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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Je d�clinai donc la proposition de mon ministre de la justice lequel me pr�tendait avec obstination me faire glorifier et r�compenser la vertu, alors que d'une part tu d�truis par l� m�me ce que tu pr�tends c�l�brer, et que d'autre part je le soup�onnais de s'int�resser � la vertu comme il se f�t int�ress� � un emballage pour fruits d�licats, non qu'il f�t exag�r�ment licencieux, mais parce qu'il l'�tait avec d�licatesse, go�tant d'abord la qualit�.

�La vertu, lui r�pondis-je, je la ch�tie.�

Et comme il paraissait perplexe:

�Je te l'ai dit de mes capitaines dans le d�sert. Je les r�compense de leur sacrifice dans le sable par l'amour du sable qui leur vient au c�ur. Et, de les enfermer dans leur mis�re, je la fais somptueuse.

�Tes vertueuses, si elles go�tent la couronne de carton d'or, les suffrages des admirateurs et la fortune qui leur �choit, o� loge donc leur vertu? Les filles du quartier r�serv� te font payer moins cher un don moins avare.�

Je d�clinai enfin les propositions des architectes. �Vois, dirent-ils, tu peux �changer ce tr�sor st�rile contre un seul temple qui serait la gloire de l'empire, et vers lequel, au cours des si�cles, s'�puiseront les caravanes de voyageurs.�

Et certes, je hais l'usuel qui ne t'apporte rien. Et respecte le don aux hommes de l'�tendue et du silence Plus utile que la possession d'un grenier de plus me para�t �tre la possession des �toiles du ciel,�� et de la mer � bien que tu ne saches me dire en quoi elles cultivent ton c�ur. Mais du quartier de la mis�re o� tu meurs �touff� tu les d�sires. Elles sont appel vers une migration merveilleuse. Peu importe si elle est impossible. Le regret de l'amour, c'est l'amour. Et te voil� sauv� d�j� quand tu tentes d'�migrer vers l'amour.

Cependant je ne croyais point en la d�marche. Tu n'ach�tes point la joie, ni la sant� ni l'amour v�ritable. Tu n'ach�tes point les �toiles. Tu n'ach�tes point un temple. Je crois au temple qui te pille. Je crois aux temples grandissants qui arrachent leur sueur aux hommes. Ils d�l�guent au loin leurs ap�tres et ceux-ci te vont ran�onner, au nom de leur Dieu. Je crois au temple du roi cruel qui fonde son orgueil dans la pierre. Il draine les m�les du territoire vers son chantier. Et les adjudants, munis de fouets, tirent d'eux le charroi des pierres. Je crois au temple qui t'exploite et te d�vore. Et, en retour, te convertit. Car celui-l� seul te paie en retour. Car le charrieur de pierres du roi cruel re�oit � son tour le droit � l'orgueil. On le voit se croiser les bras devant l'�trave dont le navire de granit commence de menacer les sables dans la lenteur des si�cles � venir. Sa majest� est pour lui, comme pour les autres, car un Dieu, une fois fond�, se donne � tous sans se r�duire. Je crois au temple n� de l'enthousiasme de la victoire. Tu gr�es un navire vers l'�ternit�. Et chacun chante en b�tissant le temple. Et le temps chantera en retour.

Je crois en l'amour qui se change en temple. Je crois en l'orgueil qui se change en temple. Et je croirais, si tu savais me les b�tir, aux temples de col�re. Car alors je vois l'arbre qui plonge ses racines dans l'amour, ou l'orgueil, ou l'ivresse de la victoire, ou la col�re. Il t'arrache ton suc pour se nourrir. Mais voici que tu offres � l'ambition de ses racines une cave mis�rable, f�t-elle comble d'or. Elle ne saura nourrir qu'un entrep�t pour marchandises. Un si�cle de vent, de pluie et de sable te l'effondrera.

Donc ayant d�daign� que le tr�sor f�t enrichissement, ayant d�daign� qu'il f�t r�compense, ayant d�daign� qu'il se transform�t en navire de pierre, n'�tant point satisfait dans la recherche d'un visage lumineux et qui embellit le c�ur des hommes, je m'en fus r�fl�chir en silence.

