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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Elle repoussa cette idée séduisante. Le canot était pour Brod, s’il en avait besoin. Elle avait d’autres projets.

Maïa longea le flanc balafré du Manitou en quête d’un moyen de monter à bord. Il y avait une échelle, près de la passerelle, mais une forte lanterne était suspendue juste à côté. Plus loin, une des amarres qui retenaient le navire au quai était tendue au-dessus de l’eau, dans une obscurité relative.

Elle se plaça dessous, à l’endroit où elle passait le plus près de l’eau, puis elle se laissa couler et donna un coup de pied au fond en levant les bras le plus haut possible. Elle rata la corde d’une demi-longueur de bras et retomba dans l’eau avec un bruit effrayant. Elle se réfugia sous l’appontement et attendit d’être sûre que personne ne l’avait entendue. Une minute passa. Les murmures se poursuivaient normalement.

Elle déboutonna sa chemise en lambeaux et l’enleva. « À la guerre comme à la guerre…» Elle passa le bout d’une manche autour de son poignet droit, roula le reste en boule, le lança de toutes ses forces sur le cordage et parvint, après quelques tentatives infructueuses, à faire retomber la seconde manche de l’autre côté. Cette fois, quand elle jaillit de l’eau, elle trouva quelque chose à quoi se raccrocher. Elle empoigna les deux manches et se hissa hors de l’eau. Le Manitou devait être de son côté, car son amarre s’abaissa sous son poids. Elle banda tous ses muscles et lança ses jambes autour du câble.

Elle reprit son souffle et, agrippée au cordage râpeux par les pieds, les genoux et les mains, entreprit de se rapprocher du bastingage. Sa progression devint si pénible lorsque la corde se mit à monter qu’elle remarqua à peine le froid mordant qui accompagnait l’évaporation de l’eau sur sa peau.

Son crâne heurta enfin la coque. Elle tourna la tête et vit le sombre paysage de bois qui s’étendait d’un côté et de l’autre. Elle remarqua la rangée de sabords, pas plus grands que ses deux mains ouvertes, qui courait tout le long du bateau, en dessous de ses genoux. Ils étaient trop petits pour qu’elle s’y glisse, mais le plus proche était ouvert et à portée de main. S’accrochant fermement à l’amarre des deux mains, elle y appuya ses pieds et se reposa un peu, le temps que son pouls et sa respiration retrouvent un rythme plus normal.

« Jusque-là, ça va. Plus que quelques mètres à grimper. »

Quelque chose lui toucha le pied et s’enroula autour de sa cheville. Elle retint un hurlement de terreur et s’obligea à rouvrir ses paupières étroitement fermées. Par bonheur, la surprise était le seul démon à abattre, car la présence à ses pieds ne se montrait pas hostile. Elle semblait se contenter de lui caresser rythmiquement le dessus du pied.

Maïa réussit à tourner la tête, et vit une main qui émergeait du petit sabord et lui faisait signe d’approcher.

« Quoi, pas de cris d’alarme ? se dit-elle, déconcertée.

« Voyons. Je suis au niveau des soutes. Des pirates logeraient-elles là ? Sûrement pas. Mais des prisonnières…»

Elle se cramponna d’une main au cordage et, se contorsionnant comme elle put, s’accroupit devant le hublot dans une position peu confortable. De sa main libre, elle effleura le poignet de l’inconnue qui l’appelait en silence. La main étrangère se rétracta. Une vague forme se pressa contre le sabord… un visage féminin. Puis un murmure parvint à Maïa.

— Y m’semblait bien r’connaître mes chaussures de r’change. Comment ça va, Pu-pucelle ?

— Thalla ! souffla Maïa.

Voilà donc où étaient emprisonnées les rades ! Elle entendit un cliquetis de chaînes quand elle se rapprocha du sabord.

— Eh oui. J’suis avec Kau et les autres.

— Et Kiel ?

— Elle va pas fort. Elle a pris un mauvais coup, et puis elle a essayé de discuter avec nos hôtesses.

— Je suis navrée…

— Bah, c’est la vie. Ça fait Plaisir de t’voir, dis donc. Quel bon vent t’amène ?

