Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
La critique ne ménage pas de Funès. De partout, ou presque, on s’interroge sur cet « Avare de Funesque ». On se demande bien pourquoi il s’est embarqué dans cette galère. Dans Le Canard enchaîné[587], on écrit que « tantôt d’indigentes pitreries amènent à le surnommer Harpacon » ; Fabienne Pascaud dans Télérama[588] note que « le gendarme de Saint-Tropez s’est simplement costumé » ; un auteur anonyme (!) dans L’Humanité Dimanche[589] écrit qu’il s’agit d’un « ratage, pour une raison toute simple : la comédie moliéresque est chose trop sérieuse pour être confiée à des comiques ». Et tout le problème est bien là ! Pourquoi un comédien trop souvent cantonné dans des rôles de pitres n’aurait-il pas eu le droit de tenter un semblable pari ? Pourquoi vouloir à tout prix refuser qu’un comédien français change d’étiquette ? L’attitude de la critique ressemble étrangement à celle qu’elle eut à l’égard de Fernand Raynaud jouant Le Bourgeois gentilhomme[590], ou Raimu, Le Malade imaginaire à la Comédie-Française en 1944. Louis est touché à vif par cette volée de bois vert. Il en conçoit une juste amertume et pourtant, comme pour prouver que lui, le comique, le grimacier, a son mot à dire dans le monde des classiques, il annonce qu’il va s’attaquer à « Monsieur Jourdain » qui est, selon lui, l’expression de la bêtise humaine ! Pour sa part, le public ne boude pas son plaisir. Ils sont environ 140 000 en première semaine à le remercier ; soit 15 000 de plus que pour Le Gendarme et les extra-terrestres ! Au final, L’Avare de Louis de Funès va flirter avec les 2,5 millions d’entrées et surtout, aujourd’hui encore, on n’hésite pas à projeter des extraits de son film dans les collèges et lycées pour aider les élèves dans leur approche de l’œuvre de Molière. Une jolie revanche sur les critiques dont certains qui l’assassinaient hier parlent, aujourd’hui, de « chef-d’œuvre » dans leurs hebdomadaires de télévision !
Le mauvais accueil de son Avare par une presse voulant s’ériger en donneuse de leçons dans le style « Touche pas à mon Molière ! » le blesse profondément. Pourtant, quelques semaines plus tôt, Louis a vécu un vrai moment de bonheur en recevant le 2 février des mains de Jerry Lewis un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Une distinction qu’il ne pouvait refuser. Contrairement à ce qui a pu être écrit, il n’a pas été nécessaire de le pousser à accepter. Ni Georges Cravenne, fondateur des César du cinéma français en 1976, ni Christian Fechner, ni personne d’autre ne lui a forcé la main. « Comme toujours, on a écrit un tas d’âneries sur cette histoire, souligne Patrick de Funès[591]. Il en était d’autant plus heureux qu’il avait beaucoup d’admiration pour Jerry Lewis et croyez-moi, il y est allé de bon cœur. » Ce 2 février 1980, la cérémonie, présidée par Jean Marais, égrène ses récompenses. Meilleur acteur : Claude Brasseur ; meilleure actrice : Miou-Miou ; meilleur second rôle : Jean Bouise, etc. Après quelques mots prononcés par Kirk Douglas invitant Jerry Lewis à entrer en scène et sur une musique donnée par l’orchestre dirigé par Michel Legrand apparaît à pas lents Louis de Funès. Mort de trac et sous les applaudissements, il est immédiatement mis dans l’ambiance par un Jerry Lewis l’embrassant sur la bouche ! Son parrain commence par lui dire : « Louis… c’est pour moi un vrai plaisir de vous remettre cette récompense », avant de faire le clown et d’achever son numéro par : « Alors… je vous le remets… et mon Dieu que c’est sacrément lourd ! » Louis bredouille quelques mots, esquisse quelques mimiques avant de regagner son fauteuil à côté de celui de Jeanne qui peine à retenir ses larmes pendant qu’on projette un court extrait de L’Avare.
