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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Maïa se concentra sur l’étrange frise pour oublier sa terreur. Elle reconnaissait çà et là des passages du Quart Livre de Lysos, ou Livre des Énigmes. D’autres segments semblaient répéter interminablement des syllabes dénuées de sens, comme si les symboles avaient été gravés par un artiste analphabète uniquement intéressé par leur beauté. Il s’en dégageait néanmoins une impression de vénération prodigieuse, intemporelle.

Les hommes étaient admis dans l’Église orthodoxe, qui leur reconnaissait une âme, mais cette vision était insolite dans un lieu réservé aux mâles. Peut-être, dans un lointain passé, les hommes vivaient-ils dans la communauté spirituelle de Stratos, avant l’ère de gloire, de terreur puis de traîtrise qui avait mené de la Grande Défense au renversement des Rois.

Le groupe passa devant des salles noires, vides, sans doute déjà fouillées, et entra dans un hall immense d’où partaient six grands escaliers de pierre. La frise énigmatique ornait toutes les surfaces libres. La lumière rasante des rares ampoules soulignait les lettres gravées d’ombres qui en augmentaient le mystère. Cette grandiose architecture aurait impressionné Maïa si elle n’avait connu l’existence de merveilles souterraines plus grandes encore, catacombes secrètes renfermant une puissance que les pirates ne soupçonnaient pas. Ce rappel de leur faillibilité remonta le moral de Maïa.

Deux femmes à l’air las, armées de treppes, montaient la garde dans la salle. Maïa détourna le visage en passant devant elles, mais c’est à peine si elles levèrent les yeux.

La guirlande d’ampoules électriques descendait l’escalier de droite. Le groupe de Maïa prit celui du milieu, qui montait dans la Dent du Dragon. Deux femmes remontèrent la mèche de leur lampe à huile. Tout en les suivant, Maïa regarda vers le bas. Quatre silhouettes gesticulaient en bavardant avec véhémence, deux niveaux plus bas, à l’entrée du couloir éclairé. Maïa frissonna en reconnaissant une voix dure.

« Baltha. » L’ex-mercenaire discutait avec une autre traîtresse du Manitou, une dénommée Riss, et deux femmes qu’elle n’avait jamais vues. Maïa recula précipitamment dans l’ombre et rejoignit ses compagnes. Pas question que Baltha l’aperçoive. Elle la reconnaîtrait au premier coup d’œil.

Et le groupe de Maïa s’enfonçait toujours dans la montagne. D’immenses ombres semblaient sortir en voletant de leurs jambes et de leur corps, fuyant les lanternes comme autant d’incarnations tressautantes de la peur, de caricatures des brèves mais ardentes angoisses des vivants ou des esprits revenant saluer les ombres d’antiques disparus qui hantaient ces lieux.

Si Maïa avait appris à supporter l’eau et le vide, il lui semblait qu’elle ne se ferait jamais aux souterrains. Elle ne les redoutait pas mais ne les appréciait guère. Elle commençait d’ailleurs à se demander si même les hommes s’y sentaient bien. Peut-être ne s’y réfugiaient-ils que faute de mieux.

— Et où le cherchent-elles… euh, le cherche-t-on maintenant ? souffla Maïa à l’intention de la petite var ronchonne.

— En haut, répondit l’autre. Y a des fenêtres qui donnent sur la mer et sur le lagon. Si on voit quelqu’un, on a pour ordre d’le harponner. Et aussi d’chercher des signes qu’le vril est monté aussi haut. Des traces de pas, ce genre de trucs. Courage, c’est p’t’êt nous qu’on aura la récompense.

La var rougeaude qui menait la troupe lui jeta un regard noir. La petite var grimaça une insulte silencieuse quand elle se retourna.

— Et la pièce où il était enfermé ? chuchota Maïa. On a trouvé des indices dedans ?

— D’mande ça à Baltha, lança la pirate avec un vague mouvement de menton vers l’endroit d’où elles venaient. Tout l’monde avait fini d’regarder qu’elle fouinait encore dedans.

Elle frissonna, comme à un souvenir bizarre, ou effrayant.

