La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
« J’ai plutôt intérêt à éviter la bagarre », conclut-elle.
Une soudaine vibration parcourut le câble. Maïa serra les dents et se raidit. Elle commença à descendre lentement, régulièrement, le long de la paroi verticale.
Elle ne vit bientôt plus du ciel qu’un fragment piqueté d’étoiles, découpé à l’emporte-pièce par l’enceinte irrégulière des pics de Botjelli. Une lumière lunaire argentait les cimes, à l’ouest. Maïa s’enfonça dans les ténèbres en tendant l’oreille, à l’affût du moindre bruit indiquant qu’elle était repérée, prête à tirer sur le câble pour faire signe à Brod de la remonter. Rien ne prouvait que les signaux qu’ils avaient mis au point seraient perceptibles, passé une certaine longueur de filin, mais, de toute façon, leur espoir résidait dans l’action. S’ils ne tentaient rien, ils mourraient d’inanition.
Elle scruta les ombres, en dessous d’elle. Il était difficile d’estimer les distances, car seul le reflet jaspé des lanternes sur l’eau noire permettait de distinguer l’eau de la terre ferme, mais le lagon paraissait plus grand qu’elle ne pensait : plusieurs baies s’étendaient derrière le premier cercle d’aiguilles. Les navires étaient assez loin au sud-est, près de l’entrée du port qu’ils avaient aperçu en fuyant sous les bombes des pirates. L’intérieur de l’île était en partie bordé par une corniche rocheuse. Des lanternes allaient et venaient entre l’appontement et le portail de pierre éclairé par des flambeaux. De la lumière filtrait des ouvertures pratiquées dans la roche, autour de l’entrée principale.
« C’est l’ancien sanctuaire, la partie de Botjelli que le Conseil n’a pas fermée, se dit-elle. Et la seule dont on ait jamais officiellement parlé. Des ruines abandonnées, à la disposition de la première bande de paumées qui passe par là. »
Ni les bateaux, ni la corniche, ni aucune fenêtre n’était commodément placé sous elle. Elle allait devoir nager, et ce n’était pas sa spécialité. « Tu en as vu d’autres, va. Ce n’est pas encore cette fois que tu te noieras », se dit-elle pour se remonter le moral, car elle se sentait terriblement vulnérable. Si on la repérait maintenant, les tireuses d’élite des pirates lui régleraient son compte avant que Brod ait le temps de réagir. Elle se rassura en se disant que les guetteuses, s’il y en avait, devaient plutôt surveiller la mer. Et puis, on y voyait mal dans le noir quand il y avait des lanternes à proximité. Elle l’avait constaté en apprenant à lire les cartes à la lueur des étoiles avec le vieux Bennett.
« Je ne suis pas plus visible qu’une araignée au bout de son fil. » Pour conserver son acuité visuelle, Maïa s’interdit de regarder dans la direction des voix qui montaient vers elle comme la fumée dans un conduit de cheminée : il y avait forcément de la lumière à cet endroit-là. Elle détourna les yeux vers les puissants pics dressés tels les doigts de Mère Stratos vers une nébuleuse noire, appelée la Griffe. Quel symbole de ténèbres et de mystère… Derrière cette vaste étendue sans étoiles se trouvait le Phylum hominien. Tous ces mondes que connaissait Renna… Et auxquels Lysos et les propres ancêtres de Maïa avaient, par choix, renoncé. « C’était leur droit.
« Mais avaient-elles celui de choisir pour leurs filles ? Dans quelle mesure doit-on rester fidèle au rêve de ses créatrices ? Quand a-t-on enfin le droit de rêver pour soi-même ? »
En baissant les yeux pour voir à quelle distance de l’eau glacée elle était, Maïa surprit un scintillement à un endroit où aucune étoile ne pouvait briller, dans les ténèbres endeuillées de la roche. Elle cilla. Quand elle rouvrit les paupières, l’étincelle rougeâtre s’était éteinte.
« Est-ce mon imagination ? » se demanda-t-elle. La lueur était de l’autre côté du lagon, à l’opposé du pic où elle se trouvait et qui dissimulait la base de défense du Conseil, loin de celui qui abritait l’ancien sanctuaire. Scrutant en vain la muraille de néant, elle finit par se dire qu’elle avait rêvé.
