Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Louis n’a en tête que cette prochaine aventure, au point de rejeter toutes les autres propositions qui lui parviennent quotidiennement. Quand il n’écrit pas, il soigne son jardin et son potager, s’émerveillant du retour des coccinelles, des scarabées dorés dont il dit « c’est un joyau cet insecte car lui il s’occupe des chenilles et des larves de hannetons ». Il se fait encore une toile en regardant aussi bien Les Tricheurs de Marcel Carné, La Loi de Jules Dassin que Jeux interdits de René Clément, sans oublier un bon Charles Chaplin comme au temps de son enfance où au patronage il s’en délectait déjà avant de savourer la mandarine que donnait le curé à chacun des gamins. Louis est en son château et sort rarement. Toutefois, il fait une exception le 19 juin 1980 pour remettre le Prix national de dessins stylisant une œuvre musicale à Angers. Il vient féliciter le lauréat, un collégien de 15 ans, Damien Emeriau. Il apparaît très amaigri et flottant dans son costume croisé. Il est venu par amitié pour le directeur d’une banque coorganisatrice du concours, mais il reste peu de temps. Juste les minutes nécessaires.
Louis ne se montre pas dans les dîners en ville. Il refuse les invitations, au risque de passer pour un ours, un sauvage. Non, il mitonne sa Soupe aux choux avec le plus grand soin, même si, devenu insomniaque, il passe ses nuits à écouter la radio et en particulier France Inter. Entre onze heures et minuit, il apprécie la voix chaude d’une jeune femme animant une émission baptisée Allô Macha. Macha Béranger y écoute les confessions téléphoniques des uns et des autres. Pour lui, cette voix est une présence, un réconfort. Souvent, il lui prend l’envie de l’appeler mais… du désir au hasard… le pas est difficile à franchir. Il aime simplement se laisser bercer par cette voix mélodieuse de la nuit.
Le tournage de La Soupe aux choux est fixé au 1er juillet 1981, dès qu’il en aura choisi tous les protagonistes. Il s’est réservé le rôle du Glaude, confiant celui du Bombé à Jean Carmet[594]. Ils se connaissent depuis bien longtemps et il leur arrive de se croiser à Allonnes. À quelques kilomètres de là, Jean Carmet cultive sa vigne à Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Il n’est pas rare que Louis, le croisant, lui dise en rigolant : « N’oublie pas que nous serons voisins de cimetière ! », car il aimerait bien y reposer[595]. Carmet, comme Louis, a vécu de nombreuses années de vaches maigres, bataillant avec sa compagne, la comédienne Sonia Laroze, pour joindre les deux bouts. « À cette époque, ce n’était pas de tout repos de partager sa vie, dit Sonia Laroze[596]. C’était un homme pittoresque, toujours surprenant, qui détestait partir en vacances, qui me répondait lorsque je lui demandais le matin à quelle heure il pensait rentrer : “Je ne sais pas… je serai peut-être à Caracas ou à Limoges…” Cela m’inquiétait, bien sûr. Mais je peux vous assurer que ce n’était jamais monotone. » Carmet acceptait tous les rôles, même minuscules, qu’on daignait lui proposer avant de se faire un nom en 1976 en campant le sergent Bosselet dans La Victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud. Carmet et Louis se sont croisés pour la première fois chez les Branquignols et ils ont un point commun : ils détestent conduire une automobile[597] ! Jusque-là, personne n’a pensé à les réunir dans un même film en tête d’affiche. L’idée vient de Louis, qui compose le 534 42 92 et l’appelle dans sa maison blanche de Sèvres aux volets peints d’un bleu soutenu, qu’il partage avec Catherine Grello[598]. Sans avoir lu une seule ligne du scénario, Jean Carmet donne son accord, faisant une confiance totale à son « poteau » comme il lui arrivait de l’apostropher quand ils jouaient ensemble Vache de mouche au Pot-aux-Fous en 1951. Un choix validé par Christian Fechner en revanche plus pointilleux sur ceux du jeune comédien et de la jeune comédienne devant être l’un la Denrée et l’autre Francine. Son producteur le pousse à donner sa chance à des acteurs en devenir, même s’ils ne sont guère connus du grand public. Il avance le nom de Jacques Villeret.