Au Plaisir de cette rencontre inattendue succédait maintenant l’inconfort de sa position et la crainte d’être surprise. Elle n’avait aucune envie de découvrir par elle-même dans quelles conditions son amie était détenue.

— Je veux libérer Renna. Ensuite j’irai chercher de l’aide.

— Si on était libres, nous, on pourrait t’aider…

« C’est ça, comme un lugar dans un magasin de porcelaine », se dit Maïa. Ces idéalistes ne faisaient pas le poids contre les pirates. « Et puis, je ne vous dois rien. » D’un autre côté… Même si l’évasion des rades ne servait qu’à libérer les deux navires ou à les brûler, ce serait toujours ça de pris.

— Vous ferez tout ce que je vous dirai ? demanda-t-elle.

Si elle n’avait pas eu un instant d’hésitation, Maïa aurait su qu’elle mentait.

— D’accord, Maïa. On t’obéira au doigt et à l’œil.

— Combien y a-t-il de gardes ?

— Deux, des fois trois, d’vant la porte. Y en a une qui ronfle, c’est une abomination.

Maïa aurait eu d’autres questions à poser, mais le tremblement de sa jambe empirait de seconde en seconde. Il ne manquerait plus qu’elle retombe dans le lagon…

— Je vais voir ce que je peux faire, soupira-t-elle. Mais je ne vous promets rien !

Thalla lui serra la cheville d’une main frémissante d’espoir. Maïa se relevait quand quelque chose lui piqua la cuisse. De sa main libre, elle prit les ciseaux enveloppés de tissu, se pencha à nouveau, les jeta dans le sabord et repartit.

Par bonheur, ses bras s’étaient un peu reposés. Elle se balança bientôt presque à la verticale, le dos collé à la coque. Si on lui avait dit qu’elle vivrait des aventures pareilles en quittant la citadelle maternelle… À présent, elle ne pensait pas plus loin que la prochaine traction de ses bras, la reptation coordonnée de ses mains, de ses genoux et de ses chevilles. Elle passa enfin une jambe par-dessus le bastingage, roula sur le pont inférieur et se réfugia à l’ombre du grand mât le temps que ses souffrances s’apaisent un peu. Et de scruter les bruits de la nuit : les imperceptibles craquements du bateau. Le clapotis des vaguelettes contre la coque. Un lointain murmure. Sur le pont du Téméraire, de l’autre côté de la jetée, deux femmes au front ceint du bandana rouge jouaient aux dés accroupies près d’une barrique sur laquelle était posée une lanterne.

Le Manitou paraissait désert. Bien sûr, d’après ce qu’avait dit Thalla, une paire de gros bras devait monter la garde à la porte de la soute. Néanmoins, il avait dû falloir quelque chose de sérieux pour éloigner ainsi toutes les autres pirates.

Maïa se reposait essentiellement sur la vue et l’ouïe pour repérer le danger, mais à présent qu’elle ne se sentait pas directement menacée, elle était envahie d’autres sensations, surtout olfactives. « Manger ! » se dit-elle tout à coup, et elle fila vers l’arrière. Elle y trouva les reliefs d’un récent repas.

De la vaisselle sale trempait dans un chaudron d’eau salée. Elle poursuivit son exploration et tomba enfin sur un tas de biscuits durs et un tonnelet d’eau douce.

Elle but avidement, dévorant entre chaque gorgée un bout de biscuit trempé dans l’eau tout en cherchant du regard un sac, quelque chose où fourrer de la nourriture pour Brod. Au moins pourrait-elle lui laisser de quoi manger dans le canot.

Elle savait où trouver ça. Les mains pleines de biscuits, elle se hâta vers l’échelle qui menait vers la cabine qu’elle avait occupée, quelques semaines auparavant, avec une dizaine de compagnes. Elle descendit sans bruit et s’assura d’un rapide coup d’œil que personne ne dormait dans l’une des couchettes. Chose peu probable, au demeurant, tout le monde étant descendu à terre en réponse à un ordre mystérieux.

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