Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Donc se met en marche la caravane. Et commencent d�s lors la digestion secr�te, et le silence, et la nuit aveugle de la chrysalide, et le d�go�t et le doute et le mal, car toute mue est douloureuse. Ne te convient plus de t'exalter, mais de demeurer fid�le sans comprendre, car il n'est rien � esp�rer de toi puisque celui-l�, que tu �tais hier, doit mourir.
Tu ne seras plus qu'�lans de regrets vers les fra�cheurs de ta maison et l'aigui�re d'argent qui est de l'heure du th�, aupr�s d'elle, avant l'amour. Cruel te sera jusqu'au souvenir de la branche qui se balan�ait sous ta fen�tre ou du simple cri d'un coq dans ta cour. Tu diras: �J'�tais de chez moi!� car tu n'es plus de nulle part. Te reviendra le myst�re de l'�ne que tu r�veillais au petit jour, car, de ton cheval ou de ton chien, tu sais quelque chose puisqu'ils te r�pondent. Mais tu ignores de celui-l�, qui est comme mur� en soi, s'il ch�rit, ou non, � sa fa�on, son pr�, son �table ou toi-m�me. Et te vient le besoin, de la profondeur de ton exil, de lui passer une fois encore ton bras autour du cou ou de lui tapoter le museau, pour peut-�tre l'enchanter au fond de sa nuit comme un aveugle. Et certes, quand vient le jour du puits tari qui te suinte � peine une boue f�tide, te blessent au c�ur les confidences de ta fontaine.
Ainsi se referme sur toi la chrysalide du d�sert, car d�s le troisi�me jour tu commences d'engluer tes pas dans le bitume de l'�tendue. Qui te r�siste t'exalte et les coups du lutteur appellent tes coups. Mais le d�sert re�oit les pas l'un apr�s l'autre comme une audience d�mesur�e qui engloutirait les paroles et te conduirait au silence. Tu t'�puises depuis l'aube, et le plateau de craie qui marque l'horizon sur ta gauche n'a point sensiblement tourn� quand vient le soir. Tu t'uses comme l'enfant qui, pellet�e par pellet�e, te pr�tend d�placer la montagne. Mais elle ignore son travail. Tu es comme perdu dans une libert� d�mesur�e et d�j� s'�touffe ta ferveur. Ainsi, mon peuple, au cours de ces voyages, t'ai-je nourri chaque fois de silex et abreuv� de ronces. Je t'ai glac� de gel nocturne. Je t'ai soumis � des vents de sable si br�lants, qu'il te fallait t'accroupir contre terre, la t�te encapuchonn�e sous tes v�tements, la bouche pleine de crissements, suintant st�rilement ton eau vers le soleil. Et l'exp�rience m'a enseign� que toute parole de consolation �tait inutile.
�Viendra, te disais-je, un soir semblable � un fond de mer. Le sable d�pos� dormira en meules tranquilles. Tu marcheras, dans la fra�cheur, sur un sol �lastique et dur�� Mais, te parlant, j'avais sur les l�vres un go�t de mensonge, car je te sollicitais de te faire, par invention, autre que toi-m�me. Et, dans le silence de mon amour, je ne me scandalisais point de tes injures:
�Il se peut, Seigneur, que Tu aies raison! Dieu, peut-�tre demain, d�guisera les survivants en foule b�ate. Mais que nous importent ces �trangers! Nous ne sommes pour l'instant que poign�e de scorpions enferm�s dans un cercle de braise!�
Et tels ils devaient �tre, Seigneur, pour Ta gloire.
Ou bien, purifiant le ciel comme un coup de sabre, s'�veillait dans sa cruaut� nocturne le vent du nord. La terre nue se vidait de chaleur, et les hommes grelottaient comme clou�s par les �toiles. Qu'avais-je � dire?
�Reviendra l'aube et la lumi�re. La chaleur du soleil, � la fa�on d'un sang, se r�pandra doucement dans vos membres. Les yeux ferm�s, vous vous conna�trez habit�s par lui��
Mais ils me r�pondaient:
�En place de nous, Dieu peut-�tre demain installera-t-il un potager de plantes heureuses qu'il engraissera dans sa bont�. Mais nous ne sommes rien cette nuit-ci qu'un carr� de seigle que le vent tourmente.�
Et tels ils devaient �tre, Seigneur, pour Ta gloire.
