Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Retour au cinéma et au tournage de cette Soupe aux choux qui se déroule dans les meilleures conditions. Louis de Funès et Jean Carmet s’en donnent à cœur joie. Il leur arrive parfois de faire semblant de s’engueuler, histoire de détendre l’atmosphère ! Louis prend également sous son aile Jacques Villeret et Christine Dejoux, laquelle, tout juste âgée de 28 ans, est impressionnée par son illustre partenaire. « J’avais une trouille bleue, se souvient-elle[604]. Mais, dès notre première rencontre, il s’est montré d’une infinie tendresse. Il me parlait comme si j’avais été sa propre fille. Il m’a prise sous son aile allant même jusqu’à me protéger de certains assistants ou techniciens qui me courtisaient. Dans ce film, sans aucun doute le plus important que j’aie fait, Louis de Funès fut un vrai papa. Coluche m’avait d’ailleurs prévenue en me disant : “Tu verras, c’est un type en or.” Et Michel savait de qui il parlait. Avec Louis de Funès, j’ai beaucoup appris et même mieux. Il a été un formidable professeur dont devraient s’inspirer certains prétentieux affirmant tout savoir. Je ne sais s’il savait tout mais il avait toutes les qualités humaines pour vous aider à donner le maximum de vous-même et sans jamais hausser le ton. » De fait, Louis de Funès met toute son énergie au service de ce film où il est hors de question de trahir René Fallet. « Louis n’est pas un technicien sur le plateau. C’est le directeur d’acteurs, confirme Jean Carmet[605]. Il se promenait partout avec le bouquin de Fallet sous le bras : c’était sa bible ! S’il y avait le moindre problème, il le consultait. […] Il racontait des histoires qui lui sont arrivées ou qu’il connaît et il les racontait tellement bien qu’à la fin vous étiez complètement dans le climat voulu. […] Quant à sa façon à lui de travailler, je ne trahirai rien en disant que j’ai surpris — en lisant par-dessus son épaule ! — certaines des annotations qu’il avait écrites en marge de son scénario : elles faisaient référence à ces gens qu’il a connus ou même à des membres de sa famille. […] Ce sont des choses qui l’aident et c’est grâce à toute cette accumulation d’observations que, souvent, ses personnages trouvent leur existence. […] Chez de Funès, il y a aussi le phénomène de l’œil bleu. Je m’explique. Il tourne une scène. Très bien. Rien à dire. Cette scène, on la voit ensuite aux rushes et d’un seul coup, son œil bleu éclate et la scène prend une autre dimension. D’un seul coup, il se passe quelque chose. […] Pour moi, de Funès, c’est l’un des plus grands comiques du monde. En même temps, c’est quelqu’un qui n’a absolument pas changé par rapport à ce que je connais. Même depuis qu’il est devenu une star. » Un concert d’éloges auquel on pourrait encore ajouter celui des habitants de Champeaux, avec lesquels il aime se retrouver et parler de choses « vraies ». Les tracas des uns ou les malheurs des autres. Là, dans le bistro du village, il n’est plus Louis de Funès mais un homme ordinaire. Il discute avec les hommes du cru qui forcent un peu sur le Ricard alors qu’il sirote un verre d’eau sans jamais leur en faire le moindre reproche. Il les écoute parler fourrage et pâturage, toujours à la recherche d’une astuce pour mieux fortifier son propre jardin. Le caractère authentique de ces « culs-terreux » appelant un chat un chat le console de certains propos parisiens disgracieux, dont il n’a finalement que faire !
Sitôt le tournage de La Soupe aux choux achevé et avant d’en superviser le montage, Louis se calfeutre à Clermont où il découvre un courrier du chanteur et animateur de télévision Guy Béart. L’auteur de L’Eau vive prépare une émission pour la nuit de Noël. Une bouteille lancée à la mer sans espoir de réponse, nombreux étant ceux à lui avoir dit que Louis de Funès était inaccessible. Dans sa lettre, Guy Béart a pris soin de lui expliquer l’idée de son émission où, en compagnie de nombreux artistes, il est question de fêter l’anniversaire de Jésus. À sa grande surprise, Guy Béart reçoit une réponse favorable. « Votre idée est excellente, je suis à vous, quand se voit-on ? » Quelques jours plus tard, il déjeune avec Louis et Jeanne afin de régler les détails. Tourné en trois jours, Le Grand Anniversaire[606] lui donne du baume à l’âme et il accepte même de jouer au piano un paso doble et le fameux O When the Saints Go Marching In entouré de Jean Carmet, de Jacques Villeret et d’une Macha Béranger déchaînée, ce qui semble l’agacer quelque peu. Dans cette émission, Louis s’amuse et parle surtout de sa vision du Christ : « Selon les images de mon catéchisme, c’était toujours quelqu’un de très frêle, blond et l’on sentait qu’au moindre coup de vent, il s’envolerait. Je crois, moi, que c’était un gaillard qui mesurait un mètre quatre-vingt-dix, d’une puissance extrême et devait avoir des biceps comme ça ! Quand il mettait les marchands du temple à la porte, il devait les prendre par trois et… hop ! C’était un meneur d’hommes et moi, je le vois riant beaucoup. On ne le représente jamais en train de rire. Je suis sûr qu’avec les apôtres, il rigolait énormément. Je le vois en train de marcher sur les eaux disant à saint Pierre : “Viens, essaie voir…” Et l’autre de faire plouf. Tous les apôtres rient. » Louis confie encore qu’il rêve de « tourner un film sur les Évangiles. Avec de la joie. Il s’agissait de gens comme nous. » Puis, sur un ton plus grave, à la question de savoir s’il voit toujours Jésus, Louis répond : « Je ne le vois pas, je le sens. » Un grand moment de télévision, goûté par un large public qui inonde Guy Béart de lettres de félicitations à… transmettre à un Louis de Funès s’étant montré comme les « gens de la rue » ne l’imaginaient peut-être pas : humble parmi les humbles.
604
Témoignage de Christine Dejoux à l’auteur.
605
Jean Carmet à Dominique Maillet in Première daté de décembre 1981.
606
L’émission sera diffusée sur TF1 le 24 décembre 1981.