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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Je sais, soupira Maïa, et elle récita :

Il y a pis qu’un homme en rut : un affamé à qui on ôte de la bouch’son pain beurré.

— Oui-da, fillette, fit Brod avec un accent caricatural, en souriant de toutes ses dents. Tu voudrais point que j’soyons obligé d’mordre el’premier truc qui m’tomberait sous la dent ?

Elle éclata de rire. Elle avait une telle confiance en lui qu’il ne lui vint pas à l’idée de prendre ses paroles au pied de la lettre, comme elle l’aurait sûrement fait quelques mois plus tôt.

… Trouver ce qu’occultent…

d’étranges étoiles perdues

Extrait du Livre des Énigmes.

Chapitre XXIV

Maïa abaissa son sextant et releva pour la seconde fois l’angle formé par le soleil couchant et par la constellation de Boadicée, presque à la verticale de leur tête.

— Pour moi, on est à la Vigile du Soleil lointain, annonça-t-elle après un rapide calcul. Avec tout ça, j’avais oublié que c’est la mi-hiver. On doit bien s’amuser, en ville.

— Quelle ville ? rétorqua Brod qui fixait de gros câbles au bord de la falaise. Et tu appelles ça s’amuser ? L’alcool gratis, pour qu’on ne voie pas les mères des grands clans bourrer les urnes de procurations ? Se faire pincer les fesses par des pochardes qui confondent la grêle et le givre ?

— Ah, les hommes ! Toujours en train de ronchonner. Vous ne savez pas faire la fête.

— Si on nous laissait en profiter à la mi-été, on ronchonnerait peut-être moins en hiver. Enfin, que ces pirates fassent la bombe tant qu’elles veulent, ce soir. Si elles sont occupées à harceler leurs prisonniers, elles ne repéreront peut-être pas deux resquilleurs.

« Ça, c’est une idée, songea Maïa. À condition qu’ils soient encore en vie. Logiquement, avant de changer de repaire, elles auraient dû éliminer les témoins du massacre qui avait eu lieu à bord du Téméraire. » C’est-à-dire les hommes du Manitou, les rades, et peut-être les recrues de fraîche date, comme Leie. Même la peau de Renna ne vaudrait pas cher si la bande de Baltha était poussée dans ses derniers retranchements.

Ces sinistres considérations ajoutaient à sa fébrilité. La nuit tombait sur l’archipel, fondant les flèches de Botjelli en une masse dentelée qui crénelait le ciel étoilé. Plus bas, dans l’encre du lagon, de minuscules taches de clarté entouraient les lampes posées sur la jetée où étaient amarrés les deux navires. De temps à autre, de petites lanternes se déplaçaient rapidement, accompagnant des silhouettes indistinctes. De vagues cris montaient jusqu’à eux, canalisés par les stries qui rainuraient l’intérieur évidé de l’île.

— On dirait qu’elles sont d’humeur à faire la fête, nota Brod comme une procession de torches descendait du plus gros bateau et s’engageait sous un vaste portail de pierre au pied de la falaise. Et si on attendait qu’elles se pieutent ?

Maïa aurait bien voulu, mais deux lunes montaient déjà dans le ciel, à l’est, et une troisième n’allait pas tarder. D’ici quelques heures, on y verrait comme en plein jour.

— Non. C’est maintenant où jamais. Allons-y.

Brod l’aida à enfiler le harnais qu’il avait fabriqué, en découpant des bandes dans les calicots gracieusement fournis par le Conseil. Maïa s’insinua dans les fragments de phrases menaçantes et mit le pied dans la boucle d’un câble prévu à l’origine pour amarrer les zep’lins, en faisant des vœux pour que les clans guerriers qui utilisaient aujourd’hui cet équipement millénaire l’aient maintenu en bon état.

Brod lui passa ensuite des gantelets taillés dans le bas de son propre pantalon et Maïa s’agrippa au câble rugueux.

— Tu te rappelles les signaux ? demanda-t-elle.

