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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Un succès de plus pour Louis qui peut passer à autre chose et en particulier à son futur gendarme en s’isolant en son château. Il pense ne pas y être importuné. Seulement, c’est compter sans Annie Girardot qui ne cesse de vouloir le joindre au téléphone. « Avec Louis, la séparation est brutale, terrible, écrit-elle[567]. Du jour au lendemain, plus de nouvelles. Impossible de lui parler. Quand Louis ne tourne plus, il disparaît, sa vie privée le tient éloigné de la scène. […] À chacune de mes tentatives, je me casse les dents sur le cerbère du téléphone. Louis n’est pas là, il est occupé, en rendez-vous, sur ses terres, dans son château, il me rappellera…  » Elle veut l’entretenir d’un projet basé sur l’histoire authentique d’un homme emprisonné pour faute militaire en 1914 et qu’on a oublié de relâcher. Libéré cinquante ans plus tard, il demande à revenir en prison ne supportant pas les bruits de la rue ! Pourquoi Louis refuse-t-il de lui parler ? « N’avait-il pas compris que je l’aimais ?[568] » s’interroge encore Annie Girardot. Il semble bien pourtant que Louis de Funès s’en doute. « C’était infernal, témoigne Patrick de Funès[569]. Elle le harcelait et mon père avait donné des ordres pour qu’on dise à chaque fois qu’elle appelait qu’il n’était pas là. Il en était arrivé à ne plus répondre au téléphone lui-même. Au bout de quelques semaines, elle a fini par se lasser.  » Louis de Funès doit donc se gendarmer pour couper court à cette situation qui est loin d’être à son goût. Il déteste qu’on lui coure aux fesses. C’est un homme fidèle à son épouse et nullement intéressé par des aventures extraconjugales. Il semble pourtant, à en croire Annie Girardot, qu’elle ne lui était pas indifférente. « La dernière fois que j’ai rencontré Macha Béranger, une amie intime de Louis, écrit-elle encore[570], la conversation est revenue sur lui. Avant de partir, elle m’a retenue un instant par le bras : “Vous savez, Annie, il vous aimait, il vous aimait par-dessus tout…”.  » Possible. Mais pas de cette façon.

Cet épisode contrariant ne l’empêche pas de mettre son bon grain de sel dans l’élaboration du prochain Gendarme en suggérant à Beytout de trouver le moyen d’y introduire une soucoupe volante aussi spectaculaire et inquiétante que celle de Spielberg ! Il veut aussi être entouré des mêmes comédiens et comédiennes qu’à l’habitude excepté Jean Lefebvre. Il a eu tout le loisir d’observer Maurice Risch lors du tournage de La Zizanie pour être convaincu qu’il fera un Fougasse tout aussi acceptable en le rebaptisant Beaupied. Claude Gensac donne son accord même si elle doit jouer au Théâtre de la Ville dans La Maison des cœurs brisés de George Bernard Shaw sous la direction de Jean Mercure qu’elle se fait fort de convaincre de lui accorder quelques jours de congé. En revanche, Christian Marin décline poliment l’offre d’être une fois de plus Merlot au motif qu’il a accepté de créer La Culotte de Jean Anouilh au Théâtre de l’Atelier, avouant plus tard : « J’en avais fait quatre et je me disais qu’un cinquième ou un sixième cela tournait en rond. J’avais le sentiment d’en avoir fait le tour.[571] » Cette décision fait le bonheur d’un certain Jean-Pierre Rambal jusque-là cantonné à des panouilles. Michel Galabru ne saurait se faire porter pâle, pas plus que France Rumilly, Michel Modo, Guy Grosso ou Dominique Davray à laquelle il réserve une réplique venant en boucle — « Vous avez dit, elle est forte celle-là !  » — en raison de ses généreuses rondeurs. À cette distribution, faisant confiance à Jean Girault, viennent s’ajouter des débutants à l’unique réplique comme Lambert Wilson en extra-terrestre blond vénitien. L’architecture de l’histoire tient en quelques phrases : victimes d’aliens prenant l’apparence des humains, les pandores finissent par découvrir qu’ils ne boivent que de l’huile, rouillent au contact de l’eau et surtout que leurs crânes sonnent comme des casseroles. Tout cela avant de les chasser de Saint-Tropez.

