Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
... 02-12-03... 00:34... -4 C...
Voil.
a.
17
Je sais ! Je le sais bien ! Mais pourquoi vous dramatisez tout comme a ? C'est n'importe quoi, la fin !
coute, mon petit Franck, premirement, tu vas me parler sur un autre ton, et deuximement tu es mal plac pour me faire la leon. Moi, a fait presque douze ans que je m'en occupe, que je passe la voir plusieurs fois par semaine, que je l'emmne en ville et que je prends soin d'elle. Plus de douze ans, tu m'entends ? Et jusque-l, on ne peut pas dire que tu t'en sois trop ml... Jamais un remerciement, jamais un signe de reconnaissance, jamais rien. Mme l'autre fois, quand je l'ai accompagne l'hpital et que je suis venue la voir tous les jours au dbut, a ne t'aurait pas effleur de me passer un petit coup de tlphone ou de m'en-voyer une fleur, hein ? Bon, a tombe bien parce que c'est pas pour toi que je le fais, c'est pour elle. Parce que c'est quelqu'un de bien ta grand-mre... De bien, tu comprends ? Je te blme pas mon petit gars, tu es jeune, tu habites loin et tu as ta vie, mais quelquefois, tu sais, a me pse, tout a. a me pse... Moi aussi, j'ai ma famille, mes soucis et mes petits ennuis de sant alors, je te le dis tout net : tu dois prendre tes responsabilits maintenant...
Vous voulez que je lui bousille sa vie et que je la mette en fourrire juste parce qu'elle a oubli une casserole sur le feu, c'est a ?
Voyons ! Tu parles d'elle comme si c'tait un chien !
Non, c'est pas d'elle que je parle ! Et vous savez trs bien de quoi je parle ! Vous savez trs bien que si je la mets dans un mouroir, elle va pas tenir le choc ! Merde ! Vous avez bien vu la comdie qu'elle nous a fait la dernire fois!
Tu n'es pas oblig d'tre grossier, tu sais ?
Excusez-moi, madame Carminot, excusez-moi... Mais je sais plus o j'en suis... Je... Je peux pas lui faire a vous comprenez ? Pour moi, ce serait comme de latuer...
Si elle reste toute seule, c'est elle qui va se tuer...
Et alors ? Est-ce que ce serait pas mieux ?
a, c'est ta faon d'envisager les choses, mais moi, je ne marche pas dans cette combine. Si le facteur n'tait pas arriv au bon moment l'autre jour, c'tait toute la maison qui brlait et le problme, c'est qu'il ne sera pas toujours l, le facteur... Et moi non plus, Franck... Moi non plus... C'est devenu trop lourd tout a... C'est trop de responsabilits... chaque fois que j'arrive chez vous, je me demande ce que je vais trouver et les jours o je ne passe pas, je n'arrive pas m'en-dormir. Quand je lui tlphone et qu'elle ne rpond pas, a me rend malade et je finis toujours par y aller pour voir un peu ses garements. Son accident l'a dtraque, ce n'est plus la mme femme aujourd'hui. Elle trane en robe de chambre toute la journe, ne mange plus, ne parle plus, ne lit plus son courrier... Pas plus tard qu'hier, je l'ai encore retrouve en combinaison dans le jardin... Elle tait compltement frigorifie, la pauvre... Non, je ne vis plus, je suis toujours en train de m'ima-giner le pire... On ne peut pas la laisser comme a... On ne peut pas. Tu dois faire quelque chose...
Franck ? All ? Franck, tu es l ?
Oui...
Faut se faire une raison, mon petit...
Non. Je veux bien la foutre l'hospice puisque j'ai pas le choix, mais y faut pas me demander de me faire une raison, a c'est pas possible.
Fourrire, mouroir, hospice... Pourquoi tu ne dis pas maison de retraite tout simplement ?
Parce que je sais bien comment a va se finir...
Ne dis pas a, il y a des endroits trs bien. La mre de mon mari par exemple, eh bien elle...
Et vous Yvonne ? Est-ce que vous ne pouvez pas vous en occuper pour de bon ? Je vous payerai... Je vous donnerai tout ce que vous voulez...
Non, c'est gentil, mais non, je suis trop vieille. Je ne veux pas assumer a, j'ai dj mon Gilbert m'oc-cuper... Et puis elle a besoin d'un suivi mdical...