Maïa réfléchit tout en marchant en silence. Cette expédition ne la mènerait manifestement à rien. Mais comment filer ?

Elles arrivèrent à un escalier en colimaçon et s’y engagèrent en file indienne. Arrivée sur le palier, Maïa se dandina d’un pied sur l’autre. Quand la cheffe se tourna vers elle, elle lui fourra ses fusils dans les bras.

— Faut que je… enfin, tu sais quoi…, bredouilla-t-elle.

— Je t’attends, soupira l’autre, excédée.

— C’est pas la peine, rétorqua Maïa avec une feinte confusion. J’risque pas d’me perdre, et puis y a une rampe. J’vous rattrape tout de suite.

— Ouais, ben dépêche-toi. Si tu r’trouves pas la lampe, t’auras pas volé d’te perdre.

Elle suivit les autres tandis que Maïa se glissait dans une pièce proche. Quand les bruits de pas se furent éloignés, elle ressortit et, se guidant sur une vague lueur, rebroussa rapidement chemin. « J’aurais peut-être pu garder un fusil ? » se demanda-t-elle, et elle conclut qu’elle avait bien fait de s’abstenir. « Rien de tel pour attirer les soupçons…»

Elle se retrouva bientôt dans la grande salle centrale et examina prudemment le sol. Deux femmes montaient toujours la garde à l’endroit où la guirlande d’ampoules s’enfonçait dans l’escalier. Maïa devrait passer près d’elles, puis de Baltha et de Riss, pour gagner l’endroit où Renna avait été emprisonné et par où elle comptait commencer ses investigations.

Seulement c’était plus que risqué. « Il y a peut-être un autre chemin. Si tous les couloirs donnent sur un escalier en colimaçon, il y en aura peut-être un dans la salle sud…»

Un bruit de pas la fit s’accroupir près de la rambarde de pierre. Des femmes s’approchaient des gardes : Baltha, Riss et deux grandes vars, dont l’une avait l’air aussi autoritaire que Baltha. Arrivé sur le palier, le quatuor se tourna vers l’entrée du sanctuaire, où apparut une mince silhouette. Maïa sentit son sang se figer dans ses veines.

— Vous vouliez me voir, Togay ? demanda l’arrivante.

— Oui, Leie, répondit la femme au port imposant d’une voix de Carienne cultivée. Désolée, mais je dois te faire enfermer jusqu’à ce que nous ayons retrouvé l’étranger et que nous repartions.

Leie était dans l’ombre, mais il est clair qu’elle était bouleversée.

— Enfin, Togay, je vous ai déjà expliqué…

— Je sais. Je leur ai dit que tu étais l’une des plus brillantes et des plus travailleuses d’entre nous. Mais depuis les événements de Grimké, et surtout de ce soir…

— J’y peux rien si Maïa s’est échappée, moi ! Et sa mort ne vous suffit pas ? Quant au prisonnier, je n’étais même pas dans le coin quand il a disparu !

— On t’a vu lui parler, comme ta sœur ! coupa Riss. On a raison d’dire que l’bois pourri peut pas être sculpté. T’as p’t’êt raison quand tu dis qu’c’est ni une clone ni une flic, reprit-elle sèchement en regardant la dénommée Togay, mais si elle veut venger sa sœur ? Tu t’rappelles comme elle était contre nous quand on a fait la peau à Corsh et à ses hommes ? Moi, j’dis qu’on d’vrait la foutre dans l’lagon, par sécurité.

— Togay ! implora Leie, mais la grande femme à la forte mâchoire secoua implacablement la tête.

Baltha esquissa un sourire satisfait et fit signe aux deux gardes d’emmener Leie, qui se laissa faire sans résistance. Tout le monde disparut dans l’escalier sud, et un silence poussiéreux se rétablit.

Un fil électrique garni de rares ampoules descendait vers l’étage inférieur. Maïa laissa les pirates et leur prisonnière prendre un peu d’avance et les suivit sans bruit, en se plaquant dans l’ombre à la moindre alerte. Quand le groupe prit un couloir transversal, elle courut jusqu’au coin et jeta un discret coup d’œil de l’autre côté.

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