Beaucoup plus près, la paroi était une énigme ténébreuse qui lui raclait de temps en temps les pieds ou les genoux. Elle commençait à en avoir plein les bras et des fourmis dans les jambes, mais elle n’osait trop se tortiller de peur que les nœuds de son harnais de fortune ne lâchent, la précipitant dans les eaux noires du lagon. Une odeur iodée commençait à monter jusqu’à ses narines. Des cris jusque-là incompréhensibles se résolvaient en mots et en phrases plus ou moins fragmentées par la roche qui les lui renvoyait.
— … appelle tout l’monde…
— … lâche ça et viens m’aider ! J’te dis qu’y a pas…
— … c’était pas ma faute, saignerie !…
Ça ne ressemblait pas précisément à des cris de joie. En tout cas, ce n’était pas la folie hurlante caractéristique de la Vigile du Soleil lointain. Se serait-elle trompée dans ses calculs ? Ou alors, comme il n’y avait pas de givre et que les mâles du coin ne devaient pas être bien disposés à leur égard, peut-être les pirates avaient-elles renoncé à faire la fête.
Dans cette hypothèse, cette activité nocturne était inquiétante : elles se préparaient peut-être à partir. C’était une bonne idée de leur point de vue, mais un sale coup pour Maïa.
Un doux clapotis parvint à ses oreilles. « Je ne dois plus être loin de l’eau. » Elle tentait d’estimer à quelle hauteur elle en était encore quand ses pieds crevèrent la surface avec un bruit huileux qui lui parut monstrueux. Elle releva les genoux et tira deux fois sur la corde pour prévenir Brod.
Sans effet. Le câble se dévidait toujours, loin au-dessus de sa tête. Ses jambes entrèrent à leur tour dans l’eau glacée, faisant remonter des tremblements le long de son échine. Ses cuisses, ses fesses, son tronc furent étreints par un étau glacial qui aspira la chaleur de son corps et l’air de ses poumons. Maïa domina ses spasmes musculaires pour se débarrasser fébrilement du harnais et tira à nouveau sur le câble.
Elle constata qu’il ne bougeait plus. « Brod a dû s’apercevoir qu’il ne supportait plus mon poids. Enfin, ça a marché. »
Elle exerça quatre tractions sur le câble pour lui confirmer que tout allait bien. Deux saccades lui répondirent. Puis plus rien ne bougea.
Elle prit le temps de se dégourdir les jambes et de se remettre du premier contact avec l’eau, puis elle tira sur le bout du câble pour récupérer le harnais qui flottait sur le lagon. Des bouts de calicot apparurent à la surface. Si tout allait bien – ou très mal – elle aurait bientôt besoin de ce repère pour retrouver le câble. Personne ne le verrait avant le matin, et d’ici là, Brod l’aurait remonté.
Elle tourna sur elle-même pour prendre des points de repère et leva les yeux vers le petit bout de ciel au-dessus de l’endroit où devait se trouver Brod. Bien qu’il ne pût la voir, elle lui fit un signe de la main. Puis elle partit à la brasse vers la masse sombre de l’infortuné Manitou.
La marée qui avait failli leur être fatale dans la caverne jouait, cette fois, en faveur de Maïa.
Elle se glissa entre les pilotis de l’appontement couverts sous l’eau de coquilles pointues. Les planches formaient un plafond juste au-dessus de sa tête. Les cris avaient cessé. La plupart des pirates avaient dû entrer dans le sanctuaire troglodytique, en réponse à un ordre urgent. Maïa entendait cependant des voix étouffées parler tout bas, non loin de là.
Elle arriva au canot qu’elle avait vu d’en haut se balancer à l’arrière du Manitou. Il semblait lui faire signe, comme s’il lui offrait un moyen aisé de se tirer de cette désastreuse aventure. Elle n’avait qu’à sortir sans bruit du lagon, fixer le mât, hisser la voile… puis affronter les éventuelles poursuivantes, le manque de nourriture, le sauvage océan.