Le lendemain, Louis a retrouvé son havre de paix breton et c’est là qu’il lira impuissant les articles lui reprochant de s’être fourvoyé dans cette « galère ». Peut-être se remémore-t-il ce qu’un jour Fernandel lui avait dit : « Faites attention aux classiques, moi je ne veux pas y toucher, car je sais qu’on m’attend au tournant. » Mais à Clermont, il pense déjà à son prochain film. Ce ne sont pas de vilaines critiques qui vont l’arrêter. Il cherche un sujet et c’est Patrick qui va le lui offrir. Plus justement, son fils lui parle d’un auteur dont il vient d’apprécier les talents. Son nom : René Fallet. Ce fils de cheminot né à Villeneuve-Saint-Georges a publié son premier roman, Banlieue sud-est, en 1947 à l’âge de 19 ans. Plusieurs de ses ouvrages, comme Les Vieux de la vieille, Paris au mois d’août ou Un idiot à Paris ont été adaptés au cinéma. Louis n’a jamais rien lu de ce René Fallet mais il croit Patrick sur parole, d’autant que son fils lui sert de lecteur. « Mon père ne lisait pas beaucoup en dehors de ses livres de chevet, témoigne Patrick de Funès[592]. Il disait qu’il ne voulait pas trop lire afin de ne pas passer pour un intellectuel. Alors, je le tenais régulièrement au courant de mes découvertes. Une fois, j’ai même fait une gaffe en lui parlant de Sébastien Japrisot[593]. Ils se sont rencontrés lors d’un déjeuner où Japrisot l’a accueilli d’un “Vous savez que vous me faites beaucoup d’honneur alors que je vous ai envoyé plusieurs scénarios et que vous ne m’avez jamais répondu !” Je ne sais pas comment mon père s’y est pris pour s’excuser mais ils se sont quittés bons amis. Mais cette fois-là, avec René Fallet, ils ont tout de suite sympathisé. » Fallet vient de publier La Soupe aux choux qui lui a valu le prix Rabelais et le prix RTL Grand Public. Sans perdre un instant, Louis se plonge dans la lecture de cette histoire où deux paysans solitaires, le Glaude et le Bombé, passent leur temps à boire et à manger quand une nuit une soucoupe volante atterrit dans le champ de l’un d’eux. En surgit un extra-terrestre qui se rend chez le Glaude, lequel le baptise aussitôt la Denrée. Le « Martien » et le paysan s’entendant à merveille, le Glaude lui fait goûter sa « soupe aux choux », que la Denrée s’empresse de faire découvrir aux habitants de sa planète. Le lendemain, le Bombé raconte au village que le Glaude a vu une soucoupe volante et, bien évidemment, personne ne le croit. Quelque temps plus tard, la Denrée refait son apparition et ressuscite Francine, la femme du Glaude, alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années. Francine fait la connaissance des jeunes du pays et quitte le Glaude pour un garçon de son âge. La soupe aux choux ayant fait sensation sur sa planète, la Denrée propose au Glaude de partir avec lui dans sa soucoupe. D’abord réticent, il finit par accepter, emmenant avec lui le Bombé. Ce récit séduit immédiatement de Funès, qui y voit une fable à la fois moderne et surréaliste. Il en informe rapidement Christian Fechner, qui en acquiert les droits d’adaptation. Louis demande à son « vieux » complice Jean Halain de l’aider à en peaufiner le scénario et les dialogues.
587
Daté du 17 février 1980.
588
Article daté du 12 mars 1980.
589
Ibid.
590
Dans une mise en scène de Jean-Pierre Darras et joué au Théâtre Hébertot en 1962, Le Bourgeois gentilhomme version Fernand Raynaud dut quitter l’affiche avant la centième représentation.
591
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.
592
Ibid.
593
Auteur notamment de L’Été meurtrier (1978) et de Adieu l’ami (1968) portés eux aussi à l’écran.