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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Il me r�pondit:

�Dieu p�trit la mer. Nous sommes perdus. J'entends craquer les ma�tres couples du navire� Ils ne doivent point se r�v�ler puisqu'ils sont cadres et armatures. Ainsi des assises du globe auxquelles nous confions nos maisons et la procession d'oliviers et la tendresse des moutons de laine qui m�chent lentement l'herbe de Dieu dans le soir. Il est bon de s'occuper des oliviers, des moutons et du repas et de l'amour dans la maison. Mais il est mauvais que le cadre m�me nous tourmente. Que ce qui �tait fait redevienne ouvrage. Voici qu'ici ce qui doit se taire prend la parole. Qu'allons-nous devenir si les montagnes balbutient? J'ai entendu, moi, ce balbutiement et ne saurais plus l'oublier�

��Quel balbutiement? lui demandai-je.

��Seigneur, j'habitais autrefois un village b�ti sur le dos rassurant d'une colline, bien plant� dans la terre et son ciel, un village �tabli pour durer et qui durait. Une usure merveilleuse luisait sur la margelle de nos puits, sur la pierre de nos seuils, sur l'�paulement courbe de nos fontaines. Mais voici qu'une nuit quelque chose se r�veilla dans notre assise souterraine. Nous compr�mes que sous nos pieds la terre recommen�ait de vivre et de se p�trir. Ce qui �tait fait redevenait ouvrage. Et nous e�mes peur. Nous e�mes peur non tant pour nous-m�mes que pour l'objet de nos efforts. Pour ce contre quoi nous nous �changions au cours de la vie. J'�tais, moi, ciseleur et j'eus peur pour la grande aigui�re d'argent, � laquelle depuis deux ann�es je travaillais. Contre laquelle j'avais �chang� deux ann�es de veilles. L'autre tremblait pour ses tapis de haute laine qu'il avait tiss�s dans la joie. Chaque jour il les d�roulait au soleil. Il �tait fier d'avoir �chang� quelque chose de sa chair racornie contre cette vague qui paraissait d'abord profonde. Un autre eut peur pour les oliviers qu'il avait plant�s. Et je pr�tends qu'aucun d'entre nous ne craignait la mort, mais tous nous tremblions pour de petits objets stupides. Nous d�couvrions que la vie n'a de sens que si on l'�change peu � peu. La mort du jardinier n'est rien qui l�se un arbre. Mais si tu menaces l'arbre, alors meurt deux fois le jardinier. Et il y avait parmi nous un vieux conteur qui connaissait les plus beaux contes du d�sert. Et qui les avait embellis. Et qui �tait seul � les conna�tre n'ayant point de fils. Et tandis que la terre commen�ait de glisser il tremblait pour de pauvres contes qui jamais plus ne seraient chant�s par personne. Mais la terre continuait de vivre et de se p�trir et une grande mar�e ocre commen�ait de se former et de descendre. Et que veux-tu que l'on �change de soi pour embellir une mar�e mouvante qui se retourne lentement et avale tout? Que b�tir sur ce mouvement? �Sous la pes�e les maisons viraient lentement et sous l'effet d'une torsion presque invisible les poutres �clataient brusquement comme des barils de poudre noire. Ou bien les murs commen�aient de trembler jusqu'� brusquement se r�pandre. Et ceux d'entre nous qui survivaient perdaient leur signification. Sauf le conteur devenu fou et qui chantait.

�O� nous emportes-tu? Ce navire sombrera avec le fruit de nos efforts. Dehors je sens que le temps coule en vain. Je sens le temps qui coule. Il ne doit point couler ainsi, sensible, mais durcir et m�rir et vieillir. Il doit ramasser peu � peu l'ouvrage. Mais que durcit-il, d�sormais, qui vienne de nous et qui restera?�

VI

Et je m'en fus parmi mon peuple songeant � l'�change qui n'est plus possible lorsque rien de stable ne dure � travers les g�n�rations, et au temps qui coule alors, inutile, comme un sablier. Et je songeais: cette demeure n'est point assez vaste et l'�uvre contre laquelle il s'�change n'est point assez durable encore. Et je songeais aux pharaons qui se firent b�tir de grands mausol�es indestructibles et anguleux et qui avancent dans l'oc�an du temps qui les use lentement en poussi�re. Je songeais aux grands sables vierges des caravanes dont quelquefois �merge un temple d'autrefois, � demi sombr� et comme d�m�t� d�j� par l'invisible temp�te bleue, voguant encore � demi, mais condamn�. Et je songeais: il n'est point assez durable, ce temple avec sa charge de dorures et d'objets pr�cieux qui ont co�t� de longues vies humaines, avec ce miel enferm� de tant de g�n�rations, avec ces filigranes d'or, ces dorures sacerdotales contre lesquelles de vieux artisans se sont lentement �chang�s et ces nappes brod�es sur lesquelles des vieilles tout au long de leur vie se sont lentement br�l� les yeux, et, une fois racornies, toussotantes, �branl�es d�j� par la mort, ont laiss� d'elles cette tra�ne royale. Cette prairie qui se d�roule. Et ceux qui l'aper�oivent aujourd'hui se disent: �Qu'elle est belle, cette broderie! Qu'elle est donc belle�� Et je d�couvre que ces vieilles ont fil� leur soie dans leur m�tamorphose. Ne se sachant point aussi merveilleuses.

