Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
1 ... 111 112 113 114 115 116 117 118 119 ... 131
Перейти на страницу:

Ainsi de l'amour. Si mon cracheur d'encre me le c�l�bre dans sa pl�nitude universelle, qu'en conna�trai-je? Mais telle qui est particuli�re m'ouvre un chemin. Elle parle ainsi, non autrement. Son sourire est tel, non un autre. Nulle ne lui ressemble. Et voici cependant que, le soir, si je m'accoude � ma fen�tre, loin de buter contre le mur particulier, c'est Dieu qu'il me semble que je d�couvre. Car il te faut des sentiers v�ritables, avec telles inflexions, telle couleur de la terre, et tels �glantiers sur les bords. Alors seulement tu vas quelque part. Qui meurt de soif fait des pas de r�ve vers les fontaines. Mais il meurt.

Ainsi de ma piti�. Te voil� qui d�clames sur les tortures d'enfants et tu me surprends � b�iller. Mais tu ne m'as conduit nulle part. Tu me dis: �Tel naufrage a noy� dix enfants��, mais je ne comprends rien � l'arithm�tique et ne pleurerai pas deux fois plus fort si le nombre est deux fois plus grand. D'ailleurs, bien qu'ils soient morts par centaines de milliers depuis l'origine de l'empire, il t'arrive de go�ter la vie et d'�tre heureux.

Mais je pleurerai sur tel si tu peux me conduire � lui par le sentier particulier, et, de m�me qu'� travers telle fleur j'acc�de aux fleurs, il se trouve qu'� travers lui je retrouverai tous les enfants, pleurerai, et non seulement sur tous les enfants mais sur tous les hommes.

Tu m'as un jour racont� celui-l�, le tachu, le boiteux, l'humili�, et que ha�ssaient ceux du village, car il y vivait en parasite, abandonn�, venu un soir d'on ne sait o�.

On lui criait:

�Tu es vermine de notre beau village. Tu es champignon sur notre racine!�

Mais, le rencontrant, tu lui disais:

�Toi, le tachu, tu n'as donc point de p�re?�

Et il ne r�pondait pas.

Ou bien, car il n'avait d'amis que les b�tes ou les arbres:

�Pourquoi ne joues-tu point avec les gar�ons de ton �ge?�

Et il haussait les �paules sans te r�pondre. Car ceux de son �ge lui lan�aient des pierres, vu qu'il boitait et qu'il venait de loin, o� tout est mal.

S'il se hasardait vers les jeux, les beaux gar�ons, les mieux taill�s se campaient devant lui:

�Tu marches comme un crabe et ton village t'a vomi! tu enlaidis le n�tre! c'�tait un beau village, marchant bien droit!�

Alors tu le voyais qui faisait simplement demi-tour et s'�loignait, tirant la jambe.

Tu lui disais, si tu le rencontrais:

�Toi, le tachu, tu n'as donc point de m�re?�

Mais il ne te r�pondait pas. Il te regardait, le temps d'un �clair, et rougissait.

Cependant, comme tu l'imaginais amer et triste, tu ne comprenais point sa douceur tranquille. Ainsi �tait-il. Tel et non un autre.

Vint le soir o� ceux du village le voulurent chasser � coups de b�ton:

�Cette graine de boiterie, qu'elle s'en aille se planter ailleurs!�

Tu lui dis alors, l'ayant prot�g�:

�Toi, le tachu, tu n'as donc point de fr�re?�

Alors son visage s'illumina, et il te regarda droit dans les yeux:

�Oui! j'ai un fr�re!�

Et tout rouge d'orgueil il te raconta le fr�re a�n�, tel fr�re, et non un autre.

Capitaine quelque part dans l'empire. Dont le cheval �tait de telle couleur, et non d'une autre, et sur lequel il fut pris en croupe, lui le boiteux, lui le tachu, un jour de gloire. Tel jour et non un autre. Et une fois encore r�appara�trait le fr�re a�n�. Et ce fr�re a�n� le prendrait encore en croupe, lui le tachu, lui le boiteux, � la face du village. �Mais, te disait l'enfant, je lui demanderai cette fois-ci de m'installer au-devant de lui, sur l'encolure, et il voudra bien! Et c'est moi qui regarderai. Et c'est moi qui proposerai: � gauche, � droite, plus vite!.. Pourquoi mon fr�re refuserait-il? Il est content s'il me voit rire. Alors nous serons deux!�

Car il est autre chose qu'objet bancal enlaidi de taches de rousseur. Il est d'autre chose que de soi-m�me et de sa laideur. Il est d'un fr�re. Et il a fait sa promenade en croupe, sur un cheval de guerre, un jour de gloire!

Et vient l'aube du retour. Et l'enfant, tu le trouves assis sur le mur bas, les jambes pendantes Et les autres lui lancent des pierres:

�Eh! toi qui ne sais point courir, bigle de jambes!�

Mais il te regarde et te sourit. Tu es li� � lui par un pacte. Tu es le t�moin de l'infirmit� de ceux-l� qui ne voient en lui que le tachu, que le boiteux, car il est d'un fr�re au cheval de guerre.

