Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Sitôt ce tournage terminé, Louis regagne Le Cellier pour travailler d’arrache-pied à son nouveau projet : mettre en images, avec la complicité de Jean Girault, L’Avare de Molière. Il sait l’entreprise un peu folle mais Christian Fechner partage son envie — contrairement aux chaînes de télévision qui ne lui offrent qu’un budget dérisoire — et lui donne les coudées franches pour qu’il jouisse d’une tranquillité absolue pendant une année. Le 31 janvier 1979, Le Gendarme et les extra-terrestres affronte l’avis des spectateurs. Gérard Beytout n’a pas lésiné sur les moyens financiers pour faire la promotion de ce cinquième opus. Et le résultat est là. C’est un nouveau triomphe même si nombre de critiques parlent de « travail bâclé ». Le public aime rire aux nouvelles facéties de Cruchot, d’autant qu’il est privé de télévision en raison d’une grève à l’O.R.T.F. qui s’enlise. Ils sont des milliers à prendre d’assaut les salles de cinéma. Dans certaines villes de province aux dimanches tristes, on se bouscule, on se bat et on se blesse. Les portes vitrées de plusieurs cinémas cèdent devant la pression populaire.
Louis ne s’en étonne pas plus que cela, d’autant que cette année 1979 lui réserve l’honneur d’être l’objet de la prochaine publication d’un livre sur sa « vie et sa carrière » signé du fidèle Robert Chazal. Il n’a pas souhaité participer à sa rédaction, mais il ne cache pas sa fierté à ses proches. « Oui, il en était très heureux, confirme Patrick de Funès[577]. C’était pour lui comme la reconnaissance de son travail et de toutes ses années au service du public. Et puis, comme il connaissait bien Chazal, il était certain de ne pas être trahi et de ne pas y lire des choses trop intimes. » Un honneur. Un bonheur qui en cache un autre à venir, mais qu’il tient secret. Faut-il s’en étonner, chez cet homme pour qui la pudeur est une seconde nature ?
22.
Julia et l’honnête homme
Le 4 mars 1979 tombe un dimanche. Un dimanche pas comme les autres pour Jeanne et Louis de Funès. Un dimanche de joie. Un dimanche qui, à 14 h 10, voit s’éveiller au jour une petite fille à l’Hôtel-Dieu. Ses parents, Olivier et Dominique, ont choisi de la prénommer Julia. Un petit baigneur aux yeux clairs et au sourire radieux qui déjà illumine les jours et les nuits de son grand-père. Si Julia toussote, Louis s’enrhume. Il ne passera jamais plus une soirée sans prendre de ses nouvelles. Quand Julia est au Cellier, il lui donne le biberon. Plus tard, il va lui apprendre à faire du vélo, à aimer la nature, à ne pas avoir peur des poules. « À la naissance de notre fille, raconte Olivier de Funès[578], il voulut agrandir le poulailler et installer des clapiers à lapin, afin que la petite côtoie des animaux et mange des œufs biologiques. Lorsqu’elle fut en âge de marcher, il l’emmenait dire bonjour aux lapins en inventant toutes sortes d’histoires. Il lui soutenait que certains d’entre eux lui parlaient. » Véritable grand-père gâteau, Louis l’initie aux beautés des plantes, des arbres, des fleurs. Il lui fait écouter les chants des oiseaux. Grand-père gâteau, mais aussi grand-père vigilant et soucieux qu’elle reçoive une bonne éducation. « Julia n’avait pas tous les droits, précise encore Olivier de Funès[579]. Il lui arrivait de la disputer gentiment mais fermement. Il voulait qu’elle se tienne bien et, surtout, qu’elle n’ennuie pas les autres enfants de son âge. Ce n’était pas un grand-père permissif. Il l’adorait, mais il ne cédait pas à tous ses caprices. » En compagnie de Dominique, Julia est chez ses grands-parents, le métier de son père l’obligeant à de nombreux déplacements. « J’ai donc pas mal vécu chez eux, se souvient Julia de Funès[580]. Avec moi, il était drôle, attentif. Un grand-père parfait. Lorsque je ne dormais pas chez lui, il m’appelait tous les soirs pour me raconter une histoire au téléphone. C’étaient des comptines qu’il inventait du début à la fin. J’éclatais de rire quand il imitait les animaux », en ajoutant qu’au château « il me faisait rire en gesticulant comme dans ses films[581] ». Louis de Funès, un grand-père de rêve qui, tout en chérissant « le grand amour de sa vie », comme il aime à le dire, n’en oublie pas pour autant de passer de longues heures à lire et à relire L’Avare de Molière.
Louis sait parfaitement qu’Harpagon n’est pas un personnage amusant mais plutôt le personnage heureux d’une farce horrible. Son amour de l’argent, cette passion dévorante, aveuglante, le conduit même à sacrifier ses enfants, Élise et Cléante, qui vivent dans le dénuement malgré la richesse immense de leur père. Il destine sa fille à son voisin Anselme sur l’argument irréfutable que ce dernier la prend « sans dot », et s’apprête lui-même à épouser Marianne, dont Cléante est épris. Amasser l’argent est son seul plaisir, l’objet de toute son attention et de son inquiétude alors qu’il ne songe jamais à en jouir. Lorsqu’on lui dérobe son trésor, sa fameuse cassette, Harpagon voit sa vie s’écrouler. Il court, rit, danse et il ne fait que fêter son argent et c’est justement ce qui intéresse Louis. Comment une névrose comme l’avarice peut-elle provoquer une telle folie ? Il veut montrer en toute humilité et sans la moindre prétention comment cet homme devient fou au point de se laisser aller à des crises de panique en sautant à pieds joints et en se roulant par terre. Pour lui, c’est cela qui est drôle. De Funès ne veut pas faire d’Harpagon un « monstre » mais un homme en proie à son délire de la soif de l’or en le rendant ridicule, grotesque et pathétique. Un enjeu ambitieux.
577
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.
578
Op. cit., p. 258.
579
Témoignage d’Olivier de Funès à l’auteur.
580
Julia de Funès à Philippe Callewaert in France Dimanche daté du 23 juillet 2010.
581
Julia de Funès à Christophe Chanson in Télé Top Matin daté du 4 avril 2010.