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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— À quoi ça te fait penser ? murmura-t-elle en montrant les taches au mousse.

— J’sais pas, m’dame. On dirait qu’on a jeté de la bouffe sur le mur. La même saloperie qu’on nous donnait.

— Regarde de plus près, insista Maïa en regrettant que Brod ne soit pas à sa place. Ces marques ont été faites avec le doigt. Tu vois ? Un groupe de points par caractère syllabaire. Il y en a encore un ici, et aucune lettre ne se répète.

Chaque symbole est associé à un groupe de points. Intéressant, non ?

— Si vous le dites, m’dame.

Maïa dénombra dix-huit groupes de points différents.

— Je me demande combien de temps il lui a fallu pour trouver ça, marmonna-t-elle en secouant la tête.

Elle se mit à la place de Renna, emprisonné pour la deuxième fois sur un monde étranger, désespéré, épuisé. À force de regarder les phrases gravées sur les murs, l’idée lui était venue d’inventer un jeu en transformant les lettres en…

Des cris éclatèrent dans le couloir. Maïa se retourna. Un homme apparut au fond de l’arène et se mit à gesticuler.

— Trois salopes se sont pointées. On les a cueillies sans problème, sauf qu’elles ont eu le temps de gueuler avant qu’on les bâillonne et qu’il risque d’y avoir du grabuge.

Maïa acquiesça d’un hochement de tête et reprit son examen. « Renna a dû prendre ces symboles comme éléments de référence, mais de quoi ? Qu’a-t-il fabriqué dans cette salle ? »

Comme les pirates lui avaient laissé son jeu électronique – sans doute n’y avaient-elles vu qu’un jouet –, il avait pu tourner et retourner les combinaisons de points dans tous les sens, essayer de trouver les algorithmes qui régissaient leurs séquences. « Il aurait pu apprendre, en déchiffrant les symboles de l’arène où il était emprisonné avec les autres, qu’il y avait, dans le sanctuaire, un endroit intéressant, se serait démené pour s’y faire transférer…

« Bon, et après, comment en était-il sorti ? » Au moins l’énigme posée par la porte de métal donnant sur la caverne marine était claire : c’était une serrure à combinaison qu’il fallait ouvrir. Mais rien dans cette salle ne ressemblait à une porte, en dehors de celle par laquelle elle était entrée. Rien du tout.

Elle devait retrouver le raisonnement de l’homme des étoiles avec sa technologie avancée, alors qu’elle n’avait pas les mêmes instruments que lui, que son côté et sa jambe gauches la lançaient et qu’elle commençait à avoir un sacré mal de crâne.

Elle s’assit sur le premier rang de gradins et se prit la tête à deux mains. Une violente explosion ébranla les murs, mais elle ne releva même pas les yeux.

— Poulandres a fini par comprendre. Il se contente, pour le moment, de tirer à côté des pirates, mais si elles attaquent, je pense qu’il fera ce qui s’impose.

Leie s’assit à côté de Maïa, pas trop près, et elle parlait d’un ton hésitant, comme si elle se demandait quel accueil sa sœur allait lui réserver. Elle donna par deux fois l’impression de retenir ce qu’elle avait sur le bout de la langue et qui concernait probablement, songeait Maïa, ce qui s’était passé entre elles. Cette contrition apaisa un peu son ressentiment. Et puis c’était probablement toutes les excuses auxquelles elle aurait droit.

— Bref, reprit Leie d’une voix tendue. Combien de temps ça va prendre pour comprendre ce qui s’est passé ici ?

Maïa inspira profondément. Elle commença par lui expliquer le principe du code que Renna avait laissé sur le mur, les groupes de points qui représentaient vraisemblablement des formes « vivantes » du jeu de la Vie. Ou, plutôt, une variante du jeu différente par son « écologie ». Elle n’aurait su dire pourquoi, mais il lui semblait que chacune des configurations devait se régénérer sans fin dans le bon système de règles.