Je croyais que c'tait votre amie ?
a l'est.
C'est votre amie, mais a ne vous gne pas de la pousser dans la tombe...
Franck, retire tout de suite ce que tu viens de dire !
Vous tes tous les mmes... Vous, ma mre, les autres, tous ! Vous dites que vous aimez les gens, mais ds qu'il s'agit de remonter vos manches, y a plus personne...
Je t'en prie, ne me mets pas dans le mme sac que ta mre ! Ah, a, non ! Comme tu es ingrat, mon garon... Ingrat et mchant !
Elle raccrocha.
Il n'tait que quinze heures mais il sut qu'il ne pourrait pas dormir.
Il tait puis.
Il frappa la table, il frappa le mur, il cogna dans tout ce qui tait sa porte.
Il se mit en tenue pour aller courir et s'effondra sur le premier banc venu.
Ce ne fut qu'un petit gmissement d'abord, comme si quelqu'un venait de le pincer, puis tout son corps le lcha. Il se mit trembler de la tte aux pieds, sa poitrine s'ouvrit en deux et libra un norme sanglot. Il ne voulait pas, il ne voulait pas, putain. Mais il n'tait plus capable de se contrler. Il pleura comme un gros bb, comme un pauvre naze, comme un mec qui s'apprtait dzinguer la seule personne au monde qui l'avait jamais aim. Qu'il avait jamais aime.
Il tait pli en deux, lamin par le chagrin et tout barbouill de morve.
Quand il admit enfin qu'il n'y avait rien faire pour arrter a, il enroula son pull autour de sa tte et croisa les bras.
Il avait mal, il avait froid, il avait honte.
Il resta sous la douche, les yeux ferms et le visage tendu jusqu' ce qu'il n'y ait plus d'eau chaude. Il se coupa en se rasant parce qu'il n'avait pas le courage de rester devant la glace. Il ne voulait pas y penser. Pas maintenant. Plus maintenant. Les digues taient fragiles et s'il se laissait aller, des milliers d'images viendraient lui ravager la tte. Sa mm, il ne l'avait jamais vue autre part que dans cette maison. Au jardin, le matin, dans sa cuisine le reste du temps et assise auprs de son lit, le soir...
Quand il tait enfant, il souffrait d'insomnie, cauchemardait, hurlait, l'appelait et lui soutenait que lorsqu'elle fermait la porte, ses jambes partaient dans un trou et qu'il devait s'accrocher aux barreaux du lit pour ne pas les suivre. Toutes les institutrices lui avaient suggr de consulter un psychologue, les voisines hochaient la tte gravement et lui conseillaient plutt de le mener au rebouteux pour qu'il lui remette les nerfs en place. Quant son mari, lui, il voulait l'empcher de monter. C'est toi qui nous le gtes ! il disait, c'est toi qui le dtraques ce gamin ! Bon sang, t'as qu' moins l'aimer aussi ! T'as qu' le laisser chialer un moment, d'abord y pissera moins et tu verras qu'y s'endormira quand mme...
Elle disait oui oui gentiment tout le monde mais n'coutait personne. Elle lui prparait un verre de lait chaud sucr avec un peu d'eau de fleur d'oranger, lui soutenait la tte pendant qu'il buvait et s'asseyait sur une chaise. L, tu vois, juste ct. Elle croisait les bras, soupirait et s'assoupissait avec lui. Avant lui souvent. Ce n'tait pas grave, tant qu'elle tait l, a allait. Il pouvait allonger ses jambes...
Je te prviens, y a plus d'eau chaude... lcha Franck.
Ah, c'est ennuyeux... Je suis confus, tu...
Mais arrte de t'excuser, merde ! C'est moi qui l'ai vid le ballon, OK ? C'est moi. Alors t'excuse pas !
Pardon, je croyais que...
Oh, et puis tu fais chier la fin, si tu veux toujours faire la carpette, c'est ton problme aprs tout...
Il quitta la pice et alla repasser sa tenue. Il fallait absolument qu'il se rachte des vestes parce qu'il n'arrivait plus assurer un bon roulement. Il n'avait pas le temps. Jamais le temps. Jamais le temps de rien faire, merde !
Il n'avait qu'un jour de libre par semaine, il n'allait quand mme pas le passer dans une maison de vieux Ptaouchnoque, regarder sa grand-mre chialer !