À 30 ans, Jacques Villeret est un second rôle qui commence à compter dans le paysage du cinéma français. Il vient de recevoir le césar du meilleur second rôle pour sa prestation dans Robert et Robert de Claude Lelouch. Tout d’abord sceptique, Louis se range à l’avis de Christian Fechner, en prévenant Villeret que ce rôle peut aussi bien doper sa carrière qu’en sonner le glas à l’image de Claude Gensac qui ne parvient pas à se défaire de son étiquette d’« épouse du “gendarme de Saint-Tropez” ». Jacques Villeret accepte d’en prendre le risque et il n’aura pas à le regretter. Pour incarner Francine, Fechner — toujours lui — mise sur la presque inconnue Christine Dejoux, amie de Coluche et formée à l’école des cafés-théâtres, en particulier avec Sotha au Café de la Gare. Les autres comédiens font partie de la « bande à de Funès » : Claude Gensac, Max Montavon et Henri Génès. Tout est donc prêt pour que Jean Girault fasse ses repérages, choisissant de faire construire les fermes du Glaude et du Bombé à Champeaux, un petit village à quelques kilomètres de Brie-Comte-Robert, les intérieurs se tournant dans les studios d’Épinay.
En ce début du printemps 1981, les Français se passionnent pour la prochaine élection présidentielle. On s’amuse de la candidature de Coluche, mais nul n’ignore que tout va se jouer entre Valéry Giscard d’Estaing pour l’U.D.F., Jacques Chirac pour le R.P.R., François Mitterrand pour le P.S. Les autres, comme Georges Marchais pour le PCF ou Arlette Laguiller pour Lutte ouvrière, se contentant de ramasser les miettes. Louis, d’ordinaire discret sur la chose politique, décide pour la première fois de sa vie d’apporter son soutien à Valéry Giscard d’Estaing en assistant même à l’un de ses meetings. Dans sa propre famille, on s’en étonne. « C’était difficile de refuser, dit-il à Patrick[599]. Marcel Dassault a toujours été si gentil avec moi dans Jours de France. Son magazine m’a beaucoup aidé, j’aurais été un ingrat. Et puis, Olivier aime les avions. » Seulement, Louis s’est trompé. Marcel Dassault ne soutient pas Giscard d’Estaing mais Jacques Chirac ! Au soir du 10 mai, il est devant son poste de télévision quand à vingt heures apparaît sur les écrans le visage de François Mitterrand, qui l’emporte avec 51,76 % des suffrages exprimés. Ce soir-là, Louis « était plutôt amusé, raconte Patrick de Funès[600]. François Mitterrand n’était pour lui qu’un mâle chimpanzé qui en avait dégommé un autre dans une lutte fratricide. […] Quant à l’homme, mon père n’aimait pas ce qu’il apercevait “derrière le masque” : du dédain. » Louis est déçu par le résultat mais, le 18 septembre suivant, il sera ravi que le Président fasse voter l’abolition de la peine de mort dont il a toujours été un farouche opposant. Et puis, il est heureux d’avoir rencontré quelques semaines plus tôt Macha Béranger.