Alors m'�cartant de leur mis�re je priais Dieu ainsi:
�Seigneur, est digne qu'ils refusent mes faux breuvages. Par ailleurs peu importent leurs plaintes: je suis semblable au chirurgien qui r�pare la chair et la fait crier. Je connais la r�serve de joie qui se trouve mur�e en eux bien que j'ignore les mots qui la pourraient d�verrouiller. Sans doute n'est-elle point pour cet instant. Importe que m�risse le fruit avant qu'il d�livre son miel. Nous passons par son heure d'amertume. Il n'est rien en nous que saveur acide. Il est du r�le du temps qui coule de nous gu�rir et de nous changer en joie pour Ta gloire.�
Et, poursuivant plus loin, je continuais de nourrir mon peuple de silex et de l'abreuver de ronces.
Mais semblable d'abord aux autres, sans que rien le distingu�t d'abord des innombrables pas d�j� vers�s dans l'�tendue, nous faisions le pas de miracle. F�te couronnant le c�r�monial de la marche. Instant b�ni parmi d'autres instants, lequel brise la chrysalide et livre son tr�sor ail� � la lumi�re.
Ainsi ai-je conduit mes hommes � la victoire � travers l'inconfort de la guerre. A la lumi�re au travers de la nuit, au silence du temple � travers le charroi des pierres, au retentissement du po�me � travers l'aridit� de la grammaire, au spectacle domin� du haut des montagnes � travers les crevasses et les �boulis de lourdes pierres. Peu m'importe, durant le passage, ton inconfort sans esp�rance, car je me m�fie du lyrisme de la chenille qui se croit amoureuse du vol. Suffit qu'elle se d�vore soi-m�me dans la digestion de sa mue. Et que tu franchisses ton d�sert.
Tu ne disposes point des tr�sors de joies scell�s en toi, qu'avant l'heure il n'est point permis de d�verrouiller. Certes est vif le plaisir tir� du jeu d'�checs quand la victoire couronne ton invention, mais il n'est point de mon pouvoir de t'accorder ce plaisir en cadeau hors du c�r�monial du jeu.
C'est pourquoi je te veux, � l'�tage des planches et des clous, chantant les cantiques des forgeurs de clous et scieurs de planches mais non le cantique du navire. Car je t'offre les humbles victoires de la planche polie et du clou forg�, lesquelles satisferont ton c�ur si tu as d'abord march� vers elles. Belle est ta pi�ce de bois quand tu luttes vers la planche polie. Belle est ta planche polie quand tu luttes vers le navire.
J'ai connu celui-l� qui, bien qu'il se soum�t au c�r�monial du jeu d'�checs, b�illait avec discr�tion et te distribuait ses coups de r�ponse avec une indulgence lointaine, comme il en est du racorni de c�ur qui consent � distraire les enfants.
�Vois ma flotte de guerre, dit le capitaine de sept ans qui t'a align� trois cailloux.
��Belle flotte de guerre en v�rit�, r�pond le racorni de c�ur, qui consid�re les cailloux d'un �il d�bile.
Qui n�glige, par vanit�, de consid�rer comme essentiel le c�r�monial du jeu d'�checs, ne go�tera point sa victoire. Qui n�glige, par vanit�, de faire son dieu des planches et des clous, ne b�tira point le navire.
Le cracheur d'encre, qui jamais ne b�tira rien, pr�f�re, car il est d�licat, le cantique du navire au cantique des forgeurs de clous et scieurs de planches, de m�me que, une fois le navire gr�� et lanc� et joufflu de vent, en place de me parler de son litige de chaque instant avec la mer, il me c�l�brera d�j� l'�le � musique, laquelle, certes, est signification des planches et des clous, puis du litige avec la mer, mais � condition que tu n'aies rien n�glig� des mues successives dont elle na�tra. Mais celui-l�, d'embl�e � la vue de ton premier clou, pataugeant dans la pourriture du r�ve, me chantera des oiseaux de couleur et des cr�puscules sur le corail, lesquels d'abord m'�c�ureront, car je pr�f�re le pain craquant � ces confitures, lesquelles de plus m'appara�tront comme suspectes, car il est des �les de pluie o� les oiseaux sont gris et je d�sirais, une fois l'�le gagn�e, afin d'en �prouver l'amour, entendre le cantique qui me f�t retentir sur le c�ur le ciel gris d'oiseaux sans couleur.
Mais moi qui ne pr�tends point b�tir sans pierres ma cath�drale et qui n'atteins l'essence que comme couronnement de la diversit�, moi qui ne saisirais rien de la fleur s'il n'en �tait point de particuli�re, de tel nombre de p�tales et non d'un autre, de tel choix de couleurs et non d'un autre, moi qui ai forg� les clous, sci� les planches, et absorb� un � un les coups d'�paule redoutables de la mer, je puis te chanter l'�le p�trie et substantielle que j'ai de mes propres mains tir�e des mers.