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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Les femmes s’étaient arrêtées devant une porte de métal gardée par deux des leurs. L’une d’elles portait une arme inquiétante, comme Maïa n’en avait vu qu’une fois dans sa vie : une machine conçue pour cracher la mort à doses massives.

Il y eut un bref conciliabule, un bruit de clés. La porte s’ouvrit. Des formes surprises s’agitèrent dans la cellule. On poussa sa sœur à l’intérieur. Une pirate éclata de rire.

— Sois gentille avec tes nouveaux amis, Pu-pucelle, et tu t’débarrasseras p’t’êt d’ton surnom avant d’te noyer avec eux !

— La ferme, coupa Baltha tandis que la porte se refermait, puis toutes les femmes sauf les gardes entrèrent dans la pièce suivante. Des bancs étaient alignés le long d’un des murs. Baltha et ses acolytes tournaient en rond, passant devant la porte. Des cris de fureur et de dépit parvenaient à Maïa qui distingua ces paroles :

— … vont pas aimer ça, en ville. Pas aimer ça du tout !

Elle était tellement absorbée qu’elle ne remarqua le bruit de pas qu’au bout d’un moment. Elle fit volte-face, prête à bondir. Une silhouette isolée approchait, fugitivement illuminée quand elle passait sous une ampoule. Bientôt, Maïa distingua une femme au visage grêlé de petite vérole et aux cheveux roussâtres retenus par un bandana dans les mêmes tons. Elle portait un seau dans chaque main, et arborait un grand sourire au-dessus de son tablier taché. Ce sourire empêcha Maïa de bouger, pétrifiée qu’elle était par l’indécision.

— Zoks ! Pas b’soin d’te percher si près, p’tit oiseau curieux. J’les entends gueuler d’puis la grande salle ! Qu’est-ce qu’elles ont, encore ? Z’ont trouvé leur fantôme d’homme ? Ou c’est-y qu’elles ont l’intention de nous l’faire chercher toute la nuit ?

Maïa se força à sourire. Elle pourrait se faire passer pour sa sœur tant que la nouvelle de son arrestation ne serait pas connue… Autant dire quelques minutes, tout au plus.

— J’crois qu’on est bonnes pour y passer la nuit.

— Avec tout c’chambard, j’suis en retard pour l’dîner d’ces vrils, mais vu l’sort qu’on leur réserve…, soupira la femme en posant ses seaux à terre. Enfin, moi j’dis qu’même un homme a l’droit d’manger avant d’rejoindre Lysos.

Allons bon ! Maïa avait encore moins de temps devant elle que prévu. Dès que la cuisinière entrerait dans la cellule et verrait Leie, tout serait fichu.

— J’sais pourquoi t’es là, reprit la femme sur le ton de la conspiration.

— Ah ? fit Maïa en portant discrètement la main à sa ceinture.

— T’espères trouver des indices, reprit la grosse var avec un clin d’œil. Tu surveilles les patronnes en douce, pire tu t’casses en vitesse chercher la récompense ! C’est d’bonne guerre. J’ai été jeune, moi aussi, avec la tête pleine d’idées givreuses. T’inquiète pas, tu l’auras, ton clan, estivienne.

— Je… je crois avoir trouvé un indice. Un indice que personne d’autre n’a remarqué.

— Ah bon ? fit la femme de cuisine en se penchant, les yeux brillants. C’est quoi ?

— Faudrait être deux pour le soulever, reprit Maïa d’un ton de confidence. Viens, je vais te montrer.

Elle lui indiqua l’entrée d’une pièce sombre, juste à côté, lui fit signe de passer devant et leva son gourdin.

Par la suite, elle eut beau énumérer toutes les bonnes raisons qu’elle avait d’agir, elle se sentit au-dessous de tout.

La pièce n’était pas tout à fait vide : des étagères de pierre, des bouts de planches prouvaient qu’elle avait jadis servi de bibliothèque, mais à part de petits bouts de cuir racorni, les livres n’étaient plus que poussière. Maïa traîna la cuisinière estourbie dans la pièce, récupéra ses seaux, échangea son manteau contre celui de sa victime et se noua son bandana bas sur le front, presque sur les yeux. Il était temps : un bruit de pas et de voix approchait. Tapie dans les ombres, Maïa compta les silhouettes qui passaient devant elle, retournant vers la salle centrale. Six femmes, qui s’engueulaient encore. Baltha avait l’air furieuse.