La scène se passe dans le grand hall de la Maison de Radio France. Il y est venu pour remettre à Jean Chouquet la médaille de l’ordre du Mérite. Il trouve difficilement les mots — il n’a jamais été un grand orateur —, mais il sait souligner les vertus de son ami, grand homme de la radiodiffusion française. Cet après-midi-là, il en profite pour demander à Chouquet de lui présenter la femme qui parle la nuit. Rien de plus simple : Macha Béranger est parmi les invités, coiffée de l’un de ses inimitables chapeaux. Louis et Macha parlent longuement. Ils se complimentent et se comprennent, au point que Louis accepte de participer aux prochaines émissions nocturnes de Macha qui seront enregistrées l’après-midi. Des confidences qui seront diffusées du 27 juin au 12 décembre 1981 dans le cadre de sa nouvelle émission intitulée Très star la nuit. Cette connivence entre Louis de Funès et Macha Béranger ne va pas tarder à alimenter des rumeurs encore vivaces aujourd’hui. On a dit qu’entre eux il y avait plus que de l’amitié. On a dit qu’ils avaient des rendez-vous secrets à l’hôtel de la Trémouille, voire dans un pavillon de Garches. On a dit que Louis lui avait acheté un appartement. On a écrit, lors de la disparition de Macha Béranger le 26 avril 2009 : « Nul n’ignore la passion du couple illégitime le plus officiel du Tout-Paris de l’époque. Jeanne, la femme de l’acteur, au courant de sa liaison, finit par l’accepter par amour. De Funès, très attaché à sa famille, ne veut pas divorcer. Macha, digne femme de l’ombre, ne lui demande rien. Heureuse de le retrouver dans la suite de l’hôtel Intercontinental, à Paris, que l’acteur loue à l’année. Il la couvre de cadeaux, déposant à ses pieds ces bijoux qu’elle adore. Elle lui offre sa joie de vivre, reconnaissant en cet être tourmenté un de ces “sans-sommeil” qui lui sont chers[601]. » Tout cela est faux. Il n’est d’ailleurs qu’à lire l’ouvrage que publia Macha Béranger, Le Cœur dans l’oreille[602], pour en être convaincu. Elle y parle d’une profonde amitié et de rien d’autre. Il est vrai qu’ils se téléphonaient de temps en temps. Il est vrai qu’il arriva à Louis de l’inviter à venir sur un plateau de cinéma… mais s’il se passa un jour quelque chose entre eux « cela ne pouvait pas aller bien loin, s’insurge Patrick de Funès[603]. Mon père était bourré de médicaments et si, je dis bien si, ils eurent des rapports intimes, cela ne pouvait pas être autre chose que de lui tailler une pipe ou deux. Cette légende de “la dame aux chapeaux”, comme je l’appelle, ne repose que sur des ragots et des malveillances à l’égard de mon père. Toutefois, il me souvient qu’un soir, il l’a déposée au Ritz. Elle l’invita à monter dans sa chambre. Ce qu’il refusa. Quelques jours plus tard, il reçut une note “salée” de cet hôtel. Il se mit dans une colère folle. Macha Béranger lui expliqua qu’il s’agissait d’une erreur de son fils qui avait fait la fête, croyant que c’était mon père qui régalait ! » Qu’on nous permette de mettre fin, une fois pour toutes, à cette supposée « histoire d’amour » qui n’a pour seule origine que des médisants dont on ne pourra jamais connaître l’identité.
594
Contrairement à ce qui a été écrit ici où là, il n’a jamais songé à proposer ce rôle à Jean Lefebvre.
595
Disparu le 20 avril 1994, Jean Carmet sera inhumé au cimetière du Montparnasse.
596
Sonia Laroze à l’auteur. Propos recueillis le 10 mai 1997.
597
Jean Carmet s’était interdit de « piloter » au motif qu’il avait « tendance à confondre circulation en ville et autos tamponneuses », Sonia Laroze à l’auteur.
598
Fille du chansonnier Jacques Grello et dernière compagne de Jean Carmet.
599
Op. cit., p. 210.
600
Ibid.
601
Extrait d’un article paru dans Gala le 4 mai 2009 sous la signature de Frédérique Maupu-Flament.
602
Macha Béranger, Le Cœur dans l’oreille, Éditions Michel Lafon (1997).
603
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.