en plein hiver, c'est... c'est...
C'est impossible.
Voil ! C'est impossible !
Allons, entrez, faites comme chez vous.
Il tait si grand qu'il dut s'asseoir tout de suite. Il fit un effort pour trouver ses mots mais pour une fois, ce n'tait pas un problme de bgaiement, plutt de... stupfaction.
C'est... C'est...
C'est petit.
Non, c'est, comment dirais-je... C'est coquet. Oui, c'est tout fait coquet et... pittoresque, n'est-ce pas ?
Trs pittoresque, rpta Camille en riant. Il resta silencieux un moment.
Vraiment ? Vous vivez l ?
Euh, oui...
Compltement ?
Compltement.
Toute l'anne ?
Toute l'anne.
C'est petit, non ?
Je m'appelle Camille Fauque.
Bien sr, enchant. Philibert Marquet de la Dur-bellire annona-t-il en se relevant et en se cognant la tte contre le plafond.
Tout a ?
H, oui...
Vous avez un surnom ?
Pas que je sache...
Vous avez vu ma chemine ?
Pardon ?
L... Ma chemine...
Ah la voil ! Trs bien... ajouta-t-il en se rasseyant et en allongeant ses jambes devant les flammes en plastique, trs trs bien... On se croirait dans un cottage anglais, n'est-il pas ?
Camille tait contente. Elle ne s'tait pas trompe. C'tait un drle de coco, mais un tre parfait, ce garon-l...
Elle est belle, non ?
Magnifique ! Elle tire bien au moins ?
Impeccable.
Et pour le bois ?
Oh, vous savez, avec la tempte... Il suffit de se baisser aujourd'hui...
Hlas, je ne le sais que trop bien... Vous verriez les sous-bois chez mes parents... Un vrai dsastre... Mais l, c'est quoi ? C'est du chne, non ?
Bravo !
Ils se sourirent.
Un verre de vin, a ira ?
C'est parfait.
Camille fut merveille par le contenu de la malle. Il ne manquait rien, les assiettes taient en porcelaine, les couverts en vermeil et les verres en cristal. Il y avait mme une salire, un poivrier, un huilier, des tasses caf, th, des serviettes en lin brodes, un lgumier, une saucire, un compotier, une bote pour les cure-dents, un sucrier, des couverts poisson et une chocolatire. Le tout tait grav aux armes de la famille de son hte.
Je n'ai jamais rien vu d'aussi joli...
Vous comprenez pourquoi je ne pouvais pas venir hier... Si vous saviez les heures que j'ai passes la nettoyer et tout faire briller...
Il fallait me le dire !
Vous pensez vraiment que si j'avais prtext : Pas ce soir, j'ai ma malle rafrachir , vous ne m'auriez pas pris pour un fou ?
Elle se garda bien du moindre commentaire.
Ils dplirent une nappe sur le sol et Philibert Machin chose mit le couvert.
Ils s'assirent en tailleur, ravis, enjous, comme deux gamins qui inaugureraient leur nouvelle dnette, faisant mille manires et autant d'efforts pour ne rien casser. Camille, qui ne savait pas cuisiner, tait alle chez Gou-betzko et avait choisi un assortiment de taramas, de saumons, de poissons marins et de confitures d'oignons. Ils remplirent consciencieusement tous les petits raviers du grand-oncle et inaugurrent une sorte de grille-pain trs ingnieux, fabriqu avec un vieux couvercle et du papier d'aluminium, pour rchauffer les blinis sur la plaque lectrique. La vodka tait pose dans la gouttire et il suffisait de soulever le vasistas pour se resservir. Ces alles et venues refroidissaient la pice, certes, mais la chemine crpitait et tirait du feu de Dieu.
Comme d'habitude, Camille but plus qu'elle ne mangea.
a ne vous drange pas si je fume ?
Je vous en prie... Par contre, j'aimerais allonger mes jambes parce que je me sens tout ankylos...
Mettez-vous sur mon lit...
B... bien sr que non, je... Je n'en ferai rien...
la moindre motion, il reperdait ses mots et tous ses moyens.
Mais, si, allez-y ! En fait, c'est un canap-lit...
Dans ce cas...
Nous pourrions peut-tre nous tutoyer, Philibert ?
Il devint ple.
Oh, non, je... En ce qui me concerne, j'en serais bien incapable, mais vous... Vous...
Stop ! Extinction des feux l-haut ! Je n'ai rien dit ! Je n'ai rien dit ! En plus, je trouve que c'est trs bien le vouvoiement, c'est trs charmant, trs...
Pittoresque ?
Voil !
Philibert ne mangeait pas beaucoup lui non plus, mais il tait si lent et si prcautionneux que notre parfaite petite mnagre se flicita d'avoir prvu un repas froid. Elle avait aussi achet du fromage blanc pour le dessert. En vrit, elle tait reste paralyse devant la vitrine d'un ptissier, totalement dcontenance et incapable de choisir le moindre gteau. Elle sortit sa petite cafetire italienne et but son jus dans une tasse si fine qu'elle tait certaine de pouvoir la briser en la croquant.
Ils n'taient pas bavards. Ils n'avaient plus l'habitude de partager leurs repas. Le protocole ne fut donc pas trs au point et tous deux eurent du mal se dptrer de leur solitude... Mais c'tait des gens bien levs et ils firent un effort pour porter beau. S'gayrent, trinqurent, voqurent le quartier. Les caissires du Franprix Philibert aimait la blonde, Camille lui prfrait la aubergine -, les touristes, les jeux de lumire sur la tour Eiffel et les crottes de chien. Contre toute attente, son hte s'avra tre un causeur parfait, relanant sans cesse la conversation et picorant et l mille sujets futiles et plaisants. Il tait passionn d'histoire de France et lui avoua qu'il passait le plus clair de son temps dans les geles de Louis XI, dans l'antichambre de Franois Ier, la table de paysans vendens au Moyen ge ou la Conciergerie avec Marie-Antoinette, femme pour laquelle il nourrissait une vritable passion. Elle lanait un thme ou une poque et il lui apprenait une foule de dtails piquants. Les costumes, les intrigues de la Cour, le montant de la gabelle ou la gnalogie des Captiens.
C'tait trs amusant.
Elle avait l'impression d'tre sur le site Internet d'Alain Decaux.
Un clic, un rsum.
Et vous tes professeur ou quelque chose comme a?
Non, je... C'est--dire que je... Je travaille dans un muse...
Vous tes conservateur ?
Quel bien grand mot ! Non, je m'occupe plutt du service commercial...
Ah... acquiesa-t-elle gravement, ce doit tre passionnant... Dans quel muse ?
a dpend, je tourne... Et vous ?
Oh, moi... C'est moins intressant, hlas, je travaille dans des bureaux...
Avisant sa mine dpite, il eut le tact de ne pas s'attarder sur le sujet.
J'ai du bon fromage blanc avec de la confiture d'abricot, a vous dit ?
Avec joie ! Et vous ?
Je vous remercie, toutes ces petites choses russes m'ont cale...
Vous n'tes pas bien grosse...
Craignant d'avoir prononc un mot blessant, il ajouta aussitt :