Le 15 septembre 1978 tout le monde est à pied d’œuvre dans le Var. Tout le monde sauf Claude Gensac. Jean Mercure vient de lui interdire de s’absenter. Elle est immédiatement remplacée par Maria Mauban[572] dont le rôle est retaillé et réduit à la hâte. Le tournage du Gendarme et les extra-terrestres, écrit « trop vite écrit et tourné trop vite  » selon Louis de Funès[573], se passe dans la meilleure ambiance même si « l’absence de Jean Lefebvre s’est beaucoup fait sentir et cela a nui au résultat final  », comme le souligne France Rumilly[574]. Comme toujours, comédiens et comédiennes sont choyés. On leur laisse de grandes plages de liberté pour profiter des derniers rayons de soleil et de la Méditerranée. Seulement le lundi 9 octobre au matin, la fatalité s’abat sur l’équipe. Non loin de Saint-Tropez, Jean Girault tourne une scène où Josépha au volant d’une Cadillac décapotable doit céder le passage à une Renault 16 venant de sa droite. Tout est parfaitement en place mais, pour une raison inconnue, la cascadeuse perd le contrôle du véhicule. La grosse américaine grimpe sur le trottoir et s’arrête à l’entrée d’un supermarché. Une femme âgée de 80 ans est tuée sur le coup et une dizaine de personnes sont blessées[575]. Le tournage est immédiatement arrêté. L’enquête — confiée au commissariat de police et non aux gendarmes de Saint-Tropez — conclut à un défaut mécanique et non à une imprudence de la cascadeuse. Ce que confirme Louis de Funès à Philippe Bouvard dépêché sur les lieux par le quotidien France-Soir[576] : « Tout montre que la cascadeuse n’est pas responsable de l’accident. On dit qu’elle s’est trompée de pédale. En réalité, il semble bien qu’il s’agisse d’un défaut mécanique. Le même cas s’est produit en Angleterre, mais là-bas sans faire de victimes.  » Philippe Bouvard écrit encore que « tout le plan de travail a été bouleversé par l’accident et Jean Girault, le metteur en scène, a décidé de supprimer la scène de cascade qui s’est terminée tragiquement par le catapultage d’une grosse voiture américaine dans les locaux bondés du magasin Prisunic  ». Il poursuit en assurant que les gendarmes sont soulagés de ne pas avoir à mener l’enquête car « la production avait engagé toutes leurs épouses pour faire de la figuration tandis que, de leur côté, ils organisaient en l’honneur des comédiens un grand méchoui que Brigitte Bardot avait elle-même honoré de sa présence  ». L’engagement de ces femmes de gendarme n’est d’ailleurs pas vraiment du goût de Louis qui affirme : « Je suis contre les figurants bénévoles… Il y a trop de comédiens qui attendent un engagement…  » Il va d’ailleurs mettre un veto à cette idée. Louis, on le sait, veille à tout sauf en ce qui concerne Michel Galabru, sur lequel il ne tarit pas d’éloges : «  C’est un grand, un très grand. Un nouveau Raimu avec, en plus, quelque chose de très jeune dans le regard. S’il le veut, il fera de très grandes choses… et même s’il ne le veut pas… son talent le poussera malgré lui, à coups de pied au cul ! J’ai retrouvé avec lui cette complicité de tous les instants que j’avais avec Bourvil. À ce point-là, le public rit autant de ce qu’il imagine que ce qu’il voit et entend… C’est peut-être ça, en partie, le secret.  » Dans le même article, Louis parle de religion : « Je suis croyant parce que j’ai eu des preuves, pas des visions, non, mais je crois que ceux qui sont partis nous entendent.  » Il assure encore que le meilleur homme politique aujourd’hui « c’est Georges Marchais. Ah ! quel grand comique. C’est pas encore parfait, mais c’est bien. Il a appris à sourire. C’est le meilleur de tous, car il emploie des mots simples, incisifs, il sait taper sur la table, mais il reste encore trop hargneux dans son discours ».

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567

Op. cit., p. 152.

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568

Ibid.

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569

Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.

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570

Op. cit., p. 153.

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571

Christian Marin à Franck et Jérôme in autourdelouisdefunès.fr le 19 janvier 2007.

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572

Le rôle de Josépha dans Le Gendarme et les extra-terrestres fut le dernier que tint Maria Mauban au cinéma.

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573

Louis de Funès in Première, no 24.

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574

Témoignage de France Rumilly à l’auteur.

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575

Un homme de 70 ans sera amputé des deux jambes, avant de décéder quelques jours plus tard.

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576

Article daté du 10 octobre 1978.

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