Des détonations retentissaient de loin en loin, mais pas la clameur indiquant une attaque massive, si bien que les deux sœurs ne bougèrent pas. Maïa passa rapidement sur la violence et les difficultés qu’elle avait rencontrées au cours des derniers mois, mais révéla à Leie le stupéfiant talent qu’elle s’était découvert : un talent qui s’appliquait à un étrange domaine, à la frontière de l’art et de l’intellect.

— Et moi qui croyais avoir vécu des trucs dingues ! souffla Leie. Quand j’ai appris que tu étais arrivée à cap Grange et que tu avais un boulot à Longue Vallée, j’ai décidé de rester un peu en mer avec… Mais je te raconterai ça plus tard. Continue. Ton histoire de jeu de la Vie pourrait-elle nous aider à comprendre comment Renna est sorti d’une pièce sans issue ?

— Eh non. Le jeu peut transmettre des données, comme n’importe quel langage ou système utilisant des symboles. Renna a réussi à transcrire les phrases gravées sur les murs. Peut-être à l’aide d’éléments glanés à la Grande Bibliothèque de Caria.

— Même quand on dispose de l’information, qu’on sait la lire, il faut encore trouver le moyen d’agir, d’appliquer ces données au monde réel. De provoquer des événements physiques.

— Pour s’évader de prison, par exemple.

— Exactement, fit Leie en se levant et en montant sur l’estrade de pierre. Après sa disparition, on a tout retourné dans cette salle dans l’espoir d’y trouver un passage secret ou je ne sais quoi. Moi, je n’essayais pas spécialement de me rendre utile, après l’assassinat du capitaine Corsh et de ses hommes. Et surtout depuis que je croyais qu’elles vous avaient tués à coups de canon, soupira-t-elle, et un masque de souffrance apparut sur son visage à ce souvenir. Je cherchais surtout un moyen de me barrer, moi aussi. C’est pour ça que je peux te dire qu’il n’y a pas d’issue secrète. En tout cas, je n’en ai pas vu. Mais j’ai repéré un ou deux trucs.

— Quoi donc ? grommela Maïa sans bouger, histoire de lui faire comprendre qu’elle lui en voulait toujours.

— Viens voir, lança Leie avec un peu de sa hargne d’antan.

Maïa fronça les sourcils mais s’approcha en claudiquant.

Leie se baissa et lui montra une rangée de boutons et de petits trous sertis dans le côté de l’énorme bloc de pierre.

— Qu’est-ce que c’est ? s’enquit Maïa.

— Ça, ne me le demande pas. On a toutes appuyé dessus. Les boutons cliquettent, mais c’est tout. Il ne se passe rien.

— Ils servaient peut-être à allumer des lumières. Dommage que le sanctuaire ne soit plus électrifié.

Faute de temps, Maïa ne lui avait pas parlé des souterrains tout proches, où vibrait encore une énergie titanesque. Les deux réseaux de cavernes devaient être complètement indépendants, afin que les intrus qui pénétraient dans le sanctuaire ne risquent pas de tomber sur les installations voisines.

— J’ai dit qu’il ne se passait rien, pas que le sanctuaire n’est plus électrifié, rectifia Leie.

Une détonation ébranla les murs de la salle. Les deux vars attendirent en retenant leur souffle, mais il n’y en eut pas d’autre. Leie indiqua, près des boutons, deux petits anneaux de métal distants d’un centimètre et entourant des trous profonds. Maïa mit le doigt sur l’un d’eux.

— Je ne sens rien, fit-elle, perplexe.

— Tu n’aurais pas un bout de métal sur toi ? demanda Leie.

Maïa fit non de la tête. Puis elle se ravisa, ouvrit l’étui de cuir de son petit sextant et le sortit précautionneusement.

— Où tu as trouvé ça ? s’étonna Leie.

— C’est une longue histoire, éluda Maïa avec un haussement d’épaules. Enfin, ce truc m’a été parfois utile.

Elle déplia les bras de visée. L’un d’eux se terminait par une pointe qui servait normalement d’indicateur pour lire les chiffres sur un cadran. Elle semblait assez fine pour entrer dans le trou.

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