— … tout ça pour une p’tite boîte de merde d’étranger ! On s’débarrassera p’t’êt d’un clan ou deux avec les bestioles trouvées dans les boyaux d’l’Extérieur, mais un arrangement politique nous aurait été rudement utile. Sans sa technologie, la moitié d’ces bêcheuses de clones peuvent toujours crever…

Les voix moururent. Maïa s’obligea à attendre. Bientôt, le groupe qui l’avait découverte à bord du Manitou rapporterait la disparition de « Leie » et on commencerait à se demander comment elle faisait pour se trouver en deux endroits à la fois.

Le cœur battant, Maïa ramassa les seaux de nourriture et quitta la pièce. Elle tourna dans le couloir et s’avança d’un pas traînant vers les deux vars qui gardaient la porte de la cellule. Après tout, elles n’avaient aucune raison de se méfier, d’autant qu’elle arrivait peu après le départ des cheffes. Cela voulait dire qu’elle avait dû les croiser en venant et devait donc contribuer à endormir la vigilance des gardes.

Un déclic l’avertit pourtant que la guerrière au fusil automatique braquait son arme sur elle. Maïa ne connaissait ces engins de mort que par on-dit, mais elle avait appris récemment combien de choses sont tenues secrètes en ce bas monde.

Elle eut la vision d’une porte de pierre s’ouvrant lentement sur ce que les Lamaïs tenaient tant à garder pour elles. À la lumière des récents événements, ce qui lui avait alors paru si terrible lui semblait maintenant d’un piètre intérêt. C’était plutôt risible. Ou à pleurer.

Mais ce n’était pas le moment de faire ni l’un ni l’autre. Elle continua de marcher lourdement, tête basse, et marmonna :

— La bouffe pour les vrils.

— Je m’demande bien pourquoi on s’casse la tête pour eux ! s’esclaffa la femme au fusil.

— C’est pas à moi qu’y faut d’mander ça, rétorqua-t-elle avec lassitude. Bon, j’peux entrer, m’débarrasser d’ce truc ?

— Chais pas, fit la deuxième garde en prenant un trousseau de clés de sa main libre (l’autre tenait une pique treppe), mais moi j’trouve dommage de gaspiller tous ces mecs. Y va pas tarder à y avoir du givre. On pourrait s’les…

— Ça va, Glinn, ronchonna la première en se postant derrière Maïa, prête à faire feu sur les candidats à l’évasion. Tu vas encore t’exciter et…

Quand la porte s’ouvrit, Maïa avança d’un pas et fit décrire un arc au seau de droite, le projetant vers la matonne au fusil. Elle se plia en deux, trop stupéfaite pour penser à crier. « Une de chute ! » se dit Maïa, ravie.

Elle s’était réjouie trop vite. La pirate était coriace. Elle se redressa sur un genou et pointa son arme sur Maïa. Le second seau lui fracassa le crâne, et elle s’écroula, sonnée.

Maïa n’avait pas lâché le seau. Elle l’envoya vers l’autre garde, qui l’esquiva avec l’agilité des mercenaires bien entraînées. Le récipient heurta la porte et se vida de son contenu peu ragoûtant. Maïa chargea, prit un coup de pique treppe à l’épaule, mais plaqua la pirate au sol, dans la cellule.

Ce fut une sombre mêlée. Maïa s’agrippait à son adversaire avec l’énergie du désespoir. Il lui semblait avoir affaire à une véritable anguille et que ses coups ne portaient pas tandis que des éclairs de douleur lui parcouraient le flanc gauche et le dessous du genou.

Tout en se cramponnant à la treppe de son ennemie, Maïa voyait vaguement des hommes tendre les mains vers elle, mais ils étaient enchaînés aux marches de ce qui était une espèce d’arène entourée de gradins. La garde lui soufflait au visage son haleine brûlante. « Je ne vais pas pouvoir tenir », se dit-elle.

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