Et le fr�re aujourd'hui le lavera de ces crachats et lui fera rempart, de sa gloire, contre les pierres. Et lui le ch�tif sera purifi� par le grand vent d'un cheval au galop. Et l'on ne verra plus sa laideur, car son fr�re est beau. Sera lav�e son humiliation car son fr�re est de joie et de gloire. Et lui le tachu se r�chauffera dans son soleil. Et d�sormais les autres, l'ayant reconnu, l'inviteront � tous leurs jeux: �Toi qui es de ton fr�re, viens courir avec nous� tu es beau en ton fr�re.� Et il priera son fr�re de les faire monter eux aussi, tour � tour, sur l'encolure de son cheval de guerre, afin qu'ils soient, � leur tour, abreuv�s de vent. Il ne saurait tenir rigueur � ce petit peuple de son ignorance. Il les aimera et leur dira: �A chaque retour de mon fr�re je vous r�unirai et il vous racontera ses batailles�� Donc il se serre contre toi car tu sais. Et en toi il n'est point si difforme, car tu vois son fr�re a�n� au travers.

Mais tu venais lui dire d'oublier qu'il est un paradis et une r�demption et un soleil. Tu venais le priver de l'armure qui le faisait courageux sous les pierres. Tu venais le soumettre � sa boue. Tu venais lui dire: �Mon petit d'homme, cherche autrement � exister, car il n'est point � esp�rer de promenade en croupe sur un cheval de guerre.� Et comment lui annoncerais-tu que son fr�re a �t� chass� de l'arm�e, qu'il s'achemine honteux vers le village, et qu'il boite si bas, sur la route, qu'on lui jette des pierres?

Et si, maintenant, tu me dis:

�Je l'ai moi-m�me d�senseveli, mort, de la mare o� il se noya, car il ne pouvait plus vivre, faute de soleil��

Alors je pleurerai sur la mis�re des hommes. Et, par la gr�ce de tel visage tachu, non d'un autre, de tel cheval de guerre, non d'un autre, de telle promenade en croupe un jour de gloire, et non d'une autre, de telle honte au seuil d'un village, non d'une autre, de telle mare enfin dont tu m'as racont� les canards et la pauvre lessive qui s�chait sur les bords, voici que je rencontre Dieu, tant va loin ma piti� au travers des hommes, car tu m'as guid� sur le v�ritable sentier en me parlant de cet enfant-ci et non d'un autre.

Ne cherche point d'abord une lumi�re qui soit un objet parmi des objets, celle du temple couronne les pierres.

C'est en graissant ton fusil avec respect et pour le fusil et pour la graisse, c'est en comptant tes pas sur le chemin de ronde, c'est en saluant ton caporal pour le caporal et pour le salut, que tu pr�pares en toi l'illumination de la sentinelle � c'est en poussant tes pi�ces d'�checs dans le s�rieux des conventions du jeu d'�checs, c'est en rougissant de col�re si ton adversaire triche avec la r�gle, que tu pr�pares en toi l'illumination du vainqueur d'�checs. C'est en sanglant tes b�tes, c'est en grognant contre la soif, c'est en maudissant les vents de sable, c'est en butant et en grelottant et en br�lant que � sous la condition que tu demeures fid�le non au path�tique des ailes qui n'est que fausse po�sie � l'�tage de la chenille, mais � ta fonction de chaque instant � tu peux pr�tendre � l'illumination du p�lerin qui sentira plus tard qu'il a fait le pas de miracle aux soudains battements de son c�ur.

Le pouvoir m'a �t� refus�, aussi po�tiquement que je te parlasse d'elle, de d�verrouiller tes joies en r�serve. Mais j'ai pu t'aider � l'�tage des mat�riaux. Je t'ai parl� sur l'entretien des puits, sur la gu�rison des ampoules des paumes, sur la g�om�trie des �toiles, comme tout aussi bien sur les n�uds des cordes, quand une de tes caisses glissait de travers. Afin qu'il chant�t leur cantique je t'ai convoqu� celui-l� qui, avant de se faire chamelier, ayant quinze ann�es durant navigu� sur mer, n'e�t point trouv� dans l'arrangement des bouquets de fleurs, comme dans l'art des parures de danseuses, source de po�sie plus exaltante. Il est des n�uds qui t'amarrent un navire, et qu'un doigt d'enfant fait s'�vanouir rien qu'en les fr�lant. D'autres qui paraissent plus simples que l'ondulation du cou d'un cygne, mais tu peux soumettre l'un d'eux � ton camarade, et parier contre sa victoire. Et, s'il tient le pari, tu n'as plus qu'� bien t'installer pour rire � ton aise, car de tels n�uds rendent furieux. Et mon professeur n'oubliait pas, dans la perfection de ses connaissances, bien qu'il f�t borgne, d�vi� de nez et exag�r�ment bancal, les boucles fr�les dont il convient que tu fleurisses le pr�sent pour la bien-aim�e. La r�ussite n'�tant parfaite qu'� condition que la bien-aim�e te les puisse d�nouer du geste m�me qui cueille les fleurs. �Alors, te disait-il, ton pr�sent enfin l'�merveille et elle pousse un cri!� Et tu fermais les yeux tant il �tait difforme, quand il mimait le cri d'amour.

1 ... 111 112 113 114 115 116 117 118 119 ... 131
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)