— Deux tractions pour stop. Trois, je te remonte. Quatre, j’attends. Et cinq, c’est moi qui descends. Écoute, Maïa, je crois quand même que je devrais y aller en premier.

— On en a déjà discuté, Brod. Je suis plus petite que toi, beaucoup moins amochée, et une fois en bas, elles me prendront peut-être pour l’une d’elles, dans le noir. Et puis je compte sur toi pour me remonter après ma petite reconnaissance.

Ramener Renna serait un miracle, mais elle espérait lui parler, ou au moins échanger avec lui de brefs messages en morse afin d’obtenir, par exemple, le nom des membres du Conseil à qui il faisait confiance. Ils pourraient alors utiliser l’unité com avec l’espoir de ne pas simplement attirer une bande de pirates un peu plus huppées que les autres.

À condition encore que l’unité com ne soit pas sur écoute, réglée pour appeler un endroit bien précis ou dix autres éventualités tout aussi déplaisantes. Enfin, raison de plus pour tirer Renna de là : il aurait sûrement un meilleur plan.

— Et si tu te fais prendre ? grogna Brod d’un air chagrin.

— Je sais que tu as faim, fit-elle avec enjouement, car elle devait aussi récupérer toute la nourriture qu’elle pourrait trouver. Écoute, sérieusement, si tu crois pouvoir tenir jusqu’à la nuit prochaine, je te suggère de descendre par le treuil avant l’aube, de voler le canot du Manitou et de mettre le cap sur Hasley. Au moins, là…

— Te laisser tomber ? objecta Brod. Ne compte pas sur…

— Mais si, écoute : si les pirates me pincent, elles redoubleront de vigilance et il faudra essayer autre chose. Raconte à ta guilde comment Corsh a été assassiné. Avec des témoins autour de toi, une unité com qui ne sera pas sur écoute, tu pourras appeler les fliques et tous les membres du Conseil. Les conspiratrices, s’il y en a, y réfléchiront à deux fois avant de tenter un coup tordu au vu et au su des Pinnipèdes.

— Quand même, fit-il en raclant le gravier du bout de sa sandale, je préférerais… Enfin, fais gaffe, promis ?

— Ne t’inquiète donc pas ! fit-elle en lui sautant au cou.

Il eut un mouvement de recul typique des hommes en hiver, puis il lui rendit son accolade avec chaleur et se détourna sans un mot, les yeux pleins de larmes. Elle le regarda traverser la terrasse et disparaître derrière l’escalier de pierre. Il lui faudrait quelques minutes pour atteindre la cabine du treuil. Pendant ce temps, elle gagna le bord du plateau, tendit le câble et, prenant appui sur ses pieds, s’éloigna du bord jusqu’à ce qu’elle soit suspendue au-dessus du précipice.

« Je devrais être terrifiée, et pourtant ça va…»

Elle n’avait plus peur du vide, et commençait même à éprouver une exaltation excitante. « Alors que toutes les Lamaïs ont le vertige. C’est drôle. Ça vient peut-être du fait que j’ai grandi dans une mansarde. À moins que je ne tienne de mon père, quel qu’il soit, ce salaud. » Grâce aux révélations de Brod, elle connaissait son nom : Clevin. Mais il n’évoquait pour elle qu’un vague mélange de Renna et de Pépé Bennett.

Toujours à l’affût de niches possibles, Maïa se demanda si ça pourrait se révéler un talent utile. « Il faudra que j’en parle à Leie, si j’y arrive, se dit-elle. Je pourrais la suspendre très haut dans une cage, pour voir si c’est génétique ou si c’est consécutif à mes récentes expériences. »

Cette idée, qu’elle ne mettrait jamais à exécution, bien entendu, la soulagea un peu de la tension qu’elle éprouvait à la pensée de se retrouver face à sa sœur jumelle. S’il le fallait, elle n’hésiterait pas à se servir du gourdin qu’elle avait improvisé à partir d’un chevalet brisé. Elle avait une autre arme : les petits ciseaux.

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