Mais il faut b�tir le grand caisson pour recevoir ce qui restera d'eux. Et le v�hicule pour l'emporter. Car, moi, je respecte d'abord ce qui dure plus que les hommes. Et sauve ainsi le sens de leurs �changes. Et constitue le grand tabernacle auquel ils confient tout d'eux-m�mes.

Ainsi je les retrouve encore, ces lents navires dans le d�sert. Poursuivant encore leur voyage. Et j'ai appris ceci qui est essentieclass="underline" � savoir qu'il importe de b�tir d'abord le navire et de harnacher la caravane et de construire le temple qui dure plus que l'homme. Et d�sormais les voil� qui s'�changent dans la joie contre plus pr�cieux qu'eux-m�mes. Et naissent les peintres, les sculpteurs, les graveurs et les ciseleurs. Mais n'esp�re rien de l'homme s'il travaille pour sa propre vie et non pour son �ternit�. Car c'est alors bien inutilement que je leur enseignerais l'architecture et ses r�gles. S'ils se b�tissent des maisons pour y vivre � quoi bon �changer leur vie contre leur maison? Puisque cette maison doit servir leur vie et rien d'autre. Et ils disent utile leur maison et ils ne la consid�rent point pour elle-m�me mais pour sa seule commodit�.

Elle les sert et ils s'y occupent � s'enrichir. Mais ils meurent d�pouill�s car ils ne laissent d'eux ni la nappe brod�e ni la dorure sacerdotale � l'abri d'un navire de pierre. Sollicit�s de s'�changer, ils ont voulu �tre servis. Et quand ils s'en vont il n'est plus rien.

C'est ainsi que me promenant parmi ceux de mon peuple dans le delta du soir, o� tout se d�fait, je les ai consid�r�s dans leurs vieux v�tements frip�s sur le seuil de leurs humbles �choppes, se d�lassant de leur activit� d'abeilles, et je m'int�ressais moins � eux qu'� la perfection du g�teau de miel auquel ils avaient tout le long du jour collabor�. Et je m�ditais devant l'un d'entre eux qui �tait aveugle et qui avait de plus perdu sa jambe. Si vieux, si moribond, tout geignant comme un vieux meuble chaque fois qu'il se remuait et qui r�pondait lentement car il �tait tr�s vieux en �ge et perdait la clart� des mots, mais qui devenait de plus en plus lumineux et clair et compr�hensif dans l'objet m�me de son �change. Car de ses mains tremblantes il ajoutait encore son travail devenu �lixir de plus en plus subtil. Et lui, s'�vadant si merveilleusement de sa vieille chair racornie, devenait de plus en plus heureux, de plus en plus inattaquable. De plus en plus imp�rissable. Et, mourant, ne le savait point, les mains pleines d'�toiles�

Ainsi ont-ils travaill� toute leur vie pour un enrichiss�ment sans usage, tout entiers �chang�s contre l'incorruptible broderie� n'ayant accord� qu'une part du travail pour l'usage et toutes autres parts pour la ciselure, 1'inutile qualit� du m�tal, la perfection du

dessin, la douceur de la courbe, lesquelles n� servent � rien sinon � recevoir la part �chang�e et qui dure plus que la chair.

Ainsi vais-je le soir � pas lents parmi mon peuple et l'enfermant dans le silence de mon amour. Inquiet de ceux-l� seuls qui br�lent d'une vaine lumi�re, po�te plein de l'amour des po�mes mais qui n'�crit point le sien, femme amoureuse de l'amour mais qui, ne sachant choisir, ne peut devenir, tous pleins d'angoisse, sachant que je les gu�rirais de cette angoisse si je leur permettais ce don qui exige sacrifice et choix et oubli de l'univers. Car telle fleur est un refus d'abord de toutes les autres fleurs. Et cependant � cette condition seulement elle est belle. Ainsi de l'objet de l'�change. Et l'insens� qui � cette vieille vient reprocher sa broderie, sous pr�texte qu'elle e�t pu tisser autre chose, pr�f�re donc le n�ant � la cr�ation. Ainsi je vais, et je sens monter la pri�re sur les odeurs du campement o� tout m�rit et se forme en silence, lentement, sans presque que l'on y songe. C'est dans le temps que baignent d'abord, pour devenir, le fruit, la broderie ou la fleur.

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