�Il n'est l�, songeais-je, qu'engrais et fumier. J'ai tort de pr�tendre tirer de lui une autre signification.�

CXCIX

Je priai donc Dieu de m'instruire et il me fit, dans sa bont�, me souvenir des caravanes vers la ville sainte, bien que je ne comprisse point tout d'abord en quoi une vision de chameliers et de soleil me pouvait �clairer mon litige.

Je te vis, � mon peuple, pr�parant sur mon ordre ton p�lerinage. J'ai toujours go�t� comme un miel unique l'activit� du dernier soir. Car il en est de l'exp�dition que tu montes comme d'un navire que tu gr�erais l'ayant achev� de b�tir, et qui, ayant eu sens de sculpture ou de temple, lesquels usent les marteaux et te provoquent dans tes inventions et tes calculs et la puissance de ton bras, prend maintenant sens de voyage, car tu l'habilles pour le vent. Ainsi de ta fille que tu as nourrie et enseign�e et dont tu as ch�ti� l'amour des parures � mais vient l'aube du jour o� l'�poux l'attend et, ce matin-l�, de ne jamais la juger assez belle, tu te ruines pour elle en �toffe de lin et bracelets d'or, car il s'agit aussi pour toi du lancer d'un navire � la mer.

Donc ayant achev� d'amonceler les provisions, de clouer les caisses, de nouer les sacs, tu passais royal parmi les b�tes, flattant l'une, gourmandant l'autre, t'aidant du genou pour serrer un peu telle courroie de cuir, et t'enorgueillissant, une fois hiss� le chargement, de ne le voir glisser ni vers la droite ni vers la gauche, connaissant que les b�tes, te le balan�ant durement dans le roulis de leur d�marche et le tr�buchement parmi les pierres et l'agenouillement pour les haltes, te le tiendront cependant suspendu dans un �quilibre �lastique, � la fa�on de l'oranger qui balance au vent sans menacer sa cargaison d'oranges.

Je savoure alors ta chaleur, � mon peuple, qui pr�pares la chrysalide de tes quarante jours de d�sert, et, n'�coutant point le vent des paroles, ne me suis jamais tromp� sur toi. Car, me promenant aux veilles de d�part, dans le silence de mon amour, parmi les craquements des courroies, les grognements des b�tes, et les discussions aigres au sujet de la route � suivre, ou du choix des guides, ou du r�le d�sign� � chacun, je ne m'�tonnais point de vous entendre, non vanter le voyage, mais bien au contraire peindre en noir le r�cit des souffrances de l'exp�dition de l'ann�e pass�e, et les puits taris, et les vents br�lants, et les piq�res de serpents pris dans le sable comme d'invisibles nerfs, et l'embuscade des pillards, et la maladie et la mort, sachant qu'il n'�tait rien l� que pudeur de l'amour.

Car il est bon que tu feignes de ne point t'exalter sur ton dieu en c�l�brant d'abord les coupoles dor�es de la ville sainte, car ton dieu n'est point cadeau tout fait, ni provision r�serv�e pour toi quelque part, mais f�te et couronnement du c�r�monial de tes mis�res.

Ainsi s'int�resseraient-ils d'abord aux mat�riaux de leur �l�vation, de m�me que les b�tisseurs du voilier, s'ils te parlent trop t�t de voiles et de vent et de mer, je me m�fierai d'eux, craignant qu'ils ne n�gligent les planches et les clous, � la fa�on du p�re qui prierait trop t�t sa fille d'�tre belle. J'aime les cantiques des forgeurs de clous et scieurs de planches, car ils c�l�brent non la provision faite, laquelle est vide, mais l'ascension vers le navire. Et, le navire une fois gr��, quand il a pris sens de voyage, je veux entendre de mes mains qu'ils chantent, non d'abord les merveilles de l'�le, mais les p�rils du si�ge par la mer, car alors je vois leur victoire.

Ils lisent eux-m�mes, dans leur souffrance, chemin, v�hicule et charroi. Et tu te montres myope et cr�dule s'il te vient d� t'inqui�ter des plaintes comme des jurons dont ils se caressent le c�ur, et leur exp�dies tes chanteurs aux confitures sucr�es qui nieront les p�rils de la soif et leur vanteront la b�atitude des cr�puscules dans le d�sert. Car peu me tente le bonheur, lequel n'a point de forme. Mais me gouverne la r�v�lation de l'amour.

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